Une jeune chercheuse décède de la maladie de la vache folle après un accident de service

Publié le 01 Juillet 2019 à 14h34 par Agathe Boussard, journaliste santé
Âgée de 33 ans, la scientifique Emilie Jaumain Houel est morte lundi 24 juin de la maladie de la vache folle. La contamination remonte à 2010 lors d’une expérimentation dans un laboratoire de l’INRA, l’Institut de Recherches agronomiques, en région parisienne.

L’accident est survenu au sein de l’unité de recherche en virologie et immunologie moléculaire alors que la jeune femme travaillait sur les maladies dites à prions, et notamment sur la maladie de la vache folle, Creutzfeldt-Jakob. En manipulant un échantillon infecté, la jeune scientifique s’était alors coupée le doigt. Or, la variante humaine de la vache folle se transmettrait par le sang. Selon l’avocat de la famille de la jeune femme, Me Julien Bensimhon, la blessure d’Emilie est sans aucun doute à l’origine de son décès.

La maladie, incurable et très rare, est caractérisée par une dégénérescence du système nerveux central. Elle est due à un prion, une protéine naturellement présente dans le cerveau. Pour des motifs inexpliqués, cette protéine peut se replier et devenir pathogène. Troubles psychiques, de la parole, rigidité des muscles… les symptômes de Creutzfeldt-Jakob sont nombreux.

Une enquête a été ouverte par Santé Publique France pour comprendre les origines de cette contamination. L’organisme indique qu’aucune confirmation ou information ne pourra intervenir avant l’autopsie de la victime.

Une plainte déposée

La famille de la scientifique a, quant à elle, décidé de porter plainte contre l’INRA pour "homicide involontaire" et "mise en danger de la vie d’autrui". Elle pointe du doigt les failles en matière de sécurité, un non-respect des normes par le laboratoire et un défaut de formation aux risques de la jeune femme. Selon la plainte, la chercheuse ne portait pas "d’équipements de sécurité adéquats" et ne faisait pas l’objet d’un suivi médical. Sa décontamination n’aurait également duré qu’ "environ 20 minutes" après son accident.

"Il est essentiel que toute la vérité soit faite, c'est essentiel pour sa famille, mais aussi pour l'ensemble de la communauté scientifique", a déclaré l’INRA à l’AFP. Le mari de la jeune femme, particulièrement en colère, a dénoncé sur Europe 1 le laxisme des mesures de sécurité. "La chose la plus révoltante, c'est qu'à l'époque, mon épouse âgée de 25 ans était en CDD, n'avait aucune expérience en laboratoire confiné. On l'y a mise avec des souches de prions humains. Il n'y avait même pas la barrière d'espèce pour la protéger", s'est-il ainsi exprimé.

L’Institut national de la recherche agronomique a fait savoir qu'il serait transparent et qu'il transmettrait "aux autorités sanitaires et à la justice" tous les "éléments relatifs à l’accident et aux mesures de sécurité". L’institut a déjà transmis certaines pièces du dossier à la famille et va "contribuer" à une mission confiée par la ministre de la Recherche à l'Inspection générale de l'éducation nationale et à l'Inspection santé et sécurité au travail. Cette mission a pour objectif d'évaluer "les mesures de sécurité dans les laboratoires de recherche sur les prions".

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