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Journaliste pour une rubrique santé depuis un an et demi, il m’était impossible de passer à côté du jeûne intermittent. Inconcevable il y a tout juste 10 ans mais de plus en plus populaire aujourd’hui, le jeûne, appelé “fasting” dans les pays anglo-saxons, consiste à ne rien manger pendant une période choisie. Il ne s’agit pas d’un régime, mais plutôt d’un mode d’alimentation, qui permet de revenir à un rythme plus naturel pour le corps.

Il existe plusieurs types de jeûne intermittent. Le plus répandu est le 16-8 : seize heures sans s’alimenter, et une fenêtre de huit heures pour le faire. Mais il y a des variantes comme le 18-6.

Si le jeûne intermittent a le vent en poupe à l’heure actuelle, cette pratique est étudiée depuis 1943 et a montré une certaine efficacité dans la perte de poids mais aussi dans l’amélioration de certains biomarqueurs comme la sensibilité à l’insuline. En remontant encore plus loin, on se souvient que le jeûne était involontairement pratiqué par nos ancêtres préhistoriques, qui, sans souffrir de famine, ne faisaient pas trois repas quotidiens. Les repas dépendaient essentiellement de la cueillette et de la chasse. Ce n’est donc pas un hasard si nous avons évolué avec un foie et des muscles capables de stocker les glucides rapidement et un tissu adipeux conçu pour garder des réserves d'énergie prêtes à prendre le relais quand la nourriture n'est pas disponible.

Suivi de près par Alexandra Retion, diététicienne et auteure de SOS Nutrition (éd. First), je me suis prêtée au jeu en jeûnant le soir pendant 1 an. Ce n’était pas une simple expérience journalistique. Sujette à des troubles intestinaux depuis plusieurs années, j’espérais notamment prendre soin de mon foie en le mettant au repos plusieurs heures par jour.

« C’était comme si je passais mon corps au karcher »

D’après mes recherches, jeûner occasionnait apparemment de nombreux bienfaits sur la santé. Plusieurs études scientifiques allaient dans ce sens, et certains médecins aussi. Je cite notamment Mark P. Mattson, professeur de neuroscience à l'Université Johns Hopkins (USA) et surtout ancien chef du laboratoire de neuroscience de l’Institut national du vieillissement. Pionnier du jeûne intermittent, il sautait le petit déjeuner et parfois même le déjeuner. Mark Mattson prenait ses 2000 calories quotidiennes dans une fenêtre de six heures.

Alexandra Retion m’avait néanmoins alerté sur certains risques auxquels nous expose le jeûne intermittent. « Si je n’encourage pas le jeûne intermittent à tous mes patients c’est parce qu’il peut favoriser les TCA [troubles du comportement alimentaire, ndlr] et les carences », explique l’experte.

En effet, si j’avais décidé de mener le jeûne intermittent de manière relativement stricte les deux premiers mois, j’ai ensuite fait en sorte de l’intégrer à mon mode de vie habituel. Je ne souhaitais pas anéantir complètement ma vie sociale. Vous pouvez tout à fait devenir adepte du fasting et continuer les sorties. Si vous dînez avec vos amis, trois ou quatre fois par semaine, il vous suffit de jeûner les autres soirs. Vous y verrez déjà un résultat sur votre santé et sur votre ligne. Au total, je me suis délestée de près de 15 kg en moins d’un an.

« Entre 14h et 9h du matin le lendemain, aucun aliment ne pénètre mon organisme »

Concrètement entre 14h et 9h du matin le lendemain aucun aliment ne pénètre mon organisme.

Il faut l’admettre, le jeûne intermittent reste un bouleversement à ne pas minimiser. Il nous amène à modifier nos habitudes, et c’est pour cette raison que vous êtes nombreux à être réticents. Pour ma part, je ne peux pas qualifier les premiers jours de « difficiles ». Il faut dire qu’en démarrant le mois de janvier, j’avais choisi la bonne période. Après les excès des fêtes, il est moins éprouvant psychologiquement d’entamer une telle détox. Si je peux donner un conseil à ceux ou celles qui souhaitent se lancer, c’est de choisir le bon moment.

Après mes premières semaines de jeûne, trois kilos se sont envolés. Durant le premier mois, j’avais veillé à respecter le jeûne intermittent de manière assez stricte. Pas de sortie le soir afin de ne pas l’interrompre. Si certains soirs la sensation de faim apparaissait, je misais sur un yaourt nature (sans sucre) pour me caler, ce qui fonctionnait assez bien pour moi, je dois l’admettre.

Pas question de faire l’impasse sur le petit déjeuner et le déjeuner. Salades de pâtes aux légumes, blanc de poulet, sandwichs à l’avocat et au fromage de chèvre, pizzas entre collègues… L’idée est de varier chaque jour et de se faire plaisir le midi tout en gardant une alimentation équilibrée, condition essentielle pour que le jeûne porte ses fruits. En outre, si vous souhaitez tester le jeûne intermittent, il est essentiel de vous hydrater. Eau, jus de citron ou thé vert sont les bienvenus durant mes 16h quotidiennes de jeûne. Mise à part l’absence du dîner, je n’ai rien changé à mes pratiques alimentaires.

« Tous mes maux de ventre avaient disparu »

Après deux mois de jeûne intermittent, j’avais déjà perdu 6 kg. Je me sentais légère. Les premiers effets se sont fait sentir sur mon système digestif. Il faut dire que j’étais sujette aux indigestions depuis plusieurs années. Avec le jeûne, c’était comme si je passais mon corps au karcher. J’avais l’impression que tous les excès des dernières années avaient disparu de mon organisme.

En accordant une pause de 16 heures à mon système digestif, le jeûne a littéralement détoxifié mon organisme. Le fait de ne pas manger durant tout ce temps permet de relancer un système digestif si celui-ci est perturbé. Mes maux de ventre avaient donc disparu.

Une étude menée par Yoshinori Ohsumi, prix Nobel de médecine en 2016, révèle que le jeûne intermittent favorise l’autophagie, processus par lequel les cellules peuvent se nettoyer et se régénérer. Lorsque ce phénomène est déréglé, les déchets s’accumulent dans les cellules et de nombreuses pathologies peuvent survenir, comme Alzheimer, Parkinson ou certains cancers.

En "dégraissant" le corps - et notamment le foie - le jeûne intermittent permettrait une évolution positive des paramètres vitaux.

« Le jeûne intermittent va agir au niveau du foie et du pancréas. A force d’accumuler des aliments difficiles à digérer (graisses cuites, alcool, protéines), le foie est dépassé dans ses capacités d’absorption. C’est ce qui cause la crise de foie. On va être en permanence ballonné et barbouillé, explique de son côté Raphaël Gruman, nutritionniste et auteur. Lorsqu’on suit le jeûne intermittent, on laisse le temps au foie de traiter les aliments, de les assimiler donc on évite l’accumulation. On peut parler d’une détox. On met au repos tous les organes qui participent à la détoxification de l’organisme. C’est pour cette raison qu’on gagne une plus belle peau, des reins qui fonctionnent mieux et on est moins sujet aux difficultés digestives ».

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Sources

Merci à Alexandra Retion, diététicienne et auteure de SOS Nutrition (éd. First)

Merci à Raphaël Gruman, nutritionniste et auteur de Je me soigne avec les mésonutriments, éd. (Leduc.s)

Merci au Dr Marc Rey, neurologue spécialiste du sommeil, Président de l’INSV (Institut National du Sommeil et de la Vigilance) et auteur de 50 Règles d’or pour bien dormir (éd. Larousse).

Merci au Dr Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste, auteur de On n’est jamais mieux soigné que par soi-même (éd. Plon)

Merci à Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne

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