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Chez les familles à haut risque de mélanome, le dépistage précoce pour l'ensemble de ses membres est essentiel pour traiter efficacement les mélanomes. Près de 80 à 90 000 nouveaux cas de cancer de la peau, dont 7 000 nouveaux cas de mélanomes, sont diagnostiqués chaque année en France. Avec 15 513 nouveaux cas en 2018, le mélanome est le 12ᵉ cancer le plus fréquent selon l’Institut National du Cancer.

Pour les personnes plus sujettes au cancer de la peau car à haut risque héréditaire de mélanome, le dépistage précoce permet une efficacité accrue des traitements pour réduire la taille des mélanomes. C'est ce qu'il ressort d'une étude publiée le 2 avril dernier dans la revue Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention.

Comme le rapporte Pourquoi docteur, qui relaie l'étude, environ 10% des personnes présentant un mélanome ont des antécédents familiaux. Les personnes ayant un parent proche malade ont entre deux et trois fois plus de risques de développer un cancer. "Ces personnes comprennent des membres de familles à risque, catégorisées comme ayant au moins deux proches qui ont eu un, et celles avec des variantes génétiques pathogènes héritées qui augmentent le risque", détaille Michael Sargen, dermatologue, chercheur à la Division épidémiologie et génétique au National Cancer Institute et auteur principal de l’étude.

Il précise en effet que si l'intérêt d’un dépistage précoce est connu de tous pour le cancer de la peau, "l’intérêt du dépistage dans les familles sujettes au mélanome n’a jamais été quantifié".

Des mélanomes significativement plus minces

Comme le rapporte Pourquoi docteur, les chercheurs de l'étude ont examiné toutes les données de l'étude NCI Familial Melanoma lancée en 1976. Ils ont évalué les différences d'épaisseur du mélanome et le stade de la tumeur pour les participants diagnostiqués avant et après l'étude. Au total, parmi les volontaires, il y a eu 293 cas de mélanomes sur un total de 79 530 personnes suivies, parmi lesquelles 246 personnes avaient déjà un mélanome au début de l’étude, tandis que 47 en ont développé un pendant la période de suivi.

Les chercheurs ont constaté que les participants à l'étude qui ont découvert leur cancer de la peau au cours de l’étude présentaient des mélanomes significativement plus minces que ceux qui en avaient déjà un : -0,6 mm contre 1,1 mm. Une tendance qui s’est confirmée lorsque les chercheurs ont comparé ces résultats à ceux de toute la population alors que depuis 1973, avec l’amélioration des diagnostics, une baisse générale de la taille des mélanomes est observable.

"Cela suggère que la tendance à la baisse de l'épaisseur observée dans la population n'explique pas pleinement les réductions d'épaisseur observées dans les familles à risque et qu'une surveillance à long terme peut aider à diagnostiquer plus tôt la maladie dans les populations à haut risque", estime Michael Sargen.

Auto-examen de la peau et dépistage

Selon la Haute Autorité de Santé, une consultation annuelle chez le dermatologue, voire semestrielle si on présente des facteurs de risque, représente le meilleur moyen de limiter le risque de développer un mélanome. Une autosurveillance réalisée tous les trois mois peut aussi s’avérer utile.

Pour réaliser votre autosurveillance, vous pouvez vous baser sur la règle ABCDE. Sachez qu’un grain de beauté ou une tache ayant une forme asymétrique (A) doit ainsi vous alerter tout comme un grain de beauté avec des bords (B) irréguliers. 3 ᵉ signe d’alerte, une coloration (C) non homogène et 4 ᵉ signe un diamètre (D) de plus de 6 millimètres. Enfin, l’évolution (E) de la taille, de la forme, de la couleur ou de la texture d’un grain de beauté doit également vous amener à consulter un dermatologue. N’hésitez pas à utiliser un miroir ou à vous faire aider par un proche pour examiner les zones inaccessibles.

Bientôt un vaccin personnalisé contre le mélanome ?

Au-delà du dépistage, aura-t-on bientôt un vaccin contre le cancer de la peau bientôt disponible ? Une étude parue dans la revue Nature Medicine présente en tout cas les résultats prometteurs de l’essai clinique d’un vaccin anti-mélanome. Menée par des chercheurs américains spécialistes du cancer, cette étude sur quatre ans sur un "vaccin personnalisé contre le cancer de la peau" n'est est qu'au début des essais cliniques, mais son efficacité est déjà un grand espoir pour la médecine.

Comme le rapporte Le Dauphiné, en pratique, les travaux des scientifiques ont porté sur un échantillon de huit patients. Ils ont été opérés pour se faire retirer un mélanome avancé présentant un risque élevé de récidive. Environ quatre mois après l'intervention, ils ont été traités avec NeoVax, le fameux "vaccin personnalisé contre le cancer".

Quatre ans après l’injection, tous ont survécu à la période d'essai et six d'entre eux n’ont pas eu de récidive de cancer de la peau. NeoVax est un vaccin personnalisé qui a été conçu spécialement pour chaque patient. Comme le rapporte France Culture, il cible les néo-antigènes présents à la surface des cellules tumorales, et il contient des parties de ces néo-antigènes, des épitopes, qui déclenchent la réponse immunitaire des malades. Ce vaccin est fabriqué sur mesure : la séquence d'ADN dans la tumeur d'un patient est analysée pour sa composition en épitopes. Une fois injectées, les cellules T dans le corps reconnaissent les néo-antigènes, s’en souviennent, et empêchent le développement du mélanome.

Certes, l’étude a ses limites puisque le vaccin n'a été testé que sur huit patients. Ses résultats montrent cependant que des vaccins personnalisés peuvent fournir une immunité durable contre certains cancers. "Ces résultats démontrent qu'un vaccin néoantigène personnel peut stimuler une réponse immunitaire durable chez les patients atteints de mélanome", déclare en effet Catherine J. Wu, MD, codirigeante de l'étude, du Dana-Farber, Brigham and Women's Hospital. Elle assure avoir "trouvé des preuves que la réponse immunitaire ciblée initiale s'est élargie au fil des ans pour offrir aux patients une protection continue contre la maladie".

Cancer de la peau : quels sont les facteurs de risque ?

On distingue deux grands types de facteurs de risque de cancer de la peau : les risques environnementaux et individuels. Selon la Fondation pour la recherche médicale, "le plus important facteur environnemental est l’exposition aux rayonnements ultraviolets (UV), qu’ils soient naturels (le soleil) ou encore artificiels (les cabines de bronzage)". Selon Santé Publique France, plus de 80% des cancers de la peau sont liés à une exposition excessive au soleil.

Les rayons UV ont la capacité de traverser les différentes couches de la peau et la membrane des cellules. Ils peuvent ainsi provoquer des lésions au niveau de l’ADN des cellules, ce qui peut conduire à leur transformation en cellules tumorales. La meilleure manière de se protéger des cancers de la peau reste de se protéger du soleil. En effet, mieux vaut éviter de vous exposer au soleil entre 12h et 16h. N'oubliez jamais de porter de la crème solaire et un chapeau pour vos protéger.

Les facteurs de risques individuels :

  • les antécédents familiaux de cancer cutané
  • le type de peau : plusieurs phototypes ont été identifiés, suivant la couleur de la peau et des cheveux, qui reflète la sensibilité de la peau aux rayons UV : plus le phototype est faible, plus le risque est grand
  • l’exposition au soleil durant l’enfance : des coups de soleils répétés à ce stade augmentent le risque de cancer de la peau à l’âge adulte
  • la présence de taches de rousseur en grand nombre ou encore de grains de beauté
  • un affaiblissement du système immunitaire.

Cancer de la peau : manger trop de poisson augmente le risque de mélanome

Attention à votre consommation de poisson. Selon une étude publiée le 9 juin dernier dans la revue Cancer Causes & Control, la consommation régulière de poisson augmentait le risque de mélanome. Manger des grandes quantités de poissons, notamment de thon et de poisson non frit, est associé à un risque plus élevé de mélanome malin. Les chercheurs de l'université de Brown ont constaté que le risque de mélanome malin était 22% plus élevé chez les personnes dont la consommation quotidienne médiane de poisson était de 42,8 grammes, par rapport à celles dont la consommation quotidienne était de 3,2 grammes.

Selon Eunyoung Cho, auteur principal de l’étude, les biocontaminants contenus dans le poisson pourraient être liés à ce risque accru de cancer de la peau. "Nous spéculons que nos résultats pourraient éventuellement être attribués aux contaminants présents dans le poisson, tels que les biphényles polychlorés, les dioxines, l'arsenic et le mercure. Des recherches antérieures ont montré qu'une consommation élevée de poisson est associée à des niveaux plus élevés de ces contaminants dans le corps et ont identifié des associations entre ces contaminants et un risque plus élevé de cancer de la peau. Cependant, nous notons que notre étude n'a pas examiné les concentrations de ces contaminants dans le corps des participants et que des recherches supplémentaires sont donc nécessaires pour confirmer cette relation", précise-t-il.

Protection solaire : les mauvaises habitudes en cause

Selon les résultats d'une étude épidémiologique mondiale sur la protection solaire menée par les laboratoires Laroche-Posay avec Ipsos, 88% des personnes dans le monde n’utilisent pas systématiquement de mesures de protection lors de leur exposition au soleil, et 15% n’utilisent jamais de crème solaire. Des résultats inquiétants qui montrent que les mauvaises habitudes ont la vie dure alors que les baux jours ont commencé. Près de la moitié des répondants ne pensent pas que les crèmes solaires protègent efficacement du cancer de la peau (50%) et même des coups de soleil (40%).

Quelques chiffres alarmants sont révélés et prouvent qu’il est encore nécessaire de sensibiliser le grand public pour les vacances et les longs week-end de mai qui se profilent !

  • 57% des personnes interrogées déclarent regretter de ne pas s’être protégées davantage des risques solaires par le passé.
  • 72 % de la population mondiale revendique le fait qu’une peau bronzée est attrayante, 64% qu’elle donne l’impression d’être en bonne santé, et 49% qu’il est inenvisageable de rentrer de vacances sans être bronzé.

La protection solaire est aujourd’hui un vrai enjeu de santé publique : chaque année, l’exposition au rayonnement solaire provoque des cancers de la peau, un vieillissement prématuré de la peau et d’autres troubles cutanés.

De plus, seuls 12% des répondants au total, et 19% des personnes de phototype 1 (peau très blanche et très sensible, cheveux et yeux clairs), utilisent toutes les protections nécessaires lors de leur exposition au soleil. Outre la crème solaire, cela concerne : le fait d’essayer de rester à l’ombre (77% des répondants), d’éviter de s’exposer entre midi et 16h (66%), de porter des lunettes de soleil avec filtres UV (56%), de se couvrir la tête (55%) ou encore de porter des vêtements protecteurs (44 %).

Selon le Pr Thierry Passeron, dermatologue à Nice, "cette grande étude épidémiologique menée à l’échelle internationale était indispensable pour mieux comprendre les habitudes de photoprotection des populations. Elle démontre un vrai besoin d’éducation, tant au sein de la population générale que des populations dites 'à risque', qui même si elles se protègent mieux, ont des connaissances limitées sur les risques du rayonnement solaire. Cette étude menée par La Roche-Posay démontre notamment que 61% des répondants méconnaissent les différences entre les UVA et UVB !".

Sources

The Impact of Longitudinal Surveillance on Tumor Thickness for Melanoma-Prone Families with and without Pathogenic Germline Variants of CDKN2A and CDK4, Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, 2 avril 2021. 

Mélanome : dépister tôt et maintenir le suivi des familles à risque, Pourquoi docteur, 6 avril 2021. 

Prévention du mélanome : protéger et surveiller sa peau, Medisite, 7 juillet 2020. 

mots-clés : Mélanome
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