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Une dent, de quoi est-elle est constituée ?


Mikhal Haik : Une dent est un organe complexe formé de parties minéralisées et non minéralisées. Les parties minéralisées ou les tissus durs dentaires sont constituées d’émail et de dentine. L’émail est la couche externe de la dent au niveau de la couronne de la dent. L’émail dentaire est le tissu le plus dur de l’organisme. La dentine est la couche minérale interne de la dent sous l’émail. Elle est minéralisée seulement à 65% environ avec une composition rappelant celle des os. L’émail dentaire, de par son degré de minéralisation (96% environ) et son agencement particulier, permet la protection de la dent et sa fonction masticatoire durant toute la vie d’un individu, en ce qui concerne les dents permanentes. La partie non minéralisée de la dent est la pulpe dentaire où les vaisseaux et les nerfs confèrent à la dent la sensibilité et la vitalité. La pulpe dentaire héberge en son sein des cellules responsables de la couche interne de la dent qui est la dentine. L’émail dentaire ne se forme qu’une seule fois.

Qu’est-ce qu’une dent temporaire et une dent permanente chez l’enfant ?


Mikhal Haik : Les dents temporaires, encore appelées dents de lait, sont au nombre de 20. Elles apparaissent à partir de 6 mois après la naissance jusqu’à 30 mois (secondes molaires temporaires). Les dents permanentes sont au nombre de 32 et font leur éruption à partir de 6 ans (premières molaires permanentes ou dents de 6 ans) et jusqu’à l’âge de 18 ans environ (troisièmes molaires permanentes ou dents de sagesse). Entre 6 et 12 ans, les dents temporaires et les dents permanentes qui les remplacent « cohabitent » plus ou moins durant une période appelée denture mixte. L’arrivée des dents temporaires à 6 mois impose l’instauration d’une hygiène dentaire (brossage) et des modifications alimentaires. C’est donc à partir cet âge que la pathologie carieuse peut débuter, d’où la nécessité d’une première consultation, le plus tôt possible, chez le chirurgien-dentiste pour éviter la survenue de tout problème carieux. Lors de cette consultation, les parents reçoivent également des conseils de toutes sortes (alimentaires, hygiène, etc.) de la part du chirurgien-dentiste.


Manque de vitamine D : un processus de minéralisation perturbé

Que signifie la minéralisation et la reminéralisation ?

Mikhal Haik : Les dents sont des structures minéralisées avec le cristal formant ces tissus qui porte le nom d’hydroxyapatite. Ce cristal qui est un phosphate de calcium appartient à la famille des apatites. Lorsqu’il est bien formé en qualité et en quantité de ses constituants, notamment le calcium, il forme un tissu extrêmement résistant. L’émail dentaire subit des déminéralisations mais également des reminéralisations en surface. Cet équilibre, renforcé par des moyens de prévention comme le fluor ou les phosphates de calcium amorphes, permet de préserver au mieux l’intégrité de sa structure. Le respect d’une hygiène rigoureuse au quotidien avec notamment des dentifrices fluorés adaptés à chaque âge permet de garder ses dents toute la vie.


Quel est le rôle de la vitamine D dans le processus de minéralisation des dents ?

Mikhal Haik : La vitamine D est la vitamine qualifiée de « porteuse de calcium » dans l’organisme. Elle permet, entre autres et de manière non exhaustive, l’incorporation du calcium au sein des structures minéralisées. Lorsqu’on manque de vitamine D, le processus de minéralisation se trouve perturbé, ce qui se traduit cliniquement par des anomalies de structure des tissus minéralisés, donc des tissus durs dentaires. Le rôle de la vitamine D est crucial dans ce processus de minéralisation mais ce rôle est également important dans de nombreux autres mécanismes et au niveau de nombreux tissus et organes. Un fort déficit en Vitamine D donne lieu aux pathologies sévères comme le rachitisme chez l’enfant. La vitamine D est également impliquée dans d’autres processus physiologiques, comme par exemple au niveau musculaire.

Qu’est-ce qu’un déficit en Vitamine D ?

Mikhal Haik : La vitamine D est fabriquée naturellement par l’organisme. Elle porte le nom de la « vitamine du soleil » car cette synthèse est suffisante en cas d’exposition brèves et régulières aux rayons du soleil. Les sources de Vitamine D sont également alimentaires. On la trouve dans le poisson, le jaune d’œuf, la viande, pour ne citer que les aliments les plus répandus. Ces sources peuvent palier aux insuffisances d’exposition au soleil mais il est également possible de prendre de la vitamine D sous forme de médicaments (après analyse et avis médical) chez tous les patients (adulte et enfant). Les carences en Vitamine D peuvent également découler d’une maladie digestive où les mécanismes d’absorption intestinale se trouvent perturbés. Le taux sérique de la vitamine D est facilement mesurable et sert de référence pour les supplantations et les traitements prescrits par le médecin généraliste ou le pédiatre. Chez l’enfant, les recommandations actuelles vont vers une supplémentation quotidienne déterminée sous l’avis et la responsabilité du pédiatre. En effet, il faudra tenir compte des différentes sources et d’apports vitaminiques et calciques chez l’enfant. Il faut également éviter les surdosages. Il faut également noter que certains laits en poudre sont enrichis en vitamine D, une donnée à considérer lors de la supplémentation médicamenteuse.


Comment un déficit en vitamine D se manifeste au niveau des dents ?


Mikhal Haik : Les dents se minéralisent en continu est selon un « calendrier de minéralisation » qui est souvent très loin de la date d’éruption de ces dents. Par exemple, les incisives permanentes apparaissent vers l’âge de 7-8 ans alors que leur minéralisation débute quelques semaines après la naissance. Si le mécanisme de minéralisée dysfonctionne suite à une carence en vitamine D, les tissus minéralisés se trouvent malfamées et le résultat clinique est l’apparition de zones plus ou moins jaunâtres au niveau de l’émail et de la dentine. Les dents mal minéralisées pour cause de déficit en vitamine D sont davantage susceptibles de subir des déminéralisations carieuses. Il convient d’insister que lorsque nous découvrons ces anomalies, le processus de minéralisation des dents est terminé depuis de longues années et que la seule action possible est une intervention locale sur les lésions. Nous aurons une attitude préventive vis à vis de la carie et une attitude thérapeutique vis à vis des lésions existante et très souvent les deux à la fois.

Manque de vitamine D : un processus de minéralisation perturbé© Istock

Une « éducation thérapeutique » pour une meilleure hygiène bucco-dentaire

Peut-on diagnostiquer avec certitude les lésions liées à un déficit en vitamine D ?

Mikhal Haik : Le diagnostic étiologique de ces lésions est difficile d’autant plus que d’autres anomalies dentaires frappent l’améloblaste, la cellule responsable de la fabrication de l’émail. Ces anomalies sont les amélogénèses imparfaites héréditaires (anomalies génétiques de différentes formes) et d’autres anomalies d’origine moins connue comme la MIH (hypominéralisation des incisives et des molaires). Cette dernière est de plus en plus fréquente, avec plus de 15% d’enfants atteints. Les lésions liées à un déficit en vitamine D sont généralement symétriques et touchent l’émail dentaire et la dentine.

Quelle stratégie thérapeutique faut-il avoir en cas d’atteintes dentaires ?

Mikhal Haik : L’hypomineralisation liée à un dysfonctionnement du processus phosphocalcique de minéralisation nécessite la protection des structures fragiles par des restaurations et des prothèses pédiatriques et la réparation des pertes de substances en vue de la restitution de la fonction et de l’esthétique. Tout cela est possible, codifié et maîtrisé, mais nécessite une prise en charge globale, notamment dans les cas les plus sévères qui restent heureusement très rares.

Qu’est-ce qu’un chirurgien-dentiste peut préconiser en cas de suspicion de carence en vitamine D ?

Mikhal Haik : S’il s’agit d’une visite précoce, à savoir dès l’apparition des dents temporaires, le chirurgien-dentiste peut poser la question quant à la prise de la vitamine D, comme cela est préconisé par le pédiatre. Les recommandations actuelles vont vers un apport quotidien de 0 à 2 ans. Comme toujours, des conseils d’hygiène seront donnés pour éviter l’apparition de lésions carieuses. De même la diversification d’aliments et le choix d’aliments riches en calcium et en vitamine D font partie des conseils donnés. L’instauration d’une hygiène rigoureuse lors d’une démarche globale qualifiée « d’éducation thérapeutique » fait partie des moyens les plus efficaces chez tous les enfants et encore plus chez l’enfant aux structures dentaires fragiles.

Soin des dents : surveiller le taux du calcium et de la vitamine D

Est-ce que le manque de vitamine D chez l'enfant a une répercussion chez l’adulte ?

Mikhal Haik : Oui, sans conteste mais il est possible d’y remédier par un diagnostic précoce et une supplémentation en calcium et en vitamine D, sous l’avis et supervision du médecin traitant. De même, chez l’adulte, il est capital, pour éviter la survenue de nombreux problèmes, notamment des fragilités osseuses de surveiller le taux du calcium et de la vitamine D. Des supplémentations massives (100 à 200 fois la dose quotidienne chez l’enfant) en 1 ou 2 prises peuvent alors contribuer à la correction de ce manque. Le médecin généraliste pourra alors faire le suivi pour écarter toute anomalie autre que carentielle alimentaire et d’y remédier avec une prise en charge multidisciplinaire dans le cas sévères. Il convient de noter que le déficit en vitamine D a pour conséquence certaines anomalies parodontales (tissus autour de la dent) et des conséquences dans les cas de chirurgie osseuse dentaire.

Quels sont les bons gestes sur le plan bucco-dentaire chez l’enfant ?

Mikhal Haik : Il s’agit là d’une combinaison d’attitudes et de procédures qui permettent à l’enfant de garder ses dents parfaitement saines et fonctionnelles. Le brossage biquotidien avec un dentifrice fluoré adapté à l’âge selon les dernières recommandations de l’UFSBD est le pilier le plus important. Une alimentation saine et diversifiée permet d’apporter tous les éléments (minéraux, vitamines, apports caloriques) nécessaires à une minéralisation et une reminéralisation des structures dentaires. Des visites régulières chez le chirurgien-dentiste dès l’apparition des dents permettent de déceler les anomalies éventuelles dès leurs stades les plus précoces. Avant qu’une cavité se crée, la carie dentaire (déminéralisation) est détectable par le chirurgien-dentiste, ce qui permet de réaliser de traitements de fluoration et de reminéralisation. Enfin, la consommation d’aliments riches en sucre et de consistance collantes, ainsi que les grignotages permanents sont des ennemis principaux de la santé bucco-dentaire des enfants. Les boissons riches en sucre et parfois très acides doivent être limitées voire totalement bannies surtout en cas de fragilité des tissus minéralisés dentaires. Le chirurgien-dentiste aidera le patient lors de la détermination du risque carieux individuel et le bilan alimentaire.

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Sources

La docteure Mikhal Haik, chirurgien-dentiste pour enfants

Union française pour la santé bucco-dentaire

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