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“Déconstruire ce qu’on m’avait martelé toute mon existence a été un travail titanesque. Je me souviens qu’au début, je me rebiffais intérieurement lorsqu’on me disait que je pouvais manger sans restriction, quand je le souhaitais. Mais avec ce recul, c’est vrai que je ne suis plus obsédée par la nourriture comme j’ai pu l’être depuis que je n’ai plus d’interdits. C’est un poids en moins, celui du contrôle absolu, de la frustration permanente et de cette culpabilité sans fin. J’aurais tellement aimé qu’on me le dise avant, je n’en serais peut-être pas arrivée là. Tant pis, cela fait partie de mon histoire” témoigne Nisa dans son livre “Mon parcours de bypassé - De la décision aux 9 mois post-op”.

Pour Medisite, elle revient sur l’alimentation après un bypass.

Bypass : que manger après l’opération chirurgicale ?

Compliqué de manger le premier mois ! Encore plus pour moi qui vomissais. Il y a de nombreux interdits pour protéger notre estomac en cicatrisation. Il y a beaucoup de choses à savoir, à retenir, à appréhender pour que tout se passe bien. Après l’opération, l’estomac est très fragile, il n’a pas encore cicatrisé. Il vient d’être coupé, agrafé. Traumatisé. Il est crispé, comme pour se protéger de cette agression.

Notre nouvelle poche gastrique peut être représentée par un gobelet en plastique, mais actuellement, il est tellement contracté qu’en fait, c'est comme s’il n’y avait que le fond, les deux ou trois centimètres sans rayures. Ce qui explique que jusqu’à quinze jours parfois seules une ou deux cuillères à café passent. C’est tout à fait normal, les doses augmenteront progressivement. Il faut laisser le temps à notre corps de se remettre de l’opération.

Les premières semaines après le bypass

La première semaine, il est conseillé de manger froid :

  • Yaourt (nature avec un peu de miel ou de l’édulcorant, au fruit si l’on veut, du moment qu’il n’y a pas de sucre ajouté et que nous le supportons bien) ;
  • Compote ;
  • Purée à température ambiante ;
  • Tapioca au lait.

Elle nous donne des exemples de menus, notamment pour le petit déjeuner qui suscite de façon générale le plus de questions.

Concernant la texture, Domitille nous donne ces indications :

  • La première semaine, toute la nourriture solide devra être mixée ;
  • Les deux suivantes, il faudra une texture hachée, intermédiaire entre le mixé et les morceaux ;
  • Les aliments tendres pourront être ajoutés au menu, coupés en petits dés, en prenant soin de bien mastiquer.

Il faut absolument manger des protéines à chaque repas, c’est la priorité pour le fonctionnement de notre corps. Les féculents sont également très importants, elle nous en fournit une liste pour varier un peu de la classique purée de pommes de terre. Je n’aurais jamais pensé aux châtaignes par exemple. Ces deux groupes alimentaires doivent être mangés à parts égales.

Il ne faut pas omettre la matière grasse, crue, indispensable à notre organisme en entourant nos nerfs et nos cellules. Elle permet ainsi la circulation des messages dans l’ensemble du corps.

Bypass : les aliments interdits

Il existe de nombreux interdits le premier mois :

  • Produits sucrés, alcool et plats gras sont trop difficiles à digérer ;
  • Riz,
  • Pain ;
  • Légumes en raison des grains ou fibres qui pourraient se coincer entre les agrafes de la cicatrice ;
  • Tout ce qui pourrait attaquer l’estomac en cicatrisation : poivre, épices, vinaigre, citron, moutarde, ail, oignons et échalotes.

L’accord pour leur réintroduction sera donné par le chirurgien lors de la visite postopératoire. Cela semble beaucoup, mais de toute façon, les quantités étant minimes à cette période, on ne peut que manger « utile » : protéines et féculents.

Si nous avons la tête qui tourne, que nous nous mettons à voir flou, avec le cœur qui palpite, c’est une crise d’hypoglycémie, il est alors urgent de prendre une collation composée à moitié d’un produit laitier, à moitié de compote (pomme ou banane).

Le dégoût de l’eau plate est fréquent, elle nous conseille d’y ajouter un peu de sirop sans sucre afin de faciliter l’hydratation qui ne doit pas être négligée. Ce n’est pas parce que l’estomac est plus petit que nous devons boire moins.

Manger après un bypass : les conseils

Personnellement, j’avais congelé de la purée (moitié viande, moitié pomme de terre) dans des bacs à glaçons afin de pouvoir décongeler des microdoses en fonction de ce que je pouvais manger. Cette astuce peut être utile pour les premiers jours de retour post-op, quand l’on n’est pas encore en état de cuisiner (par contre ce n’est pas très gustatif, en tout cas en réchauffant au micro-ondes). Étant donné qu’à environ deux semaines post-op j’ai vomi presque deux mois, je ne suis presque pas passée par la phase hachée et j’ai remangé normalement quand les vomissements ont cessé.”

Rééquilibrage alimentaire étape par étape

“Le plus important pour moi est de commencer à respecter les recommandations dès la phase pré-opératoire. Personnellement, j’ai fonctionné par étape. Dès que j’avais bien acquis quelque chose, j’ajoutais autre chose. Changer tout d’un coup aurait été trop brutal et intenable sur le long terme. Tout ce qui est devenu automatique devient bien moins compliqué après l’opération, ainsi on peut utiliser notre énergie pour autre chose.

Il y a plusieurs règles à suivre, données par le centre de l’obésité :

  • Manger à table dans le calme (très important, nos muscles lisses – dont les intestins – se contractent sous l’effet du stress) ;
  • Manger pendant 20 à 30 minutes (même au début, quand la quantité est faible !) ;
  • Ne pas boire avant, pendant et après les repas ;
  • Bien mâcher.

C’est lors de ce premier rendez-vous que le médecin m’explique le rôle de la mastication dans la digestion. Important maintenant, primordial après. J’assimile vraiment ce principe quand il me décrit, dessins à l’appui, le système digestif. Avec sa taille et le court-circuit du pylore, mon futur bébé estomac ne pourra plus participer, il n’aura pas le temps. Il est donc impératif que le travail commence dans la bouche grâce au broyage des aliments imbibés de salive. En gros, il faudra qu’ils soient réduits en bouillie avant de descendre le long de l’œsophage ! Sinon, ils arriveront trop bruts dans mon intestin, au risque d’occasionner des douleurs ou des malaises.

Rappelez-vous, le bypass dévie le duodénum, où les molécules grossières sont normalement assimilées. Le bout raccordé ne sait pas traiter cette nourriture non décomposée, ce qui entraîne la malabsorption. Et le but est que ça glisse et que ce soit éliminé, pas de provoquer des problèmes ! D’où l’importance de bien mâcher jusqu’à obtenir la consistance désirée.

Ce n’est pas très glamour, mais punaise, que ça me parle ! Bien plus que des conseils du type : mastiquer vingt secondes ou dix fois de chaque côté. D’autant que j’imagine les petits bonshommes du dessin animé Il était une fois la vie et que je visualise ainsi parfaitement ce que le Dr Nicholson m’expose.”

Bypass et alimentation : les astuces d'une patiente

  • Utiliser des assiettes à dessert pour tromper visuellement le cerveau sur la quantité ;
  • Ne pas peser ses aliments ni calculer les calories : la nourriture ne doit pas être source de stress, mon centre privilégie l’alimentation instinctive. Notre corps sait ce dont il a besoin ;
  • Le combo mastication longue et lenteur du repas nous aidera à identifier les alertes de notre organisme ;
  • Je continue de ne rien peser, de ne rien calculer. Il n’est pas question de compter les calories ou les groupes d’aliments. On m’a enseigné à les reconnaître, à jauger visuellement les quantités ;
  • M’affranchir des régimes. Ne plus être dans le contrôle me permet d’être très à l’aise, extrêmement libre et au final, très apaisée. Domitille m’a transmis qu’il y a la théorie, que j’ai bien comprise, mais surtout, qu’il y a mon corps et que lui sait très bien ce dont il a besoin ;
  • Éviter les formats liquides ou mixés, mauvais pour la satiété, car pas de mastication et indice glycémique plus élevé.

Pour penser à boire très régulièrement avant de ressentir la soif, j’ai installé une application de rappel de consommation d’eau dès le début de mon parcours pré-op. Pour éviter le stress, je mange souvent seule, tranquillement, car c’est ainsi que je suis le plus détendue.

J’ai aussi appris à m’affranchir des horaires pour le repas et à écouter mon corps. Il sait bien mieux qu’une horloge quand il est temps de recharger les batteries. Je dîne fréquemment plus tôt qu’avant. J’ai dû lutter contre les barrières mentales des conventions sociales qui dictent des horaires de repas convenables. Pourtant, grâce à ce changement de rythme, je m’endors plus facilement, je me sens moins lourde, la digestion étant achevée.

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