Des antibiotiques pour stopper les cellules souches cancéreuses ?

On pourrait bientôt combattre le cancer grâce à des antibiotiques. Des chercheurs britanniques ont réalisé des essais en laboratoire très prometteurs, afin d’attaquer le mal à la racine en modifiant le développement des cellules souches.

Et si l’on pouvait freiner le cancer grâce à des antibiotiques ? C’est ce que suggèrent des scientifiques britanniques, de l’université de Salford. Ces derniers auraient trouvé un moyen d’inciter les cellules cancéreuses à se reproduire de manière défectueuse, créant ainsi de nouvelles cellules sans source d’alimentation.

Ces dernières “ne peuvent pas générer d’énergie, donc elles ne peuvent pas proliférer”, explique le Pr. Michael Lisanti, auteur principal de l’étude, qui compare ces cellules cancéreuses à des “voitures sans moteur”.

Deux antibiotiques et de la vitamine C : le cocktail gagnant

Pour obtenir ce résultat, les chercheurs ont combiné deux antibiotiques bon marché - la doxycycline et l’azithromycine - avec de la vitamine C. Une “triple combinaison” gagnante, puisque celle-ci a suffit pour réduire de plus de 90 % la croissance des cellules souches lors des tests effectués en laboratoire.

Il est possible que les cellules cancéreuses en forme de tige soient la cause principale de la résistance à la chimiothérapie. C’est ce qui entraînerait l’échec du traitement chez les patients à un stade avancé de la maladie, et la résurgence de la tumeur et des métastases. C’est pourquoi les chercheurs se sont concentrés sur le processus permettant aux cellules souches cancéreuses de se développer, dans le but de perturber leur métabolisme.

Les effets positifs de la doxycycline avaient déjà été prouvés

En 2018, le Pr. Lisanti avait déjà mené deux essais cliniques sur l’antibiotique doxycycline, en collaboration avec le Pr. Federica Sotgia, afin d’étudier la récidive du cancer chez des patients hospitalisés. Les deux médecins étaient parvenus à réduire de 40 % les cellules souches cancéreuses chez les patients, avec un taux de réponse proche de 90 %.

Le but de cette nouvelle étude était donc de se pencher sur les 60 % de cellules restantes. “Une fois que nous avons constaté que la doxycycline était efficace pour cibler les mitochondries dans les cellules souches, le défi était de trouver une combinaison encore plus efficace”, explique le professeur. Le but étant de maximiser les effets de ce premier antibiotique. “Et nous pensons l’avoir trouvée avec l’azithromycine, ajoute-t-il.

Ce traitement empêche les mitochondries de produire de l’énergie

Des essais en laboratoire leur ont permis de découvrir que les deux médicaments peuvent être utilisés pour cibler la production de 13 protéines mitochondriales clés, qui bloquent l’approvisionnement en carburant des cellules souches. Autre constat : la vitamine C amplifie les effets de ces antibiotiques, en agissant comme un pro-oxydant léger.

“Cette combinaison accélère la production de nouvelles mitochondries, mais les rend fonctionnellement inactives. Les nouvelles mitochondries sont donc incapable s de générer de l’ATP”, précise le Pr. Sotgia. Les mitochondries étant en quelques sortes “la centrale énergétique de la cellule”, et l’ATP la devise dans laquelle l’énergie provenant des aliments ingérés est transformée. “C’est comme fabriquer des milliers de voitures neuves, sans les pièces de moteur nécessaires. Elles ne fonctionnent pas”, ajoute la chercheuse.

Les scientifiques insistent sur le caractère peu coûteux de cette combinaison, sa facilité, et le dosage extrêmement faible des antibiotiques - qui permet d’éviter une potentielle antibiorésistance.

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