Maladie de Lyme : 9 patients sur 10 n’en souffriraient pas réellement

Des chercheurs français mettent en garde contre les possibles erreurs de diagnostic face à la maladie de Lyme, qui conduiraient à la prescription de traitements inutiles et inefficaces.
tick insect warning sign in forestIstock

Seules 10 % des personnes qui consultent pour la maladie de Lyme - ou borréliose de Lyme - en souffriraient réellement. Tel est le résultat d’une étude publiée le 7 mai dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé Publique France.

La moitié des patients traités inutilement

Cette étude holistique a été menée par le Pr. Eric Caumes à la Pitié-Salpêtrière, sur 301 patients admis à l’hôpital pour une borréliose présumée. 91 % d’entre eux avaient été exposés à des morsures de tiques. Mais le diagnostic de la maladie de Lyme n’a été confirmé que pour 10 % d’entre eux.

9 patients sur 10 n’en souffraient donc pas réellement. Pourtant, la moitié des sujets étudiés avait déjà été traités par au moins une cure d’anti-infectieux avant leur arrivée à l’hôpital. Un traitement qui a échoué dans 80 % des cas…

80 % des patients souffraient en fait d’une autre maladie

Plus encore, “80 % des patients ont été diagnostiqués d’une autre maladie”, rapporte Jean-Claude Desenclos, adjoint au directeur général de Santé Publique France, dans un édito attenant à l’étude. Ces pathologies étaient d’ordre psychologique pour 31 % des patients, rhumatologique (20 %), neurologique (15 %) ou autre (34 %).

Souvent, ces personnes souffraient en fait de dépression, de harcèlement au travail ou de stress post-traumatique. “Le problème, c’est que les signes cliniques de ces problèmes psychiques sont les mêmes que des signes cliniques de la maladie de Lyme”, indique le Dr. Elie Haddad, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière.

Pour rappel, le premier symptôme de la borréliose est l’érythème grattant : une rougeur cutanée en forme de halo, qui s’étend du centre de la piqûre vers la périphérie. S’ensuivent une fatigue intense, des douleurs aux articulations et le long des trajets nerveux, des manifestations neurologiques (paralysie faciale, trouble de la vision, migraines, vertiges…), et parfois des troubles du rythme cardiaque.

Les chercheurs alertent sur les phénomènes de sur-diagnostic et de sur-traitement

Jean-Claude Desenclos rappelle la possible existence d’une autre maladie chronique, aux symptômes proches de la maladie de Lyme : le syndrome persistant polymorphe après une possible morsure de tique (SPPT). Une théorie qui n’est pas encore acceptée par une grande partie de la communauté médicale européenne. Celle-ci pourrait toutefois expliquer certaines erreurs de diagnostic, et l’inefficacité des traitements sur de nombreux patients.

Les scientifiques alertent, quant à eux, sur “les phénomènes de sur-diagnostic et de sur-traitement de la borréliose de Lyme”. Selon eux, “les autorités sanitaires de notre pays devraient se pencher sur ce problème préoccupant, à l’heure du bon usage des antibiotiques”. Il y a quelques jours, l’ONU avait alerté sur le danger que représente la montée de l’antibiorésistance.

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