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L'apparition du Covid-19 a bouleversé nos habitudes en matière d'hygiène. Se laver les mains plusieurs fois par jour, désinfecter ses courses et ses poignées de porte... Si ces recommandations peuvent limiter vos risques d'infection, elles peuvent aussi prendre de dangereuses proportions.

"Les centres antipoisons signalent de nombreux accidents domestiques et intoxications en lien avec le COVID-19", alerte l'Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail). En effet, plusieurs produits ménagers à risque ont été identifiés par les Centres antipoison : les nettoyants, désinfectants, les solutions hydro-alcooliques ou encore les huiles essentielles.

On les manipule régulièrement, et pourtant, les produits ménagers ne sont pas sans danger pour la santé. Les intoxications par ingestion, inhalation ou contact cutané avec ces derniers sont en effet fréquentes : "pour un centre antipoison, les accidents ménagers représentent à peu près 60% des appels", confirme le docteur Patrick Nisse, praticien hospitalier au centre antipoison de Lille, interviewé par Medisite en 2019.

Et contrairement à ce que l’on peut penser, les petits comme les grands sont touchés : "il y a presque autant d’adultes que d’enfants concernés par les intoxications aux produits ménagers", assure l’expert. En revanche, les circonstances diffèrent. "L’enfant va par exemple mettre à la bouche un produit qui traîne, comme des dosettes de lessive, du liquide vaisselle… Tandis que chez l’adulte, l’accident survient la plupart du temps lorsque le produit est déconditionné – il se retrouve dans un contenant qui n’est pas le sien et peut ainsi être ingéré par inadvertance – ou que deux produits qui ne doivent pas être mélangés le sont", ce qui peut provoquer de graves réactions chimiques.

Mais il n’y a pas que la mauvaise manipulation des produits d’entretien qui pose problème. Parfois, c’est purement et simplement leur composition : certains contiennent en effet des substances allergisantes et irritantes qui, sur le long terme, peuvent entraîner des troubles respiratoires.

Intoxication par produits ménagers : quels symptômes ?

Une intoxication par produits ménagers se manifeste par différents symptômes. Voici ceux qui doivent vous alerter, selon le gouvernement :

  • Vomissements ;
  • Gêne respiratoire ;
  • Toux ;
  • Picotement des yeux, du nez, de la gorge ;
  • Crise d’asthme.

Afin de limiter les risques d’intoxication, découvrez la liste des produits ménagers à manier avec précaution, ceux qu’il est préférable d’éviter, et apprenez à appliquer les bons gestes en cas d’accident.

Eau de Javel : un danger pour les voies respiratoires

Eau de Javel : un danger pour les voies respiratoires© Istock

Utilisée en tant que désinfectant, nettoyant et blanchissant, l’eau de Javel est devenue le produit d’entretien incontournable car multifonction. Mais gare à sa mauvaise utilisation.

Eau de Javel : les personnes asthmatiques doivent être vigilantes

"Les mélanges d’eau de Javel ou d’un produit à base d’eau de Javel, comme un déboucheur de canalisation, avec un produit détartrant acide que l’on retrouve en grande surface, tel que le vinaigre blanc ou l’acide chlorhydrique, sont fréquents, explique le Dr Nisse. Or, ils provoquent une réaction chimique : la production de chlore, qui est un gaz suffocant. Cela fait énormément tousser. Si la victime est asthmatique ou qu’elle a des problèmes pulmonaires, une crise d’asthme ou un œdème pulmonaire peut être provoqué."

Eau de Javel : irritante pour les voies respiratoires

En outre, selon le docteur Armine Izadifar, pneumologue interviewé par Medisite, parce que l’eau de Javel est "extrêmement irritante pour les voies respiratoires", elle ne devrait pas être utilisée trop souvent : "À part une utilisation pour le nettoyage des toilettes, il faut vraiment l’utiliser peu et prudemment pour l’entretien de la maison", conseille-t-il.

Eau de Javel : les comportements les plus à risque

"Plusieurs situations particulières à risque ont été identifiées", note l'Anses. Et pour cause, certains d'entre vous ont pour réflexe de nettoyer les aliments à l'eau de Javel, ou d'étaler le produit sur le corps. Pire encore, certains propriétaires d'animaux de compagnie les "désinfectent" à la Javel. Ces comportements sont réellement à risque.

L'Anses recommande de :

  • Ne pas mélanger des produits nettoyant ou désinfectant entre eux, notamment eau de Javel et détartrant.
  • Tenir tous les produits ménagers hors de portée des enfants.
  • Ne pas utiliser les produits nettoyants et désinfectants de sols et de surfaces pour des besoins d’hygiène corporelle : les contacts avec la peau peuvent générer de graves brûlures.
  • Ne pas nettoyer les aliments à l’eau de Javel ou tout autre produit nettoyant ou désinfectant non destiné à entrer au contact de denrées alimentaires.
  • Ne pas badigeonner votre animal de compagnie à la Javel : des intoxications et des brûlures cutanées peuvent se manifester.

Huiles essentielles : tenez-les loin de vos muqueuses

Huiles essentielles : tenez-les loin de vos muqueuses© Istock

Les huiles essentielles sont des extraits liquides très complexes obtenus par distillation de plantes aromatiques à la vapeur d’eau. Certaines huiles essentielles possèdent tout particuièrement des propriétés désinfectantes et antivirales.

Et vous êtes nombreux à les utiliser pour assainir votre linge, vos surfaces, augmenter le pouvoir antimicrobien de votre savon, ou tout simplement purifier votre atmosphère intérieure. Néanmoins, attention. Les huiles essentielles sont des produits extrêmement concentrées : certaines contre-indications sont à connaître.

Huiles essentielles : à éviter si vous êtes asthmatique

"Plusieurs circonstances particulières à risque ont été identifiées : auto-médication par utilisation d’huiles essentielles par voie orale pour 'renforcer les défenses naturelles' et 'lutter contre le coronavirus', pulvérisation d’huiles essentielles pour 'assainir un espace clos' par des personnes à risque, comme les asthmatiques, ou encore utilisation inappropriée pour désinfecter un masque chirurgical, par exemple", rapporte l'Anses.

Les personnes souffrant d’affections respiratoires (notamment les personnes asthmatiques) et les femmes enceintes ou allaitantes ne doivent pas utiliser les huiles essentielles. Avant tout usage, et en cas de question sur l’usage des huiles essentielles, demander conseil à un pharmacien.

Il est impossible de tout connaître de l'aromathérapie. Avec près 3 000 huiles essentielles recensées (dont de nouvelles propriétés publiées chaque jour), leur utilisation requiert une extrême vigilance. Il est impératif de demander conseil à un pharmacien spécialisé en aromathérapie ou à un allergologue avant de les utiliser.

Huiles essentielles : ne pas les appliquer sur les muqueuses

L’Anses rappelle que les huiles essentielles ne constituent pas un moyen de lutte contre le coronavirus, ni contre aucun autre virus.

En outre, il est important de respecter les conditions d’utilisations de ces huiles (voie d’administration, dose, zone d’application…).

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) déconseille de les utiliser sur les muqueuses, les yeux, la bouche et le nez.

Gel hydroalcoolique : il contient des perturbateurs endocriniens

Gel hydroalcoolique : il contient des perturbateurs endocriniens © Istock

Le gel hydroalcoolique est une solution permettant de se nettoyer et de se désinfecter les mains sans eau ni savon. Il est devenu populaire, notamment pour sa forme dite "de poche".

Depuis la crise du coronavirus, le gel hydroalcoolique est devenu indispensable pour de nombreuses personnes. Néanmoins, attention. Si son efficacité est avérée, il ne faut pour autant pas en abuser.

Les gels hydroalcooliques contiennent des perturbateurs endocriniens

Une étude publiée en 2017, réalisée par plus de 200 chercheurs, mettait en garde contre l’utilisation abusive de ce type de produits. De nombreux antimicrobiens contiendrait des perturbateurs endocriniens. On mentionne le triclosan et le triclocarban, qui pourraient jouer un rôle dans la survenue de cancer du sein, ou de perturbation de notre système hormonal. Ces deux composants sont déjà interdits aux USA.

Un risque de développer d'autres infections si vous abusez du gel hydroalcoolique

Tous les germes qui se trouvent à la surface de vos mains ne doivent pas être éradiqués : ils permettent de vous défendre. En abusant du gel hydroalcoolique, vous pourriez réduire vos moyens de défenses et risquer d’autres infections.

Des risques d'allergies et irritations avec le gel hydroalcoolique

Ce type de gel désinfectant doit être utilisé avec précaution. Une étude avait démontré, dès 2015, que ces produits étaient susceptibles de provoquer des allergies, des irritations cutanées, des maux de tête voire un état d’ébriété chez les plus petits.

Gel hydroalcoolique : à tenir hors de portée des enfants

"Les situations particulières à risque concernent l’exposition accidentelle d’enfants ayant à portée de mains les solutions hydro-alcooliques ou les produits utilisés pour la préparation de solution hydro-alcooliques à faire soi-même", met en garde l'Annses.

Pour les éviter :

  • Tenez les solutions hydro-alcooliques hors de portée des enfants.
  • Pour les solutions à fabriquer soi-même ("Do It Yourself"), respectez scrupuleusement les consignes officielles de fabrication (site de l’OMS) et tenir les produits issus de cette fabrication hors de portée des enfants.

Alcool ménager : il peut causer des brûlures

Alcool ménager : il peut causer des brûlures© Istock

Composé d'éthanol et de méthanol, l'alcool ménager à 90°c n'est ni plus ni moins que de l'alcool à brûler dénaturé pour atténuer son odeur très forte. Ce produit est également utilisé pour nettoyer les vitres. S’il est efficace, il est aussi dangereux si vous ne respectez pas des précautions d’emploi précises.

Alcool à brûler : il peut causer des brûlures profondes

Certains comportements à risque avec l'alcool ménager ont été rapporté par des médecins. "Il y a des patients qui se décontaminent de manière excessive, ils vont s’enduire le corps avec de l’alcool à brûler, témoigne Magalie Labadie, chef du service de centre anti-poison de Bordeaux, sur Europe 1. Ils se badigeonnent le thorax, les mains, le ventre et les jambes, avec des produits qui ne sont pas recommandés".

L'alcool à brûler est la cause de nombreux accidents domestiques : il peut causer des brûlures profondes. Le danger vient de sa combustion donnant des flammes petites et peu visibles dans les tons bleus. Il est, en outre, très inflammable et volatil.

Alcool ménager : les précautions à connaître

L'alcool ménager peut s'avérer très dangereux si vous ne respectez pas des précautions d’emploi précises :

  • Stockez-le toujours hors de la portée des enfants mais aussi des animaux domestiques ;
  • Utilisez dans la mesure du possible l’alcool ménager à 90° dans une pièce aérée ;
  • L’alcool ménager à 90° étant un produit hautement inflammable, ne l’utilisez jamais à proximité d’une flamme ;
  • Il est conseillé d’utiliser des gants de protection au moment de manipuler l’Alcool ménager à 90°.

Les détartrants WC et nettoyants multi-usages : corrosifs et irritants

Les détartrants WC et nettoyants multi-usages : corrosifs et irritants© Istock

Dans son numéro de septembre 2016, le magazine 60 Millions de consommateurs mettait en garde contre les gels détartrants WC et autres nettoyants multi-usages dits "surpuissants" et "actifs sans frotter", car très corrosifs et irritants.

Un effet toxique rapide et grave sur la peau

WC net, Starwax, CIF, Carolin… Ces marques proposent des produits "certes efficaces pour dissoudre le tartre ou la saleté, mais l’inhalation des vapeurs ou l’exposition à des éclaboussures ont un effet toxique rapide et potentiellement très grave sur la peau, pour les yeux et pour les voies respiratoires", affirme le média.

Des effets particulièrement observables lorsque les produits contiennent de l’acide chlorhydrique, de l’acide formique, de l’éthanolamine ou de la soude caustique. Ces molécules sont à éviter.

Des risques de pneumopathie avec le white spirit

Des risques de pneumopathie avec le white spirit© Istock

Le white spirit est un solvant utilisé notamment pour diluer la peinture.

White spirit : souvent confondu avec un liquide buvable !

Il peut bien trop souvent être confondu avec un liquide buvable, alerte le Dr Nisse : "Les intoxications au white spirit surviennent souvent à cause d’un déconditionnement, quand on en verse dans une cannette de bière pour nettoyer ses pinceaux par exemple et que l’on finit par la boire."

J'ai avalé du white Spirit : que faire ?

Si le premier réflexe peut alors être de se faire vomir, il s’agit en réalité d’une très mauvaise idée : le produit peut en effet "brûler l’œsophage et la bouche une deuxième fois lors du vomissement", met en garde le site de l’Assurance maladie. Pas question non plus d’ingurgiter par la suite une boisson lactée ou un produit gras : "cela favorise l’absorption", explique le Dr Nisse.

Par ailleurs, il convient de "consulter absolument" si l’on présente un syndrome de pénétration, "c’est-à-dire de fausse route : les personnes qui se sont mises à tousser au moment de l’ingestion, qui ont des difficultés respiratoires immédiates et qui ont ensuite repris leur respiration présentent un risque de pneumopathie secondaire."

Les désodorisants : dangereux pour vos poumons

Les désodorisants : dangereux pour vos poumons© Istock

Les désodorisants, les sprays dégraissants et autres produits sous forme de bombe aérosol sont appréciés pour leur côté pratique.

Désodorisants : ils peuvent irriter le tissu pulmonaire

Toutefois, ils ne seraient pas à privilégier. D’après l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) suisse, les plus petites particules émises par les sprays aérosols peuvent être "facilement inhalées et ainsi pénétrer profondément dans les poumons. […] Certaines substances chimiques qui pénètrent dans les poumons peuvent irriter le tissu pulmonaire ou déclencher des crises d'asthme pour les personnes déjà asthmatiques".

Désodorisant à base d'huile essentielle : potentiellement allergisant

Le danger existe aussi si les produits contiennent des huiles essentielles, ingrédients d’origine naturelle : des tests réalisés par 60 Millions de consommateurs ont démontré que des dizaines de substances potentiellement allergisantes, pas systématiquement mentionnées sur les étiquettes, pouvaient se trouver dans un désodorisant à base d’huiles essentielles…

Intoxications par produits ménagers : que faire et comment limiter les risques ?

Intoxications par produits ménagers : que faire et comment limiter les risques ?© Istock

Afin de prévenir les risques d’intoxication par produits ménagers, il est important de suivre quelques règles simples, selon le Dr Nisse :

  • "Lire systématiquement les étiquettes des produits ménagers", afin d’être informé des précautions d’emploi (port de gants, de lunettes, etc.) et de vérifier l’éventuelle présence des substances problématiques lorsqu’elles sont mentionnées ;
  • "Ne pas déconditionner les produits ménagers", c’est-à-dire ne pas transvaser un produit dans un autre flacon qui n’est pas le sien et qui n’est pas étiqueté ;
  • Ne jamais mélanger les produits ménagers, pour éviter tout risque de réaction chimique ;
  • Veiller à bien refermer les produits ménagers, notamment ceux disposant d’un bouchon de sécurité : "si vous n’entendez pas de petit "clic" quand vous les refermez, c’est que le bouchon de sécurité n’est pas enclenché" ;
  • Ranger les produits ménagers dans un endroit hors de la portée des enfants et des personnes séniles ;
  • En cas d’ingestion, ne pas se faire vomir, "quel que soit le produit ingéré", pour éviter tout risque de brûlure ;
  • En cas d’ingestion, ne rien boire "au risque de faire mousser le produit dans l’estomac" ; bien rincer sa bouche et manger du pain "pour empêcher que cela mousse et favoriser l’élimination".
  • En cas d’inhalation, quitter la pièce, bien l’aérer et respirer à l’air libre : "la toux irritative engendrée est normalement passagère. Si elle persiste plus d’une heure, il faut consulter. Les personnes ayant un terrain particulier (asthme, BPCO, etc.) doivent consulter d’emblée" ;
  • En cas de contact avec la peau, enlever les vêtements souillés et rincer dix minutes sous l’eau tiède ;
  • En cas de projection dans les yeux, rincer dix minutes sous un filet d’eau tiède, paupières ouvertes ;
  • En cas de doute, ne pas hésiter à appeler l'un des dix centres antipoison nationaux : "ils sont tous ouverts 24h/24".

Sources

COVID-19 : attention aux intoxications liées à la désinfection et aux autres situations à risque, Anses, 2 avril 2020

Intoxications par produits ménagers, Service Public, 2013

Remerciements au docteur Patrick Nisse, praticien hospitalier au centre antipoison de Lille.

"Entretien de la maison - traquez les molécules toxiques". Magazine 60 Millions de consommateurs, n°518. Septembre 2016.

"Intoxication par voie orale". Site de l'Assurance maladie. 22 mars 2019.

"Sprays aérosols : quels sont les risques pour la santé ?". OFSP. Août 2013.

"Désodorisants : ils doivent être davantage réglementés". 60 Millions de consommateurs. 23 mai 2018.

"Produits ménagers : utiles mais pas anodins". Ministère de la Santé.

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