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L’eau de Javel "extrêmement irritante"

L’eau de Javel est un produit détergent que l’on apprécie particulièrement pour son côté multifonction. Il désinfecte les sols, permet de redonner de l’éclat à un vêtement blanc ou encore élimine les moisissures sur les murs. Pourtant, selon le docteur Armine Izadifar, pneumologue, s’il y a bien un produit ménager auquel il faut faire attention, c’est celui-ci : "Il est extrêmement irritant pour les voies respiratoires", explique-t-il.

Tellement irritant qu’une étude présentée au congrès de la Société Européenne de Pneumologie en 2017 affirme qu’une utilisation régulière d’eau de Javel augmente de 22 à 32% les risques de développer la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO), maladie inflammatoire des bronches (1). "À part une utilisation pour le nettoyage des toilettes, il faut vraiment l’utiliser peu et prudemment pour l’entretien de la maison", avertit donc le Dr Izadifar.

Encens, bougies parfumées, désodorisants : ils "diminuent la fonction respiratoire"

À la maison, on aime quand ça sent bon. Alors on ne lésine pas sur les moyens : bâtons d’encens, bougies parfumées, désodorisants… tout y passe. Mais là encore, le Dr Izadifar prévient : "On déconseille fortement l’utilisation de ces produits aux patients asthmatiques et à ceux souffrants de pathologies respiratoires, car ils ont tous montré une diminution de la fonction respiratoire."

Et si les risques sur les individus sains ne sont pas bien connus, une étude menée par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) en juillet 2017 a révélé que l’encens et les bougies libèrent, lors de la combustion, des gaz et des particules potentiellement toxiques comme le benzène et le formaldéhyde, des composés organiques volatils (COV) classés cancérigènes par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC) (2). Quant aux désodorisants et autres sprays assainissants, gare à l’arnaque : ils vantent l’utilisation d’huiles essentielles et donc de produits naturels et sans danger dans leur composition, mais selon le magazine 60 Millions de consommateurs, ils contiennent en réalité "des substances allergènes, irritantes, voire toxiques" pour le consommateur (3).

Les produits sous forme de spray : à éviter !

Insecticides, déodorants, laques pour cheveux, sprays pour faire briller la surface des meubles… C’est simple : tous les produits qui se présentent sous forme de bombe aérosol sont à éviter, et ce pour plusieurs raisons.

  • Le contenant pose problème : d’après l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) suisse, les plus petites particules émises par les sprays aérosols peuvent être "facilement inhalées et ainsi pénétrer profondément dans les poumons. […] Certaines substances chimiques qui pénètrent dans les poumons peuvent irriter le tissu pulmonaire ou déclencher des crises d’asthme pour les personnes déjà asthmatiques" (4).
  • Leur composition est moins bien contrôlée selon le professeur Camus, pneumologue : "L’utilisation d’aérosols, quelle que soit leur fonction, a entrainé plusieurs cas de syndrome pulmonaire aigu, affirme-t-il. Leur surveillance est beaucoup moins stricte que celle des médicaments par exemple, alors quand ils sont mis sur le marché et qu’il y a quelque chose de toxique dedans, ça peut provoquer des épidémies de désordres respiratoires, de crises d’asthme et même de décès."

À noter : les sprays imperméabilisants sont particulièrement redoutables. Une mauvaise utilisation de ceux-ci peut provoquer "des œdèmes du poumon et une insuffisance respiratoire très sévère", alerte le Pr Camus.

Attention aux lessives parfumées

Lessive senteur "fleurs des tropiques", désinfectant multi-usage "odeur eucalyptus", nettoyant sols "parfum pin"… Quand il s’agit du nettoyage, les marques nous invitent à un véritable voyage sensoriel. Au grand dam de nos voies respiratoires. En effet, nombreux sont les produits ménagers (mais également cosmétiques) à contenir des parfums allergisants, qu’ils soient synthétiques ou naturels. Officiellement, on compte 26 fragrances allergènes, parmi lesquelles figurent le linalool, le citronellol ou encore le limonène.

C’est l’usage régulier d’un produit qui favorise "les risques allergiques" en sensibilisant petit à petit l’individu, explique le Pr Camus : "Une personne peut devenir allergique parce que la fragrance a fait une sorte de préparation du terrain."

L’ammoniaque peut entraîner une détresse respiratoire

Dans les produits lave-vitre, pour nettoyer son matelas… L’efficacité de l’ammoniaque est aussi grande que son odeur est forte. Tout comme sa toxicité.

Comme l’explique le Centre antipoison belge, "l’inhalation d’ammoniac [gaz de l’ammoniaque] irrite les muqueuses des voies respiratoires et peut entrainer des symptômes allant d’une irritation modérée (éternuement, toux) à une détresse respiratoire en cas d'exposition intense" (5).

Quant aux patients asthmatiques, une brève exposition peut suffire à déclencher une crise.

WC : éviter l'acide chlorhydrique

Les produits d’entretien des toilettes, notamment les gels détartrants, pourraient être beaucoup plus nocifs qu’ils en ont l’air. Le magazine 60 Millions de consommateurs a dressé la liste des molécules dangereuses que l’on peut retrouver dans leur composition.

Parmi elles, l’acide chlorhydrique : "[inhaler ses vapeurs a] un effet toxique rapide et potentiellement très grave pour les voies respiratoires."

Des molécules d’autant plus néfastes que l’on peut être tenté de les mélanger avec d’autres détergents pour un nettoyage parfait : par exemple, "un mélange d’acide chlorhydrique et d’eau de Javel dégage du chlore et des substances toxiques", alerte le Pr Camus. Les mélanges de produits chimiques sont donc à éviter de manière générale, "car ils peuvent détonner ou libérer des gaz".

L’acétone : un irritant bronchique aux pouvoirs addictifs

L’acétone est un produit décapant utile pour dissoudre la colle, la peinture ou encore le vernis à ongles. Mais attention : "c’est un irritant bronchique", affirme le Dr Izadifar.

L’inhaler régulièrement, c’est donc s’exposer à des risques pour les voies respiratoires. Mais pas seulement : "L’acétone, comme le trichloréthylène par exemple, sont des inhalants qui contiennent des produits aromatiques et donc qui sentent bon, explique le Pr Camus. On peut devenir accro à l’inhalation de ces substances, ce qui peut rapidement aboutir à une intoxication."

Sentiments d’euphorie et d’ivresse, vertiges ou encore somnolence sont autant d’effets qui y sont imputés.

Les conseils pour respirer un air sain à la maison

Dans tous les cas, des mesures simples peuvent être appliquées pour "avoir une qualité d’air intérieur satisfaisante" et ainsi limiter les risques.

  • Côtés produits ménagers, ils peuvent tous être remplacés par du vinaigre blanc, du bicarbonate de soude et du savon noir, plus naturels et tout aussi efficaces. Veillez à ne pas jeter ceux dont vous ne vous servez plus "hors des circuits agréés ou dans l'évier" pour des questions environnementales et sanitaires, précise le Pr Camus.
  • Sinon, il est primordial de respecter quelques précautions d’emploi : "Aérer beaucoup au moment du nettoyage, ne pas rester à proximité du produit et porter un masque", explique le Dr Izadifar.
  • Les étiquettes doivent être scrutées attentivement, afin d’identifier les symboles de danger et les ingrédients potentiellement problématiques.
  • Le pneumologue conseille également "d’aérer son habitat pendant au moins 15 minutes le matin, car c’est à ce moment de la journée que la pollution atmosphérique est plus basse".
  • En outre, "la température intérieure doit se situer en dessous de 19°C car au-delà l’habitat est surchauffé, ce qui favorise le développement de moisissures et d’ acariens ." Ces derniers sont d’ailleurs friands des endroits insalubres, d’où l’importance de nettoyer sa maison correctement : selon l’European Lung Foundation (ELF), "les moisissures sont une source d’allergènes et peuvent accroitre le risque de pathologies liées à l'asthme de 30 à 50%" mais aussi provoquer "un essoufflement, des infections pulmonaires, une bronchite et [un écoulement nasal]" (8).

À noter : Si vous souhaitez aller plus loin,"il existe des conseillers médicaux en environnement intérieur (CMEI) aptes à faire une étude précise des locaux", précise le Pr Camus.

Pollution de l’air intérieur : les patients asthmatiques ne sont pas les seuls concernés

"On parle beaucoup de pollution extérieure, et à juste titre, mais la pollution intérieure est très importante", souligne le Dr Izadifar.

Si l’on sait que cette dernière est particulièrement préoccupante pour les personnes asthmatiques ou souffrant de pathologies respiratoires chroniques puisqu’elle peut aggraver leur état, le pneumologue concède que l’on dispose aujourd’hui d’un "niveau de preuve scientifique faible" concernant son impact à long terme sur les individus en bonne santé.

"On ne peut pas dire que cela puisse induire des maladies respiratoires chez les personnes qui en sont indemnes. Toutefois, une étude norvégienne parue en 2018 a montré que celles – et surtout les femmes – qui s’occupent du ménage, que ce soit dans le cadre de leur travail ou à la maison, avaient une fonction respiratoire légèrement plus basse que des témoins qui n’avaient pas ce temps d’exposition aux produits détergents" (7).

> Un expert santé à votre écoute !

Sources

Remerciements au docteur Armine Izadifar et au professeur Philippe Camus, pneumologues.

(1) "Occupational exposure to disinfectants and asthma control in U.S. nurses". European Respiratory Society. 5 octobre 2017.

(2) "Exposition aux polluants émis par les bougies et les encens dans les environnements intérieurs". ADEME. Juillet 2017.

(3) "Sprays assainissants : une pollution majeure de l’air intérieur". 60 Millions de consommateurs. 9 mars 2017. 

(4) "Sprays aérosols: quels sont les risques pour la santé ?". OFSP. Août 2013.

(5) "Ammoniac et solutions d'ammoniaque". Centre antipoison.

(6) "Entretien de la maison - traquez les molécules toxiques". Magazine 60 Millions de consommateurs, n°518. Septembre 2016.

(7) "Cleaning at Home and at Work in Relation to Lung Function Decline and Airway Obstruction". ATS Journals. 1er mai 2018.

(8) "La pollution de l'air en intérieur". ELF.

"Sprays imperméabilisants". Centre antipoison.

"Allergies au parfum". Commission européenne.

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