Seniors : ces 5 huiles essentielles deviennent toxiques avec l'âge

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 30/12/2025
huiles essentielles
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L'aromathérapie est une médecine puissante, mais pas inoffensive. Si certaines essences soulagent, d'autres comme la menthe poivrée ou le romarin à camphre présentent des risques réels d'hépatotoxicité et d'interactions médicamenteuses chez les seniors. Voici les flacons à écarter et leurs alternatives sûres.

L'idée reçue selon laquelle "c'est naturel, donc ça ne peut pas faire de mal" est probablement le piège le plus redoutable en aromathérapie, particulièrement lorsque l'on avance en âge. Pourquoi ? Parce que le vieillissement entraîne une diminution physiologique des fonctions hépatiques et rénales. Or, c'est précisément le foie qui est chargé de métaboliser les molécules aromatiques et les reins de les éliminer. Lorsque ces organes filtrent moins vite, les composants chimiques s'accumulent dans l'organisme, transformant un remède bien-être en surcharge toxique. C'est ici que réside le principal risque d’utilisation des huiles essentielles pour les seniors, un danger souvent sous-estimé par les adeptes de l'automédication.

A cela, il faut ajouter une autre problématique courante chez les plus âgés, la prise de médicaments. La polymédication, fréquente après 65 ans, transforme l'organisme en un terrain miné où l'ajout d'une substance active supplémentaire peut provoquer des cocktails détonants. Une huile essentielle (HE) en contre-indication d'un traitement chronique peut annuler l'effet d'un médicament vital ou, à l'inverse, exacerber ses effets secondaires de manière dramatique.

Neurotoxiques et hypertensives : certaines huiles essentielles sont les ennemies du système nerveux

Parmi les flacons les plus courants mais à utiliser avec précaution, le romarin à camphre (Rosmarinus officinalis ct camphora) et la menthe poivrée (Mentha x piperita) occupent le haut du pavé. Ces deux essences contiennent des cétones (camphre, menthone), des molécules puissantes mais neurotoxiques. Elles peuvent abaisser le seuil épileptogène et provoquer des convulsions, même chez des sujets sans antécédents. L'utilisation du romarin à camphre ou de la menthe poivrée chez le senior est d'autant plus risquée que la menthe interfère avec de nombreux traitements cardiaques et hypertenseurs. Pour remplacer ces classiques, tournez-vous vers l'hydrolat de menthe, beaucoup plus sûr, ou l'huile essentielle de Lavande Vraie pour les maux de tête.

L'eucalyptus globulus, star des infections hivernales, rejoint cette liste noire en raison de sa forte teneur en 1,8-cinéole. À haute dose, il peut provoquer des spasmes bronchiques chez les asthmatiques et présente, lui aussi, un risque neurotoxique. Préférez-lui systématiquement l'eucalyptus radiata (ou le ravintsara), nettement mieux toléré par les voies respiratoires fragilisées. Il faut en effet toujours garder en tête la notion de chémotype (l'identité chimique de la plante) est cruciale. Par exemple, le même arbre, le camphrier (Cinnamomum camphora), peut produire trois huiles totalement différentes selon son lieu de culture. Il peut donner le ravintsara (sûr et antiviral), le bois de Hô (doux), ou l'huile de camphre (neurotoxique). Il est donc vital de vérifier le nom latin complet sur l'étiquette pour éviter les huiles essentielles neurotoxiques.

Quelles huiles essentielles peuvent agresser le foie ou le sang ? 

D'autres huiles attaquent sur un front différent : la coagulation et le foie. L'huile essentielle de clou de girofle, riche en eugénol, possède un effet fluidifiant sanguin quasi similaire à l’aspirine à fortes doses. Son association par voie orale avec certains traitements anticoagulants (type AVK) est à éviter car pourrait entraîner des hémorragies. De même, “l'Origan compact, les cannelles, la girofle, les thyms à thymol ou carvacrol, puissant anti-infectieux, sont dermocaustiques et agressifs pour le foie en raison de leurs phénols si ces huiles essentielles ne sont pas associées avec un protecteur hépatique dans des formules pour voie orale”, indique la Dre Françoise Couic-Marinier, aromathérapeute. L'ANSM, l'agence du médicament, met d'ailleurs régulièrement en garde contre ces risques avec les HE, leur hépatotoxicité et les interactions possibles par voie orale avant tout.

"Pour traiter les petites infections sans ordonnance, sans conseil pharmaceutique et sans utilisation d’un protecteur hépatique (citron, menthe poivrée etc.), sans agresser le foie, remplacez l'origan compact par exemple par le thym à linalol", conseille notre experte. 

Huiles essentielles après 65 ans : sécuriser sa pratique au quotidien

La prudence n'interdit pas l'usage, elle le cadre. La règle absolue reste la dilution : une application cutanée ne devrait jamais dépasser une concentration de 1 à 5 % chez une personne âgée dont la peau est plus fine et perméable. Privilégiez toujours la voie olfactive ou cutanée diluée et bannissez la voie orale sans un avis médical ou pharmaceutique strict. En cas de doute sur la compatibilité avec vos médicaments, optez pour des alternatives douces en aromathérapie comme les hydrolats, qui conservent l'information de la plante sans la toxicité des molécules concentrées. Dernier conseil, "prenez l’habitude de toujours demander l’avis d’un professionnel, votre pharmacien ou un aromathérapeute diplôme universitairement, avant d’utiliser une huile essentielle pour la première fois", conseille la Dre Couic-Marinier. Et n’oubliez pas d’indiquer la liste des médicaments que vous prenez ou des maladies chroniques dont vous souffrez.

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