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En cas de problèmes de foie ou d’estomac, gare au curcuma !

Le curcuma, ou l’épice du paradoxe : riche en curcuminoïdes – et notamment en curcumine, son principe actif – qui sont de puissants antioxydants et anti-inflammatoires, cette plante réduite en poudre est utilisée depuis des centaines d’années en médecines chinoise et indienne pour protéger le foie et l’estomac des inflammations.

En revanche, consommée en grandes quantités, elle peut entraîner tous les effets indésirables qu’elle est censée supprimer !

Ulcères, calculs, cirrhose : "Le curcuma a un effet positif puisqu’il accentue la production et la sécrétion de la bile [liquide qui favorise la digestion, NDLR] et donc active la vésicule biliaire, mais cela peut s’avérer être un effet négatif chez les personnes dont les voies biliaires sont obstruées notamment par des calculs", explique Alexandra Rétion, diététicienne-nutritionniste. Même chose en cas d’ulcère à l’estomac ou au niveau du duodénum : l’action irritante du curcuma peut augmenter l’irritation déjà provoquée par la lésion.

Enfin, si l’on souffre d’une maladie du foie, mieux vaut "s’assurer auprès de son médecin que l’on peut en consommer ou pas. Car le curcuma peut soit suractiver le foie, soit interagir avec un médicament" prescrit contre la maladie.

Mais ces risques vaudraient également pour les personnes en bonne santé : le 10 septembre 2018, le British Medical Journal a rapporté un premier cas d'hépatite auto-immune probablement déclenchée par la prise régulière et importante de compléments alimentaires à base de curcuma, chez une femme ne présentant pas d'antécédents.

Anticoagulants, anti-inflammatoires : des médicaments à éviter avec le curcuma

Anticoagulants, anti-inflammatoires : des médicaments à éviter avec le curcuma© Istock

Le curcuma est également connu pour son effet anticoagulant : s’il "aide à fluidifier le sang" et constitue ainsi "une bonne prévention des maladies cardiovasculaires", comme l’indique Philippe Chavanne dans son livre Découvrez les vertus du curcuma (éditions Alpen, 2018), en évitant la formation de caillots sanguins, il peut interagir avec des compléments alimentaires (notamment à base d’ail, d’aloe vera, de gingembre, de gingko ou de ginseng) ou des médicaments prescrits justement pour rechercher cet effet et empêcher ou au contraire intensifier leur action.

Dans ce cas, des effets indésirables peuvent apparaître. C’est également la raison pour laquelle le curcuma est "déconseillé avant une intervention chirurgicale", où les risques d’hémorragies sont accrus.

Même chose du côté des anti-inflammatoires : "le curcuma va augmenter l’effet de ces médicaments, comme s’il y avait une compétition au niveau des cellules", affirme Alexandra Rétion. Avant de consommer des produits à base de curcuma, assurez-vous donc d’en parler avec votre médecin traitant.

Le curcuma réduirait l’action de certains traitements contre le cancer

Le curcuma réduirait l’action de certains traitements contre le cancer© Istock

Les vertus antioxydantes du curcuma intéressent les chercheurs qui voient en l’épice un potentiel traitement contre le cancer. Les antioxydants sont en effet reconnus pour empêcher la formation de radicaux libres, des molécules naturellement présentes dans notre corps qui, lorsqu’elles le sont en trop grand nombre, favorisent la survenue de cancers.

De nombreuses études menées en laboratoire et sur des animaux ont ainsi démontré que le curcuma "ralentirait le développement de plusieurs types de cancers", en favorisant la mort des cellules cancéreuses et en réduisant "la formation de métastases", explique la Fondation contre le Cancer. Des travaux ont également révélé que le curcuma, sous une formulation particulière, aiderait à mieux supporter la chimiothérapie et la radiothérapie et en améliorerait l’efficacité.

Toutefois, toutes les chimiothérapies ne sont pas concernées : associés au curcuma, certains médicaments anticancéreux qui ont, eux, un effet oxydant (les radicaux libres jouant également un rôle positif dans l’organisme en luttant contre les infections) verraient leur action réduite.

Ainsi, si l’on "suppose une amélioration de l’effet du traitement dans le cas spécifique des chimiothérapies à base de métothrexate (Emthexate®, Ledertrexate®, Metoject®, Metothrexate®), celles à base de docétaxel (Docetaxel®, Taxotere®, Tevadocel®) et celles à base de gemcitabine", le curcuma est en revanche "contre-indiqué en cas de traitement à base de cyclophosphamide (Endoxan®), de doxorubicine (Adriblastina®, Caelyx®, Doxorubicine®, Myocet®), de camptothécine (Campto®, Irinosin®, Irinotecan®…), de dacarbazine, d’analogues du platine, d’anthracyclines et de certains antibiotiques antitumoraux tels que la bléomycine et la mitomycine", selon la Fondation contre le Cancer.

Allergique au curcuma ? Méfiez-vous !

Allergique au curcuma ? Méfiez-vous !© Istock

Selon l’Inserm, "25 à 30% de la population est allergique à quelque chose". Si l’allergie aux pollens et celle de contact aux plantes sont courantes, il est assez rare de faire une réaction au curcuma et à sa plante.

Rare mais pas impossible selon Alexandra Rétion, qui déconseille d’en consommer si l’allergie est connue. Et ce, sous toutes ses formes, puisque l’huile essentielle de curcuma, "utilisée à trop forte dose [en cuisine ou diluée sur la peau, NDLR], peut [également] s’avérer irritante et allergisante, affirme Philippe Chavanne. Il est donc prudent d’effectuer un petit test préalable" pour s’assurer qu’elle est bien supportée.

Le curcuma, bon pour la digestion… mais attention à l’indigestion

"Le curcuma est recommandé en cas de digestion difficile", explique Alexandra Rétion. Une consommation régulière de la plante viendrait donc à bout des nausées, ballonnements et flatulences si incommodants au quotidien. Mais à condition de ne pas en abuser, au risque d’obtenir l’effet inverse à celui escompté !

"Une consommation de curcuma à une dose très importante peut entraîner une indigestion et donc des flatulences, des brûlures d’estomac, une sensation de bouche pâteuse, des nausées ou même des vomissements", prévient la diététicienne.

Curcuma : comment le consommer sans risque ?

Curcuma : comment le consommer sans risque ?© Istock

Est-il donc possible de profiter pleinement du bon goût du curcuma et de ses bienfaits santé ? La réponse est affirmative, à condition de respecter plusieurs consignes. D’abord, Alexandra Rétion tient à noter que les dangers liés à la consommation de curcuma ne sont "présents que lorsque celle-ci est élevée".

Et par "élevée", on entend plus d’un gramme par jour. "Mais le risque de surdosage se présente surtout si vous prenez des compléments alimentaires à base de curcuma", précise la diététicienne. C’est d’ailleurs le point sur lequel insiste le ministère de la Santé : "Mal utilisés, ces compléments peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé des consommateurs et entraîner des effets toxiques en raison notamment de surdosage ou de surconsommation (dépassement des doses ou prises concomitantes de plusieurs compléments alimentaires)".

Veillez donc à demander conseil auprès de votre médecin traitant avant d’en prendre, à ne pas consommer plusieurs compléments alimentaires en même temps, et à respecter les posologies.

D’un autre côté, consommé en quantité modérée, le curcuma est mal assimilé par l’organisme, "ce qui tend à diminuer son efficacité, explique Philippe Chavanne. Prise seule, la curcumine n’est absorbée par voie intestinale qu’à hauteur de 5 à 60% seulement". Pour pouvoir observer ses effets sur la santé en évitant le surdosage, "le mieux, c’est donc d’utiliser la racine et de la râper soi-même ou bien d’utiliser les pots de poudre, assure Alexandra Rétion. Avec une poudre, vous n’allez jamais en mettre trop, et elle peut être facilement utilisée tous les jours". Pensez également à "accompagner la prise de curcuma de poivre ou de gingembre", qui permettent de mieux "assimiler et activer la curcumine".

Au final, selon Philippe Chavanne, associé à du poivre ou du gingembre, le curcuma peut être utilisé :

  • En prévention : une cuillère à café tous les jours, sous forme de poudre à saupoudrer sur ses plats. Choisir du curcuma bio.
  • Pour se protéger "d’une pollution potentiellement cancérigène (électro-pollution, pesticides agricoles, pollution nucléaire…), si possible en leur associant du brocoli et/ou des choux, dont le sulforaphane neutralise certains toxiques carcinogènes" : une à deux cuillères à soupe par jour, soit 300 à 600 mg/jour.
  • "En association d’un traitement (d’un cancer, par exemple)" : quatre cuillères à soupe par jour, soit 1200 mg/jour.

S’il est consommé frais ou en huile essentielle, assurez-vous "de la traçabilité et de la qualité biologique du produit". Dans tous les cas de figure, avant toute prise importante et régulière de curcuma, demandez conseil à votre médecin traitant.

Sources

Remerciements à Alexandra Rétion, diététicienne-nutritionniste, auteur de "L'assiette anti-diabète", "Antioxydants", "Régime crétois", éditions Hachette et "Qu'est-ce qu'on mange ? Le guide d'une bonne alimentation au quotidien", éditions First.

"Découvrez les vertus du curcuma", Philippe Chavanne, 2018, éditions Alpen.

"Drug-induced autoimmune hepatitis associated with turmeric dietary supplement use". BMJ Case Reports. 10 septembre 2018.

"Curcuma". Fondation contre le Cancer.

"Allergies". Inserm. Mis à jour le 12 mars 2016.

"Compléments alimentaires". Ministère de la Santé. Mis à jour le 30 décembre 2015.

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Vidéo : Atteinte d'une maladie du foie à cause d'un complément au curcuma

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