Dry january : et si les habitants de la planète entière devenaient sobres ?

Publié par Elodie Vaz
le 01/01/2026
Arrêt de la consommation d'alcool
Istock
Alors que le mois sans alcool débute aujourd’hui, une question se pose. Que se passerait-il si plus personne ne buvait de boisson alcoolisée ? Moins de morts, moins de violences, des hôpitaux désengorgés, une société profondément transformée… Zoom sur les effets de ce remontant populaire.

Et si, demain matin, plus personne ne buvait une goutte d’alcool ? Plus de vin à table, plus de bière entre amis, plus de champagne pour célébrer les grandes occasions. Malgré la popularité du dry january qui débute aujourd’hui, l’hypothèse paraît inimaginable. Elle permet pourtant de mesurer, par contraste, la place considérable qu’occupe l’alcool dans nos sociétés, et son poids sanitaire, social et économique. 

Le premier effet : la mortalité chuterait de manière significative. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’alcool était responsable, en 2019, de 2,6 millions de décès dans le monde, soit 5 % de la mortalité globale. Les 20-39 ans sont les plus touchés, avec 13 % des décès liés à l’alcool. En France, cette boisson provoquait déjà 41 000 morts par an en 2015, dont 16 000 par cancers, 9 000 par maladies cardiovasculaires et 6 800 par maladies digestives. Un chiffre qui s’élève à 49 000 dix ans plus tard, selon le ministère de la Santé.

Cette mortalité s’explique en partie par un malentendu persistant. Il n’existe pas de seuil de consommation sans risque pour la santé. Une étude publiée dans The Lancet en 2018 indique même que « dès un seul verre consommé par jour, les années de vie en bonne santé diminuent ». Chez les moins de 30 ans, l’alcool constitue la première cause évitable de décès, près d’un décès sur cinq chez les hommes de 25 à 29 ans lui étant attribuable. Avant 40 ans, accidents et suicides dominent ; après, ce sont les maladies chroniques, comme la cirrhose, qui s’imposent. La suppression de l’alcool réduirait donc drastiquement la mortalité prématurée.

Les bénéfices s'étendent aussi sur les routes. En 2024, en France, l’alcool était impliqué dans près d’un accident mortel sur quatre. La conduite sous son emprise représente à elle seule près d’un tiers des condamnations pour infractions routières, avec 87 900 condamnations en 2019. Résultat : moins d’alcool signifie moins d’accidents et moins de pression sur le système judiciaire.

Violences et féminicides : un recul spectaculaire

L’impact se ferait sentir dans d’autres domaines, notamment sur la violence. Dans les universités françaises, une étude publiée en octobre 2024 par le CNRS auprès de plus de 66 000 étudiants montre que l’alcool est un « facteur déterminant des violences sexistes et sexuelles », plus de la moitié des faits recensés étant liés à sa consommation. À l’échelle internationale, l’exemple de l’Afrique du Sud est frappant. Les périodes d’interdiction totale de vente d’alcool pendant la pandémie de Covid-19 ont coïncidé avec une baisse de 63 % des féminicides.

Plus surprenant encore, un monde sans alcool verrait probablement le nombre de suicides diminuer. L’alcool augmente le risque de décès par suicide, à court terme par impulsivité et perte de contrôle, et à long terme par isolement social, dépression ou troubles mentaux associés. Une méta-analyse publiée en septembre 2025 a établi que « chaque hausse d’un litre par habitant par année de la consommation d’alcool pur est associée à une augmentation de 3,59 % du taux de mortalité par suicide ». Or, en 2023, chaque Français de plus de 15 ans consommait encore 10,35 litres d’alcool pur en moyenne.

Urgences, hôpitaux, psychiatrie : le grand désengorgement

Enfin, les hôpitaux profiteraient d’un vrai soulagement. Environ 30 % des passages aux urgences sont liés à l’alcool, qui est également responsable de plus de 200 maladies. En 2022, 3 % des séjours hospitaliers, 6,6 % des journées en soins de suite et de réadaptation et 10 % des journées en psychiatrie étaient imputables aux troubles de l’usage d’alcool, pour un coût total de 3,17 milliards d’euros, soit 4,2 % des dépenses hospitalières.

Le dry January ne dure qu’un mois, mais cet exercice de pensée ouvre des perspectives plus larges. Un monde sans alcool serait non seulement plus sobre, mais aussi plus sûr, moins violent et, sans doute, plus longtemps en bonne santé.

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https://jamanetwork.com/journals/jamanetworkopen/fullarticle/2839200

Etude%20VSS%20alcool%20et%20cannabis-%20MILDECA-UGA.pdf 

https://iris.who.int/server/api/core/bitstreams/32b161e9-5683-40f5-a1c3-1c92a76d5cda/content 

https://www.thelancet.com/article/S0140-6736(18)31310-2/fulltext 

https://www.thelancet.com/journals/langlo/article/PIIS2214-109X(25)00115-9/fulltext 

https://acrobat.adobe.com/id/urn:aaid:sc:EU:dcb6f3dc-a691-4f32-adc7-4b648d736df3?viewer%21megaVerb=group-discover 

https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0755498218302665?via%3Dihub 

https://www.nature.com/articles/s41591-023-02383-8 

https://www.inserm.fr/dossier/

https://sante.gouv.fr/prevention-en-sante/addictions/article/l-addiction-a-l-alcool#:~:text=La%20consommation%20d'alcool%20repr%C3%A9sente,des%20maladies%20et%20d%C3%A9c%C3%A8s%20pr%C3%A9matur%C3%A9s

https://www.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2023-08/field_media_document-3292-doc_num--explnum_id-33099-.pdf 

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