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Une femme de 44 ans qui participait à un stage de naturopathie est décédée le 12 août dernier. Elle avait entamé une cure de jeûne hydrique le 16 juillet, au château de Brou en Indre-et-Loire. À ce jour, une enquête a été ouverte au Parquet de Tours pour déterminer les causes exactes de sa mort. Les investigations doivent déterminer si le décès ne serait pas lié à une mauvaise prise en charge par les encadrants de la cure. La femme s’est éteinte après son 21 ème jour de jeûne hydrique.

Un arrêté préfectoral a été émis par le parquet interdisant la poursuite de cette cure de jeûne hydrique. Si l’on en croit le témoignage de plusieurs participants de cette cure, les conditions d’accompagnement du stage ont pu mettre en danger la santé des touristes.

Toutefois, à ce jour, on ne peut pas clairement établir que la cure soit la cause de la mort de la quadragénaire. Qu’est-ce que le jeûne hydrique ? Est-il vraiment dangereux ? Nous avons posé la question à Raphaël Gruman, nutritionniste.

Qu’est-ce que le jeûne hydrique ?

À l’heure actuelle, les jeûnes font de nombreux adeptes. Qu’il s’agisse du jeûne intermittent, du jeûne hydrique ou encore du jeûne sec, ils ont tous un point commun : priver le corps de nourriture pendant un temps donné. Les effets vantés ? Régénérer l’organisme, la peau, le système digestif, perdre du poids et améliorer son bien-être.

Si certains jeûnes, comme le jeûne intermittent, apportent des bienfaits avérés sur la santé s’ils sont bien menés, le jeûne hydrique peut comporter des risques, surtout s’il est suivi trop longtemps et par des personnes qui ont déjà des antécédents médicaux.

Jeûne hydrique : "certains avaient envie de vomir toute la journée"

Après le décès d’une femme de 44 ans durant une cure, la presse entière s’intéresse au jeûne hydrique. Il consiste à bannir volontairement tous les aliments de nos assiettes pendant un temps donné. On retire tous les aliments solides et on ne consomme que de l’eau ou des jus. Le but recherché ? La détoxification de l’organisme. La cure au château de Brou a duré entre 12 et 42 jours (en fonction des participants).

"Je conseille parfois à mes patients de faire un jeûne hydrique s'ils veulent régénérer leur foie après des excès, mais sur une seule journée. Plus de 24 heures, cela devient dangereux pour la santé. Quant à le mener 12 jours, c'est carrément du suicide", avertit Raphaël Gruman.

"Au bout de quelques jours, pendant ce stage, c'était un peu l'hécatombe : les gens étaient dans un état de fatigue, voire d'extrême fatigue, certains avaient envie de vomir toute la journée, même l'eau. L'organisateur ne s'est jamais occupé d'eux", témoigne un des participants à la cure au château de Brou à nos confrères de France Inter.

Visiblement, si l’on en croit d’autres témoignages, il n’est pas le seul à remettre en question les conditions de cette cure.

Jeûne hydrique : "j’ai perdu 10 kg, mes muscles en ont pris un coup"

Un autre homme présent sur place lors du stage du château de Brou, s’insurge du fait qu’aucun accompagnateur ne se soit inquiété des douleurs à la poitrine de la femme et de son absence au point du matin. Chaque matin, les encadrants de cette cure de jeûne hydrique vérifiaient si les constantes vitales des participants - rythme cardiaque, tension, poids – étaient normales. "Personne n'a pris de ses nouvelles parmi les encadrants", déplore-t-il.

Cette cure de jeûne hydrique dispensée au château de Brou consistait à ne boire que de l’eau tout au long du stage - entre 14 et 42 jours. Les journées étaient rythmées par des séances de yoga, des exercices de respiration, du repos, de la méditation et des ateliers.

Les participants étaient motivés par la perte de poids, ou encore par la possibilité de lutter contre une maladie ou encore se concentrer sur leur développement personnel.

"Je suis revenu plus déglingué qu’avant"

"J’ai perdu 10 kg, mes muscles en ont pris un coup. Je suis revenu plus déglingué qu’avant", déclare un autre participant de la cure à La Nouvelle République.

En effet, il semblerait que cette cure de jeûne hydrique n’ait pas tenu toutes ses promesses.

Quel que soit le jeûne que vous décidez d’entamer, il nécessite un suivi par un médecin, et surtout, il ne doit pas être mené trop longtemps. Priver l’organisme de nourriture plusieurs jours d’affilée n’est pas sans risque. On cite notamment des risques de carences.

Jeûne hydrique : quels sont les risques pour la santé ?

"Le jeûne peut favoriser les TCA [troubles du comportement alimentaire, ndlr] et des carences", nous avertit Alexandra Retion, diététicienne nutritionniste et auteure de SOS Nutrition (éd. First). Il est d’ailleurs déconseillé aux patients victimes de certaines maladies chroniques comme le diabète de se lancer, et surtout sans suivi médical.

Par-dessus tout, le jeûne hydrique ne doit pas durer trop longtemps. S’il peut être bénéfique sur un ou deux jours, au-delà de plusieurs semaines, il représente un vrai danger pour la santé.

On cite notamment le risque lié à la carence en vitamine B1. Nous disposons de stocks de cette vitamine de l’ordre de trois semaines dans notre corps. Au-delà, vous encourrez des risques neurologiques. Cette vitamine est essentielle au fonctionnement du cerveau et des nerfs périphériques.

Jeûne hydrique : un risque d'arrêt cardiaque

Le jeûne hydrique impliquerait aussi une perturbation du taux de sodium dans l’organisme. Cette pratique ferait perdre des muscles, ce qui peut avoir des conséquences sur le long terme. Lorsqu’on perd trop de muscle, on devient plus vulnérable face aux infections.

'Le danger que je tiens à souligner avec le jeûne hydrique, c'est la carence en minéraux", soulève Raphaël Gruman, notre nutritionniste.

Le potassium (comme le sodium et le chlore) est un de ces minéraux essentiels à l’équilibre hydrique et acido-basique de notre corps. Il facilite les réactions biochimiques de nos cellules et participe à l’influx nerveux ainsi qu’à la contraction musculaire.

"Il y a aussi un risque d’arrêt cardiaque à cause de la perte de potassium", ajoute notre expert.

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Sources

Femme retrouvée morte lors d'un stage de jeûne : des participants racontent "l'hécatombe" pendant la cure, Franceinter, 24 août 2021

Merci à Raphaël Gruman, nutritionniste 

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