Langue rouge : carence ou maladie, faut-il s'inquiéter ?
Beaucoup associent les changements d'aspect de la langue à des problèmes digestifs bénins ou passagers. Pourtant, la modification de la texture linguale constitue parfois le tout premier signal d'alarme envoyé par l'organisme, bien avant que les analyses sanguines ne soient perturbées. De la simple carence, à la maladie auto-immune un changement d’aspect de votre langue doit vous interpeller, en particulier si elle devient rouge.
Langue rouge : est-ce une glossite ?
Lorsque la langue subit une inflammation chronique, les médecins parlent de glossite atrophique. Ce trouble se manifeste par une dépapillation : la langue perd ses petites aspérités habituelles (les papilles) pour devenir anormalement lisse, donnant un aspect parfois décrit comme "vernissé". Visuellement, l'organe change de teinte, passant du rose sain à un rouge carminé ou un rouge vif, voire magenta. Si certains patients ressentent des picotements ou une sensation de brûlure (stomatodynie), ce signe reste souvent indolore au début.
Cette manifestation spécifique, nommée glossite de Hunter, est un marqueur clinique de la carence en vitamine B12 (cobalamine). Pourquoi la bouche est-elle touchée en premier ? La vitamine B12 est indispensable à la synthèse de l'ADN et au renouvellement cellulaire. Comme les cellules de la muqueuse buccale se renouvellent très rapidement, elles sont les premières victimes de ce déficit, bien avant que l'anémie ne soit visible dans les analyses sanguines ou que des troubles neurologiques n'apparaissent.
Les populations à risque de carence en B12 qui affecte la langue
Ce déficit n'est pas anodin et touche des profils spécifiques. Le facteur âge est déterminant : après 50 ans, l'absorption de cette vitamine diminue naturellement. Une partie des seniors souffre d'atrophie gastrique, ce qui réduit l'acidité de l'estomac nécessaire pour libérer la B12 contenue dans les aliments. Par ailleurs, la maladie de Biermer (ou anémie pernicieuse) reste la cause auto-immune la plus fréquente.
Dans ce cas, l'organisme produit des anticorps qui détruisent le “facteur intrinsèque” (FI), une protéine indispensable à l'assimilation de la vitamine. D'autres situations exposent à ce risque : les régimes végans ou végétariens stricts (la B12 étant d'origine animale), les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin comme la maladie de Crohn, ou encore la prise prolongée de certains médicaments, notamment la metformine prescrite contre le diabète de type 2.
Langue rouge : repérer le syndrome de Sjögren
Une autre pathologie auto-immune peut expliquer cet aspect lingual particulier : le syndrome de Gougerot-Sjögren. Cette maladie systémique infiltre les glandes exocrines, provoquant une sécheresse intense (xérostomie). Ici, la langue devient rouge, lisse et dépapillée à cause de l'agression directe liée au manque de salive protectrice, et non uniquement par carence vitaminique, bien que les deux puissent coexister. Elle apparaît souvent fissurée dans les formes sévères. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), le diagnostic repose sur des tests objectifs de sécheresse (comme le test de Schirmer), la recherche d'anticorps anti-SSA/SSB et une biopsie des glandes salivaires. Si vous observez ces changements persistants, consultez votre médecin pour un bilan complet.
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