Hypertension : les chercheurs découvrent un lien inédit avec le cerveau

Publié par Edouard Korvaul
le 20/02/2026
stéthoscope et cœur posés sur une table
Istock
L'hypertension artérielle, fléau mondial silencieux, pourrait trouver une nouvelle explication grâce à une étude néo-zélandaise révélant un lien direct entre une zone du cerveau et l'élévation de la tension.

Souvent qualifiée de "tueur silencieux", l'hypertension artérielle fait l'objet d'une surveillance médicale constante. Pourtant, alors que les traitements classiques ciblent majoritairement le cœur ou les reins, la science regarde désormais plus haut. Une découverte récente pourrait bien bouleverser la prise en charge de cette pathologie chronique en s'attaquant directement à son origine neurologique.

Hypertension artérielle : une réalité préoccupante

Les chiffres sont sans appel et dessinent une réalité préoccupante : en 2024, 22% des adultes français déclarent souffrir d'hypertension artérielle (HTA). Cela représente environ 17 millions de personnes dans l'Hexagone, dont près de 6 millions ignorent encore leur condition. Cette pathologie chronique, la plus fréquente en France, constitue un facteur de risque majeur pour les maladies cardiovasculaires, rénales et neurologiques, causant plus de 55 000 décès par an.

À l'échelle mondiale, la situation est tout aussi alarmante. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), le nombre de personnes hypertendues a doublé en trente ans pour atteindre 1,4 milliard d'adultes. Le coût de l'inaction pourrait être astronomique, l'institution alertant sur l'impact économique des maladies cardiovasculaires qui pourraient coûter des milliers de milliards de dollars aux économies mondiales d'ici 2025.

Hypertension : le coupable caché dans le cerveau ?

C'est une avancée majeure que viennent de réaliser des chercheurs de l'Université d'Auckland dont les travaux ont été publiés dans la revue scientifique Circulation research ce début d’année 2026. Ils ont identifié une zone spécifique du tronc cérébral, la partie la plus ancienne du cerveau, comme étant potentiellement à l'origine de l'hypertension. Cette zone, nommée région latérale parafaciale (pFL), contrôle habituellement les fonctions automatiques comme la respiration ou la digestion.

L'étude révèle que cette région se connecte aux nerfs responsables de la contraction des vaisseaux sanguins. « Nous avons mis au jour une nouvelle région du cerveau qui est à l'origine de l'hypertension artérielle. Oui, le cerveau est à blâmer ! », explique le directeur du centre de recherche cardiaque à l'origine de l'étude. Les travaux montrent que l'activation de cette zone élève la pression, tandis que son inactivation permet de rétablir des niveaux normaux.

Viser les corps carotidiens pour soigner l’hypertension

Traiter le cerveau reste un défi complexe, car les médicaments agissent souvent sur l'ensemble de l'encéphale. Cependant, les scientifiques ont découvert une faille exploitable : la région pFL est activée par des signaux venant de l'extérieur du cerveau, précisément des corps carotidiens. Ces minuscules amas de cellules situés dans le cou détectent les niveaux d'oxygène dans le sang.

Cette connexion offre une opportunité thérapeutique inespérée. Il devient possible d'inactiver la zone cérébrale problématique "à distance" en ciblant ces capteurs situés dans le cou. Les chercheurs travaillent actuellement sur la réorientation d'un médicament capable d'éteindre l'activité des corps carotidiens sans avoir besoin de pénétrer la barrière protectrice du cerveau.

Surveiller sa respiration et son sommeil

Cette découverte met en lumière le lien étroit entre la respiration et la tension. Des modifications des schémas respiratoires, notamment de fortes contractions des muscles abdominaux, pourraient déclencher l'hypertension via ce mécanisme cérébral.

Ces résultats sont particulièrement prometteurs pour les patients souffrant d'apnée du sommeil. Chez ces personnes, les arrêts respiratoires nocturnes activent les corps carotidiens, ce qui pourrait expliquer leur hypertension. Le développement de médicaments ciblant ce mécanisme précis constituera la prochaine étape de la recherche clinique.

Google News Voir les commentaires