Sommaire

Comment minimiser le risque de développer un cancer des ovaires ? À l'occasion de la journée mondiale contre le cancer des ovaires, Medisite s'intéresse à ce cancer complexe à dépister qui est souvent diagnostiqué à un stade avancé, dans 75% des cas au stade 3 ou 4. Afin de favoriser sa prévention et de suivre davantage les personnes qui pourraient être touchées, il est important de connaître les facteurs de risque de ce cancer très meurtrier. Il s’agit en effet d’un cancer méconnu qui représente environ 5 000 cas chaque année, soit dix fois moins que le cancer du sein.

Ablation des ovaires : dans quel cas y avoir recours ?

“Le principal facteur de risque, ce sont les antécédents familiaux, c'est-à-dire des mutations des gènes BRCA1 et BRCA2”, assure à ce propos le Dr Jean-Claude Darmon, chirurgien gynécologique et du sein, spécialisé en cancérologie. Contrairement à d’autres organes, ce cancer ne donne pas de signes avant-coureurs et se développe à bas bruit, échappant ainsi le plus souvent au diagnostic précoce.

Selon le spécialiste, “les échographies endovaginales régulières et le dosage des marqueurs tumoraux ne marchent pas bien”. Face à “cet échec” du dépistage précoce d’un cancer qu’on “sait mal guérir”, il est important de s’intéresser dans le détail aux facteurs de risque et de protection. “On a réorienté notre approche pour faire de la prévention. Une de celles qui marchent le mieux reste l’ablation des ovaires. Pour aller ôter préventivement des ovaires à une femme, il faut qu’elle ait un fort risque de cancer des ovaires ou que l’intervention porte peu de conséquences comme chez la femme ménopausée”, explique le Dr Darmon.

Cancer des ovaires : les antécédents familiaux, principal facteur de risque

Le chirurgien explique que c’est pour cela que “les antécédents familiaux” intéressent au premier plan les spécialistes. “Si dans une famille il y a eu des cancers du sein ou de l’ovaire, on peut faire la recherche de ces fameuses mutations qui, si elles sont présentes, légitiment d’aller enlever préventivement les ovaires aux femmes”.

Le Dr Darmon précise que la réponse médicale sera différente selon l’âge de la patiente. “En réalité, selon l’âge des femmes auquel le diagnostic de prédisposition au cancer de l’ovaire est posé, les enjeux sont extrêmement différents”, précise le spécialiste. En effet, si la femme est ménopausée, il n’y a pas de conséquence néfaste à l’ablation des ovaires. “Après la ménopause, c’est une petite intervention très bien acceptée”, explique-t-il.

En revanche, “si le diagnostic est posé sur une femme jeune, qui est encore réglée, l’acceptabilité du geste est beaucoup plus faible car les conséquences sont majeures”. Provoquer une ménopause chirurgicale est assez violent et vous exposez ainsi la jeune femme à un vieillissement prématuré avec une baisse de libido.

Retrait des trompes : pourquoi ça réduit le risque

Il existe une alternative chez les femmes jeunes quand le diagnostic de prédisposition est posé par la découverte d’une mutation BRCA et que ces dernières ont déjà eu des enfants. “Elle consiste à enlever les trompes complètement”, précise le Dr Darmon. Cela réduit le risque de cancer des ovaires, car selon le chirurgien, les recherches laissent à penser que c’est l’extrémité des trompes qui irrite l’ovaire et c’est à cet endroit-là que naîtrait le cancer de l’ovaire. “En enlevant la trompe, notamment le pavillon, on aurait un effet préventif sur le développement ultérieur d’un cancer de l’ovaire”.

Cancer des ovaires : l’ovulation, facteur de risque

La longueur de l’activité ovarienne surexpose au cancer de l’ovaire, la pilule contraceptive et la grossesse vous protègent

Dr Darmon

Le spécialiste précise que le "traumatisme ovarien" est l’un des mécanismes évoqués à l’origine du cancer des ovaires en dehors des mutations génétiques. Ainsi, plus une femme aura d’ovulation au cours de sa vie, plus le risque s’accroît. Des premières règles précoces ou une ménopause tardive sont associées à une majoration du risque tandis que les grossesses ou l’allaitement maternel sont des facteurs protecteurs contre le cancer des ovaires, comme la contraception orale, mais pas le stérilet qui n’empêche pas les ovulations.

La ligature des trompes a également un effet protecteur contre le cancer des ovaires. “La pilule, qui empêche la femme d’ovuler, diminue le nombre de traumatismes, de la même manière que la grossesse, en plus de diminuer les risques d’endométriose, qui est aussi un facteur de risque du cancer de l’ovaire, protège du cancer de l’ovaire. Tous les facteurs qui vont diminuer le nombre d’ovulations sont des facteurs protecteurs. Tous les facteurs qui vont à l’inverse augmenter le nombre d’ovulations sont donc des facteurs d’exposition au risque”, assure le spécialiste.

Pour le Dr Darmon, “le schéma idéal serait que les femmes protègent leur activité sexuelle par une contraception orale jusqu’aux grossesses. Ce choix comporte de multiples bénéfices en particulier une protection de la fertilité”. À noter que la pilule prise de manière prolongée peut en revanche être un facteur de risque pour d’autres pathologies, ce qui rend le choix complexe pour les femmes. L'accroissement de l’âge de la première grossesse participerait aussi à l’augmentation des risques de cancer. “C’est compliqué en tant que gynécologue de dire aux femmes qu’il ne faut pas attendre pour faire des enfants, s’oppose des concepts médicaux et des évolutions sociétales.

Cancer des ovaires : “Un pic de facteur de risque vers 75 ans”

La diminution du nombre de grossesses et la baisse de la pratique de l’allaitement maternel participent en effet à la hausse des risques puisque tous les deux bloquent l’ovulation. Seuls 25% des femmes allaitent aujourd’hui et le plus souvent deux à trois mois, contre parfois jusqu’à un an dans le passé. Les grossesses sont un facteur de protection pour réduire le risque de cancer des ovaires. “Plus on a de maternités, plus on est protégées”, assure le spécialiste.

Selon le chirurgien gynécologique, “les projets sociétaux s’écartent de plus en plus de ce que la médecine pourrait recommander”. “Concernant les procédures de PMA, on ne sait pas encore si le fait de stimuler beaucoup les ovaires serait un facteur de risque ou pas”.

Cancer des ovaires : l’âge, la sédentarité et le surpoids augmentent les risques

Pour le cancer des ovaires, l’âge est également un facteur de risque majeur. “Le cancer de l’ovaire est un cancer qui touche les femmes mûres. La moyenne des femmes touchées se situant entre 65 et 70 ans avec un pic de fréquence vers 75 ans”, précise le Dr Darmon. Le traitement de la ménopause est également un facteur de risque vraisemblable. Le spécialiste met également en cause la sédentarité et le surpoids. En une trentaine d’années, les cas de cancer de l’ovaire ont augmenté de 25% environ, les facteurs environnementaux ont donc aussi été mis en cause.

“On a une explosion de l’obésité chez les enfants, garçons et filles. L’augmentation de l’obésité féminine est dramatique. C’est un facteur de risque de cancer en général et de cancer de l’ovaire en particulier, un facteur de comorbidité important“, se désole le chirurgien.

En revanche, il est difficile d’identifier des aliments particuliersqui seraient des facteurs de risque ou à l’inverse des aliments qui seraient protecteurs contre le cancer de l’ovaire. “On aimerait dire que manger bio est suffisant, mais les autres sources toxiques (pollution de l’eau, de l’air) restent prépondérantes” selon le Dr Darmon. Toutefois, selon lui “c’est dramatique de voir que bon nombre d’aliments que l’on mange sont surtraités”. Le spécialiste met en effet en cause le rôle des pesticides dans la hausse des taux de cancers ainsi que celui des perturbateurs endocriniens. “Le tabagisme est également un facteur de risque majeur en cancérologie pour l’ovaire comme pour le reste”.

Cancer des ovaires : l’exposition à l’amiante et aux rayons X en cause

Parmi les autres causes environnementales suspectées de hausses de cancer de l’ovaire, il y a l’exposition aux rayons X. “Les gens qui ont été exposés aux retombées radioactives ou aux bombes atomiques ont eu une petite majoration du cancer de l’ovaire”. Le chirurgien gynécologique estime qu’il y a aussi des facteurs de risque professionnels.

“Selon les régions où vous vivez, l’amiante est encore un facteur de risque direct pour ceux qui ont travaillé dans l’amiante et indirect pour ceux qui habitent dans des lieux amiantés ou qui travaillent dans des habitats qui ont été amiantés. Le risque peut aussi être indirect pour les femmes contaminées par leurs conjoints ayant travaillé dans des lieux amiantés”.

“Face à l’augmentation des cas qui est multifactorielle, on ne peut pas se dire que l'augmentation ne vient pas des toxiques auxquels nous sommes exposés, des évolutions sociétales en matière de grossesse, d’allaitement, de contraception, de sédentarité et d’alimentation. Et ça, ce sont des facteurs sur lesquels nous pourrions avoir des actions simples”, conclut le Dr Darmon.

> Un expert santé à votre écoute !

Sources

Dr Jean-Claude Darmon, chirurgien gynécologique et du sein, spécialisé en cancérologie, pratiquant à l’Institut du sein et de Chirurgie gynécologique d’Avignon ICA et au sein des Hôpitaux privés du Vaucluse, à la Polyclinique Urbain V et à la Clinique Rhône Durance. 

Notre Newsletter

Recevez encore plus d'infos santé en vous abonnant à la quotidienne de Medisite.

Votre adresse mail est collectée par Medisite.fr pour vous permettre de recevoir nos actualités. En savoir plus.