Victime d'un AVC, elle se réveille avec un accent russe !

Publié par Céline Willefrand
le 22/02/2026
Femme qui se réveille dans une chambre d'hôpital, une infirmière à ses côtés
New Planet Media
Cette canadienne de 56 ans s’est réveillée après avoir vécu un AVC en parlant avec un accent russe ! Le syndrome de l'accent étranger est une séquelle neurologique rarissime mais qui transforme la vie de ceux qui sont touchés. Détails.

Les accidents vasculaires cérébraux laissent souvent des traces visibles, mais certaines séquelles défient l'imagination. Si la rééducation motrice est un parcours connu, les troubles rares de la parole peuvent aussi bouleverser le sentiment d'appartenance. C'est l'épreuve que traverse une patiente canadienne dont l'histoire met en lumière une réalité neurologique complexe dont on parle peu.

A 56 ans, sa façon de parler change brutalement après un AVC

Tara Livingston, une Canadienne de 56 ans, a vu son existence basculer après une attaque cérébrale. Victime d'un premier AVC en novembre 2023, elle souffrait initialement d'aphasie et d'apraxie, des difficultés à parler et à reproduire des mouvements volontaires. Mais c’est après une intervention chirurgicale mineure en février 2024 que le choc survient. « J’ai essayé de parler aux infirmières. C'est sorti avec un accent russe et j'ai été surprise de ne pas pouvoir m'en empêcher. J'étais tellement confuse », confie-t-elle au journal anglais Mirror.

Ce trouble, qui pourrait prêter à sourire, impacte en réalité profondément son identité. Bien qu'elle n'ait pas d'origines slaves, elle se sent désormais étrangère chez elle : « Je suis tellement canadienne [mais] je suis maintenant traitée comme une immigrée ». Elle relate une altercation dans un pub où une femme l'a agressée verbalement, pensant qu'elle feignait de ne pas comprendre l'anglais. “Elle m'a crié dessus en russe et j'ai appris plus tard qu'elle m'avait [insultée]. C'était le pire moment”.

Qu’est-ce que le syndrome de l’accent étranger ?

Il n’est pas question ici d’un apprentissage involontaire d’une langue étrangère. Le syndrome de l'accent étranger (SAE) est une altération de la prosodie — le rythme, la mélodie et l'accentuation du langage. Elle est causée par des lésions dans les zones motrices du cerveau, le plus souvent situées dans l'hémisphère gauche.

Il s'agit d'une pathologie extrêmement rare : moins de 150 cas ont été documentés au niveau mondial. Si l'AVC reste la cause principale, ce syndrome peut aussi survenir après un traumatisme crânien, une tumeur ou une sclérose en plaques. Le diagnostic est souvent long en raison de la méconnaissance du trouble par le corps médical. À ce jour, la prise en charge repose essentiellement sur l'orthophonie intensive pour tenter de rééduquer les muscles de l'articulation.

Modification de la façon de parler : des histoires médicales insolites

La médecine a identifié ce trouble dès 1907 grâce au neurologue français Pierre Marie, qui décrivait le cas d'une Parisienne s'exprimant avec un accent alsacien après une attaque. L'histoire retient aussi le cas marquant d'Astrid L. en 1941 : cette Norvégienne, blessée au cerveau durant la Seconde Guerre mondiale, s'est réveillée avec un accent allemand. Elle fut rejetée par sa communauté qui la soupçonnait d'espionnage. D'autres cas rapportent des changements vers des accents chinois ou britanniques, soulignant la complexité de la réponse cérébrale face aux lésions vasculaires.

L'AVC et ses lourdes conséquences

En France, Santé publique France recense entre 120 000 et 150 000 hospitalisations par an à cause d’un accident vasculaire cérébral, soit un accident toutes les 4 minutes. Cette pathologie demeure la première cause de handicap physique acquis chez l'adulte et la première cause de mortalité chez la femme.

Environ 60 % des survivants gardent des séquelles neurologiques. Si les troubles du langage (aphasie) et les déficits moteurs sont fréquents, des handicaps parfois qualifiés d'invisibles, comme celui de Tara Livingston, isolent socialement les patients et compliquent le retour à la vie active.

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