Qu’est-ce que l'hyperuricémie visible sur l’orteil et qui signale un danger pour les reins et le cœur ?

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 17/01/2026
signe orteil goutte
Istock
Votre gros orteil de pied n’est sans doute pas au centre de vos préoccupations santé. Il peut pourtant être le signal visible d'une hyperuricémie qui peut avoir des conséquences silencieuses et graves. Décryptage.

Votre orteil est intensément douloureux ? Ce n’est pas forcément à la suite d’un choc. Ce peut être la manifestation visible d'un déséquilibre métabolique profond. L'acide urique est un déchet naturel issu de la dégradation des purines, ces substances présentes dans notre alimentation et nos propres cellules. Normalement éliminé par les reins, il peut s'accumuler anormalement dans le sang : c'est l'hyperuricémie. Lorsque les taux dépassent un certain seuil, généralement 68 à 70 mg/L, l'acide urique ne se dissout plus. Il cristallise sous forme d'urate monosodique, se déposant dans les articulations et provoquant cette inflammation fulgurante caractéristique. On parle de crise de goutte. Là où les choses se compliquent, c’est que même sans crise de goutte - seulement 10 % des sujets hyperuricémiques déclenchent une crise de goutte - l'excès d'acide urique circulant continue son travail de sape silencieux. Plus étonnant encore, l'acide urique agit comme un puissant antioxydant à des niveaux normaux (il est donc intéressant pour l’organisme), mais devient pro-oxydant lorsqu'il est en excès. Il passe du statut de protecteur à celui d'agresseur pour nos tissus.

Cœur et artères : les dangers de l’acide urique

Ce basculement vers un état pro-oxydant a des répercussions directes sur notre système cardiovasculaire. À haute concentration, l'acide urique favorise le stress oxydatif et l'inflammation, réduisant la production de monoxyde d'azote, un élément indispensable à la dilatation de nos vaisseaux. Cette dysfonction endothéliale rigidifie les artères et favorise l'hypertension. De plus, ce déchet active des mécanismes cellulaires qui élèvent la pression artérielle, confirmant que l'acide urique représente un danger pour le cœur et les vaisseaux.

L'hyperuricémie est désormais considérée comme un facteur de risque indépendant pour les maladies coronariennes, les AVC et l'hypertension. “Les études épidémiologiques indiquent que l'hyperuricémie est indéniablement fortement associée aux maladies cardiovasculaires, aussi bien dans le cas des maladies liées à des dépôts d'acide urique, comme la goutte, que chez les patients asymptomatiques atteints d'hyperuricémie”, indique la revue scientifique Journal de Cardiologie dans un numéro publié en décembre 2019. En outre, elle constitue souvent le premier signe du syndrome métabolique, précédant parfois le diabète de type 2 ou l'obésité.

Reins : des organes en première ligne

Les reins, chargés d'éliminer ce déchet, sont souvent les premières victimes d’un excès d'acide urique, qui est la cause principale de certains calculs rénaux (lithiase urique), mais pas seulement. Les microcristaux peuvent se déposer directement dans le tissu rénal, créant une néphropathie uratique qui détruit progressivement les capacités de filtration de l'organe, ce qui peut entraîner une insuffisance rénale chronique.

Cette est cercle vicieux : une fonction rénale dégradée peine à éliminer l'acide urique, ce qui augmente son taux sanguin, aggravant en retour les dommages rénaux. Dans ces conditions, gérer l'inflammation et traiter la crise de goutte assure la protection des reins sur le long terme.

Hyperuricémie : les seuils à surveiller

En cas de doute sur une potentielle hyperuricémie, il faut réaliser un bilan sanguin complet de manière à surveiller la fonction rénale et la goutte, incluant le dosage de la créatinine. Pour un patient souffrant de goutte, l'objectif est strict : il faut maintenir l'uricémie en dessous de 60 mg/L (360 µmol/L). Ce taux permet de dissoudre les cristaux existants et d'empêcher la formation de nouveaux dépôts.

Dans les cas de goutte sévère avec des tophi (dépôts sous-cutanés visibles), l'objectif peut être abaissé à 300 µmol/L. Atteindre et respecter le seuil de traitement de l'uricémie est la seule méthode efficace pour stopper la progression de la maladie. Pour l'hyperuricémie asymptomatique, le traitement médicamenteux n'est pas systématique, mais des mesures hygiéno-diététiques s'imposent pour soulager la charge qui pèse sur vos reins et votre cœur.

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