L’aspirine réduit le risque de cancer, vraiment ?
“Des études antérieures, menées principalement auprès d’adultes d’âge moyen, ont montré que l’aspirine réduit le risque de cancer après 10 ans, notamment pour le cancer colorectal (CCR)” indiquent les chercheurs australiens à l’origine de ces travaux publiés le 29 janvier dernier dans la revue médicale JAMA Oncology. Mais la balance bénéfice-risque des médicaments semble évoluer avec l'âge. Une vaste analyse vient bousculer les certitudes concernant la prévention primaire chez les plus de 70 ans, remettant en cause l'intérêt de l'acide acétylsalicylique (aspirine) pour se prémunir des tumeurs.
L'étude ASPREE : aucune réduction globale du risque avec l’aspirine
Cet essai clinique ASPREE (Aspirin in Reducing Events in the Elderly) a mobilisé une cohorte impressionnante de plus de 19 000 participants vivant à domicile. Ces volontaires, âgés de 70 ans et plus (ou 65 ans pour certains profils), étaient exempts de maladies cardiovasculaires, de démence ou de handicap majeur au début de l'étude. La moitié a reçu de l'aspirine à faible dose (100 mg par jour), l'autre un placebo.
Avec une période d'observation médiane totale atteignant 8,6 ans, incluant le suivi post-essai, les conclusions sont sans appel. L'aspirine à faible dose n'a été associée à aucune baisse de l'incidence globale du cancer. Les taux d'apparition de la maladie sont restés quasi identiques entre le groupe traité et le groupe placebo. Si le mélanome semble moins fréquent sous aspirine, les cancers colorectaux, pourtant cible historique de cette prévention, ne montrent aucune réduction significative.
Aspirine : un risque inattendu de mortalité par cancer
Plus préoccupant, les données mettent en lumière un effet inverse à celui recherché. Durant la phase active de la prise du médicament, l'utilisation de l'aspirine a été associée à un risque de décès lié au cancer 15 % plus élevé que sous placebo. Cette surmortalité s'est manifestée principalement pendant les années de traitement, mais pas une fois le traitement arrêté. Ces résultats confirment que l'initiation d'une stratégie d'aspirine sur plusieurs années, uniquement dans le but de prévenir le cancer, n'est pas justifiée chez le senior sain. “Les résultats de cette étude suggèrent qu'il n'est pas recommandé d'initier une stratégie de prise d'aspirine sur plusieurs années à des fins de prévention du cancer chez les personnes âgées”, concluent les chercheurs.
Aspirine et seniors : les recommandations à suivre
Ces nouvelles données renforcent les directives cliniques actuelles : l'utilisation systématique de l'aspirine pour la prévention primaire n'est pas recommandée dans la population âgée, en dehors de pathologies nécessitant, elles, la prise d'aspirine. Les risques, notamment hémorragiques, surpassent les bénéfices potentiels en l'absence de pathologie cardiovasculaire avérée.
Aspirine ou pas aspirine ? La décision doit, dans tous les cas, impérativement faire l'objet d'une discussion avec un professionnel de santé. Si vous prenez ce traitement pour le cœur (prévention secondaire), ne l'arrêtez surtout pas sans avis médical. Seul votre médecin peut évaluer le rapport bénéfice-risque propre à votre dossier.
Afficher les sources de cet article
- Orchard SG , Polekhina G , Zalcberg J, et al. Incidence et mortalité du cancer associées à l'aspirine chez les personnes âgées : suivi de l'essai ASPREE . JAMA Oncol. Publié en ligne le 29 janvier 2026. doi : 10.1001/jamaoncol.2025.6196
- oncologynews.com.au
- medicalnewstoday.com
- santelog.com
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