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Et si l’aspirine pouvait faire plus que soulager vos migraines ? Une équipe de chercheurs américains a découvert que ce médicament semble freiner la croissance des tumeurs et inhiber la récidive du cancer colorectal. Ces derniers essayent désormais de trouver un dosage qui permettrait de profiter de ces bienfaits, sans risquer de déclencher des effets secondaires dangereux, comme une hémorragie de l’estomac ou du cerveau.

L’aspirine : une longue histoire d’amour… et de désamour

Très longtemps, prendre une faible dose d’aspirine tous les jours était recommandé en prévention des problèmes cardiaques. Mais depuis quelque temps, les experts reviennent sur ces recommandations, car la balance bénéfice-risque pourrait s’avérer défavorable - excepté pour les personnes qui présentent un vrai risque cardiovasculaire, avec des antécédents notables. En effet, il a été prouvé que ce médicament augmente le risque d’hémorragie cérébrale - autrement dit, d’AVC.

Néanmoins, d’autres études se sont penchées sur le lien entre l’aspirine et le risque de cancer. Début décembre, des chercheurs américains ont montré que prendre trois doses d’aspirine par semaine réduit le risque de mortalité par cancer des personnes de plus de 65 ans - à condition qu’ils ne soient ni obèses, ni trop maigres.

De nouveaux travaux, publiés le 6 janvier dans la revue Carcinogenesis, mettent en évidence la capacité de ce médicament à éviter la récidive du cancer colorectal et à freiner la croissance tumorale.

Plus la dose d’aspirine augmente, plus les cellules tumorales sont susceptibles de mourir

Pour arriver à cette conclusion, les scientifiques ont mené plusieurs expériences, sur des cellules tumorales et sur des souris. Ils ont constaté que plus les doses d’aspirines augmentaient, plus le taux de mort cellulaire grimpait, tandis que le taux de division des cellules diminuait. Cela signifiait que les cellules cancéreuses étaient plus susceptibles de mourir et de ne pas proliférer.

"Nous travaillons actuellement avec des personnes qui mènent ces essais cliniques sur des humains, afin d’analyser les données et d’utiliser la modélisation mathématique. Ce processus ajoute une dose de confiance supplémentaire aux résultats et guide les futurs essais sur l’homme", souligne le Dr Ajay Goel, auteur principal de l’étude et président du Département de diagnostic moléculaire, thérapeutique et oncologie translationnelle au sein du centre médical City of Hope (Californie).

Les scientifiques cherchent la bonne dose d’aspirine pour traiter le cancer sans danger

“Certains pourraient dire que l’aspirine est une ‘médicament miracle’ en raison de son potentiel à prévenir les maladies qui résultent d’une inflammation chronique, comme le cancer, la maladie d’Alzheimer, Parkison et l’arthrite”, indique le Dr Goel.

“La raison pour laquelle l’aspirine n’est actuellement pas utilisée pour prévenir ces maladies, c’est parce que prendre une trop grande quantité d’anti-inflammatoires irrite la muqueuse de l’estomac et provoque des problèmes gastro-intestinaux. Nous ne sommes pas loin de découvrir la bonne quantité d’aspirine quotidienne nécessaire pour traiter et prévenir le cancer colorectal, sans provoquer d’effets secondaires effrayants”, précise le spécialiste.

Adenocarcinome invasif - type de cancer colorectal le plus fréquent

Adenocarcinome invasif - type de cancer colorectal le plus fréquent © Creative Commons

© CC / Nephron - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/deed.fr

Une conclusion basée sur la modélisation mathématique

Une conclusion basée sur la modélisation mathématique© Istock

Plus précisément, les chercheurs ont testé trois doses d’aspirine différentes, en les administrant quotidiennement dans quatre lignées de cellules de cancer colorectal. Ils ont ensuite divisé 432 souris en quatre groupes : faible dose d’aspirine (15 mg / kg), dose moyenne (50 mg / kg), forte dose (100 mg / kg) et groupe témoin - l’équivalent de 100, 300 et 600 mg chez l’homme.

Environ tous les deux jours, les tumeurs de trois souris ont été analysées dans chaque groupe, pendant onze jours. Résultat : l’apoptose cellulaire (mort cellulaire programmée) augmentait dans toutes les lignées de cellules observées. Mais le nombre exact de cellules programmées pour mourir variait en fonction de la quantité d’aspirine administrée.

Les experts ont notamment remarqué que l’aspirine à faible dose était particulièrement efficace pour supprimer la croissance tumorale des rongeurs qui avaient plus de gènes PIK3CA - dont la mutation est liée à un risque accru de cancers de l'endomètre, du côlon et du sein agressifs.

La recherche sur le cancer utilise de plus en plus les mathématiques

Ils ont ensuite appliqué la modélisation mathématique à ces données, afin de déterminer la probabilité que les colonies de cellules tumorales puissent survivre et se transformer en cancer.

“Pour parler de manière métaphorique, ils ont construit un modèle d’ouragan, pour prédire la trajectoire d’un cyclone”, explique le Dr Russell Rockne, scientifique en oncologie mathématique qui n’a pas participé à l’étude. “Les mathématiques et la biologie computationnelle jouent un rôle de plus important dans la recherche [...] sur le cancer”.

Sources

A comprehensive in vivo and mathematic modeling-based kinetic characterization for aspirin-induced chemoprevention in colorectal cancer, Carcinogenesis, 6 janvier 2020. 

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