L’état d’urgence sanitaire temporairement instauré pour faire face à l’épidémie de Covid-19, mêlant confinements et couvre-feu au quotidien des citoyens du monde, aura eu des conséquences non seulement économiques mais également psychologiques. Un fait qu’une étude américaine confirme en révélant que la crise aurait eu un impact direct sur les comportements sociétaux… Des informations qu’il est toutefois nécessaire de considérer avec un certain recul, selon Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne.

La personnalité de participants de 18 à 109 ans étudiée

Pour une grande majorité de gens, la personnalité change au fil du temps. Sans être radicales, ces modifications se font généralement de manière progressive et dans un laps de temps assez étendu. Pourtant, la pandémie aurait, selon les chercheurs, causé de rapides changements au niveau de la personnalité, rendant ainsi les gens moins extravertis, moins ouverts d’esprit, moins agréables et moins consciencieux depuis l’année 2021, en comparaison avec les années précédentes.

Cependant, si de nombreux travaux scientifiques prouvent bien qu’un événement ou un choc psychologique importants induisant un stress intense ou un lourd traumatisme, peuvent entraîner ce genre de changements, les conséquences de l’épidémie de Covid-19 n’auraient pas eu le même impact partout. L’étude, publiée dans la revue PLOS ONE, a tiré ses conclusions en analysant les comportements et réactions de 7 000 participants venus des Etats-Unis, âgés de 18 à 109 ans, depuis 2014 et jusqu’en 2022. Ces derniers ont régulièrement renseigné l’outil d’évaluation et de mesure de la personnalité mis à disposition dans le cadre de cette étude.

Des constats différents à travers le monde

Les auteurs de l’étude ont donc pu constater des baisses assez significatives au niveau de l’ouverture d’esprit, de l’extraversion, de la conscience et du degré d’agréabilité de chacun, après la pandémie. A l’échelle à laquelle ils ont été observés, « ces changements équivalent à une décennie de changement de personnalité normatif », selon les chercheurs.

Des modifications qui semblent différer selon le pays, le mode de vie et la façon dont la crise a été gérée puisque Johanna Rozenblum, psychologue clinicienne, n’a pas établi le même constat du côté français : « Ce n’est pas ce que je vois. Je trouve qu’au contraire, les gens ont pris conscience de certaines choses, des valeurs familiaux, des fondamentaux. Un certain nombre de valeurs essentielles sont revenues au-devant de la scène, nous avons appris que nous avons besoin les uns des autres pour avancer. Nous nous sommes recentrés sur l’équilibre émotionnel et ça a créé du lien ».

Comment expliquer ces changements, si ce n’est en mentionnant la différence de localité ? « Ils [les participants résidant aux Etats-Unis] se sont peut-être sentis moins pris en charge durant l’épidémie. Ils ont peut-être reçu moins d’aide, il y a peut-être une espèce de rancœur », explique la psychologue.

Epidémie de Covid-19 : la jeunesse, plus touchée ?

Fait plus surprenant encore dans cette étude : « Les jeunes adultes ont montré une maturité perturbée, en ce sens qu’ils ont augmenté leur névrosisme [Ndlr : une prédisposition à ressentir des émotions plutôt négatives, s’opposant alors à la stabilité émotionnelle] et ont diminué leur amabilité et leur conscience ». Du côté de la jeunesse française, par opposition aux jeunes participants résidant aux Etats-Unis et étudiés durant les travaux, les années 2021 et 2022 semblent avoir temporairement affecté leur santé mentale, sans toutefois y avoir inscrit une empreinte indélébile. En clair ? La jeunesse américaine semble s’être complètement imprégnée de l’anxiété sociale, selon l’étude, pendant que la jeunesse française donne l’impression de revivre.

« Peut-être qu’il y a dans la population plus jeune une sorte de frustration liée aux deux années passées en confinement. Elles ont été vécues comme une punition. Désormais, il y a la volonté de reprendre les choses en main, de vivre pour soi-même. Il y a ce sentiment de reprise de conscience et d’indépendance mais qui est factice, car nous sommes tous interdépendants. Je pense que c’est une illusion, que de penser que l’on ne dépend pas des autres, mais qui peut être le reflet d’une souffrance : le fait d’attribuer notre souffrance aux autres, c’est une façon de se reconstruire, de se dire ’maintenant, je suis aux manettes de ma vie’ », argumente Johanna Rozenblum.

Comment prendre soin de sa santé mentale ?

Cette épidémie mondiale aura notamment permis de remettre la santé mentale au cœur des discussions. Mais alors, comment protéger son moral ? Comment prendre soin de sa santé mentale ? « Il est important de rester à l’écoute de ses émotions et de toutes les accepter, même les émotions négatives comme la colère et la peur. Il faut aussi être attentif à l’évolution des émotions négatives. Et, si elles viennent impacter l’état dans le temps, il ne faut pas hésiter à consulter un psychologue, même ponctuellement. Il est nécessaire de déstigmatiser la santé mentale : le Covid a remis la santé mentale au même niveau que la santé physique », confie la psychologue clinicienne.

Sources

https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0274542

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