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Alors que le déconfinement progressif devrait débuter dans un peu moins de trois semaines en France, une étude de cas vient confirmer la possible transmission du coronavirus dans l’air, et ce à bien plus d’un mètre de distance. Dans une lettre de recherche publiée dans Emerging Infectious Diseases, des chercheurs chinois expliquent comment une seule personne infectée au virus SARS-CoV-2 a pu contaminer trois familles dans un restaurant.

Comment un seul malade a contaminé 3 familles dans un restaurant

Le 23 janvier 2020, une famille en provenance de Wuhan se rend dans un restaurant de la ville de Guangzhou, en Chine. Par souci de simplicité (et d’anonymat), les scientifiques l’ont surnommée la famille A. Sur les cinq membres de cette famille, une femme de 63 ans est malade, mais elle ne le sait pas encore. Nous l’appellerons “patient A1”.

Les familles B et C sont installées sur deux tables à proximité, de part et d’autre de la famille A. Chaque table est espacée d’environ un mètre. L’établissement ne comporte pas de fenêtre, mais un système de climatisation, dont les grilles d’entrée et de sortie se trouvent au-dessus de la table de la famille C.

Le patient A1, seule source d’exposition au virus pour les 3 familles

Plus tard dans la journée, le patient A1 commence à se sentir mal. La sexagénaire se met à tousser et développe une fièvre ; elle se rend donc à l’hôpital, où elle est testée positive au Covid-19. Au 5 février, soit presque deux semaines plus tard, 9 autres personnes étaient tombées malades : quatre membres de la famille A, trois membres de la famille B et deux membres de la famille C.

La seule source connue d'exposition au virus pour les personnes affectées dans les familles B et C était le patient A1, au restaurant. Parmi les autres clients ayant déjeuné dans l’établissement ce jour-là, 73 ont été identifiés comme des “contacts étroits” avec le patient A1 et placés en quatorzaine. Ils n’ont toutefois développé aucun symptôme durant cette période. Six échantillons prélevés par frottis sur l’entrée et la sortie d’air du climatiseur se sont également négatifs au Covid-19.

Pour les chercheurs, pas de doute, c'est bien le patient A1 qui a contaminé sa famille, mais aussi plusieurs membres des familles B et C. Plus encore, l'air conditionné serait en cause... La suite page suivante.

Les postillons, brassés par le climatiseur

Les postillons, brassés par le climatiseur

Après analyse de toutes les données à leur disposition, les chercheurs ont conclu que la cause la plus probable de la transmission du virus dans ce restaurant était la transmission par gouttelettes de salive. Et cela, même si le patient A1 était encore asymptomatique lors du déjeuner. Le flux d’air du climatiseur a vraisemblablement fait circuler les gouttelettes entre les tables A, B et C.

“Nous concluons que dans cette éclosion de la maladie, la transmission des gouttelettes a été provoquée par une ventilation climatisée”, écrivent les chercheurs. Le facteur clé de l'infection était la direction du flux d'air”.

Les conseils des chercheurs pour éviter une contamination au restaurant

Ils soulignent également que le patient B3 ne présentait pas de fièvre, et que 1% des patients de ce cluster étaient asymptomatiques, et constituaient donc une source potentielle de contamination. “Pour éviter la propagation du Covid-19 dans les restaurants, nous recommandons de renforcer la surveillance de la température, d'augmenter la distance entre les tables et d'améliorer la ventilation naturelle des pièces”.

Les chercheurs reconnaissent que leurs travaux présentent quelques limites, notamment l’absence d’une étude expérimentale simulant la voie de transmission aéroportée, mais aussi l’absence d’études sérologiques sur les autres convives asymptomatiques. Mais ils donnent une bonne idée de la possible circulation du virus dans les espaces fermés. En outre, leur étude a été approuvée par le comité d'éthique du Centre de contrôle et de prévention des maladies de Guangzhou.

Les gouttelettes de salive tombent vite au sol

Les gouttelettes de salive tombent vite au sol

Dans le cas de ce restaurant, c’est la climatisation et le manque de ventilation naturelle qui ont permis aux particules de salive de circuler dans l’air, contaminant ainsi les clients. Les chercheurs ont eux-mêmes rappelés dans leur publication que les gouttelettes chargées en virus, qui mesurent plus de 5 micromètres de diamètre, ne restent dans l’air que peu de temps et parcourent de courtes distances. Les gouttelettes plus petites, en revanche, peuvent être projetées à plus d’un mètre, mais sont sans doute moins chargées en virus.

À l’heure actuelle, la transmission du virus par aérosols est encore discutée par les chercheurs. Une étude, publiée le 16 avril dans The New England Journal of Medicine, suggère que le nouveau coronavirus pourrait encore se trouver dans l'air, trois heures après avoir été pulvérisé.

Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont pulvérisé de l’eau chargée en virus dans l’air avec une sorte de brumisateur, émettant ainsi des particules encore plus fines qu’un postillon. Trois heures plus tard, certaines de ces particules étaient encore en suspension et encore légèrement chargées en virus.

Les postillons, vites dispersés en extérieur

Toutefois, cette expérience ne reproduit pas avec exactitude ce qui se passe lorsqu’un malade tousse ou éternue. Les postillons étant plus lourds, ils retombent beaucoup plus rapidement - gravité oblige - et se déplacent beaucoup moins loin : un à deux mètres environ.

À l’heure actuelle, la possible transmission du coronavirus dans l’air ambiant n’est donc qu’une hypothèse, qui n’a pas encore été prouvée. Cela ne signifie pas pour autant qu’elle est fausse, simplement, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour la confirmer ou l’infirmer.

En extérieur, il est probable que les postillons soient trop rapidement dispersées par le vent pour être dangereux. Mais dans une pièce mal ventilée, comme dans le restaurant de Guangzhou, ou encore à l’hôpital, qui concentre un grand nombre de malades, la possibilité de retrouver le virus dans l’air ne peut être exclue...

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Sources

COVID-19 Outbreak Associated with Air Conditioning in Restaurant, Guangzhou, China, 2020, Emerging Infectious Diseases, Volume 26 - Juillet 2020. 

Evidence for probable aerosol transmission of SARS-CoV-2 in a poorly ventilated restaurant, medRxiv, 22 avril 2020.

Aerosol and Surface Stability of SARS-CoV-2 as Compared with SARS-CoV-1, NEJM, 16 avril 2020. 

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