Les chercheurs découvrent que ce médicament courant ralentit la formation des plaques d'Alzheimer
La maladie d'Alzheimer représente un défi majeur de santé publique pour les années à venir. Un rapport d’Alzheimer Europe publié le 28 janvier dernier tire la sonnette d’alarme : les prévisions de personnes vivant avec Alzheimer ou une maladie apparentée explosent à l’horizon 2050, elles vont augmenter de 64 % !
En France, les chiffres suivent la même progression, rapporte France Alzheimer : “Plus de 1,4 million de personnes vivent actuellement avec une maladie d’Alzheimer ou une maladie apparentée, premières causes de perte d’autonomie dans notre pays. Elles seront plus de 2,3 millions en 2050”. Face à l’ampleur grandissante du nombre de malades, les solutions thérapeutiques restent à la traîne, mais cette nouvelle étude pourrait inverser la tendance. Alors que les thérapies actuelles visent principalement à éliminer les lésions cérébrales une fois installées, une nouvelle piste de recherche a été développée récemment.
Des scientifiques de l'Université Northwestern dans l’état de l’Illinois aux Etats-Unis ont ainsi découvert qu'une molécule approuvée depuis des décennies par les autorités sanitaires pourrait agir en amont du processus neurodégénératif, avant même que les premiers dommages n'apparaissent. Les résultats de leurs travaux viennent d’être publiés dans la revue Science Translational Medicine ce mois-ci.
Prévenir Alzheimer en bloquant la production du peptide toxique Aβ42
Les chercheurs ont identifié le lieu précis où naissent les lésions cérébrales : les vésicules synaptiques, ces petits sacs permettant la communication entre les neurones. C'est ici que s'accumule le peptide bêta-amyloïde 42 (Aβ42), un fragment de protéine particulièrement nocif. Selon l'étude, le lévétiracétam, un antiépileptique courant, parvient à stopper cette accumulation toxique à l'intérieur même des cellules nerveuses. Des tests sur des neurones humains et des modèles murins (souris) ont démontré que la molécule empêche la formation de ces fragments destructeurs. L'action du médicament repose sur une interaction spécifique avec une protéine nommée SV2A. En se liant à elle, la molécule ralentit le cycle de recyclage des vésicules synaptiques. Ce frein permet à la Protéine Précurseur de l'Amyloïde (APP) de rester en surface de la cellule plutôt que d'être transformée en peptide toxique. Ce mécanisme de détournement biologique empêche ainsi la matière première des plaques séniles de se former, et protège ainsi l'intégrité du réseau neuronal.
Alzheimer : agir avant l'apparition des lésions irréversibles
"Alors que de nombreux médicaments contre la maladie d’Alzheimer actuellement sur le marché, tels que le lécanémab et le donanémab, sont approuvés pour éliminer les plaques amyloïdes existantes, nous avons identifié un mécanisme qui empêche la production des peptides bêta-amyloïdes 42 et des plaques amyloïdes", a déclaré le Pr Jeffrey Savas, professeur associé de neurologie comportementale à la faculté de médecine Feinberg de l’Université Northwestern et auteur principal de l’étude. "Nos nouveaux résultats ont révélé de nouveaux mécanismes biologiques et ouvrent la voie à de nouvelles cibles thérapeutiques."
Cette approche préventive se distingue en effet radicalement des traitements curatifs récents. Pour être efficace, la prise en charge devrait débuter jusqu'à 20 ans avant les premiers signes cliniques détectables. Comme l'indiquent les auteurs de l'étude, il est inutile d'administrer ce traitement lorsque la démence est installée, car le cerveau a déjà subi une mort cellulaire trop importante. Avec l'âge, la capacité naturelle des neurones à écarter les protéines nocives s'effondre, laissant place à la dégénérescence.
Des ajustements nécessaires pour optimiser la molécule pour le futur
Si les résultats sont encourageants, le médicament actuel possède des limites, notamment sa dégradation rapide dans l'organisme. Les scientifiques travaillent désormais à l'élaboration d'une version optimisée du lévétiracétam. L'objectif est de créer une molécule à durée d'action prolongée, capable de cibler plus efficacement ce mécanisme de protection neuronale pour prévenir l'apparition des plaques.
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