Combien de fois pétons-nous par jour ? Une étude répond (et c'est beaucoup plus qu'attendu) !
Longtemps taboues, les émissions de gaz intestinaux sont pourtant un indicateur précieux du fonctionnement de notre système digestif. Jusqu'à présent, la science peinait à quantifier précisément ce phénomène, les données reposant jusque-là sur des déclarations subjectives peu fiables ou sur des examens contraignants. Une avancée technologique étonnante vient de changer la donne en offrant une mesure objective de la fermentation de notre alimentation en temps réel. On doit cette prouesse à des chercheurs états-uniens de l’université du Maryland qui ont mis au point… un slip capable de compter les pets ! Les résultats de leurs travaux ont été publiés en décembre dernier dans la revue Biosensors and Bioelectronics : X.
Un slip capable de surveiller les gaz
Ce dispositif surnommé "Smart Underwear" représente le premier outil portable capable d'analyser les gaz intestinaux de manière continue et non invasive. Fixé directement sur le sous-vêtement, il détecte la concentration d'hydrogène gazeux (H₂) expulsé lors des flatulences. Cet élément chimique est un biomarqueur fiable : il reflète directement l'activité métabolique de votre microbiote lorsqu'il fermente les glucides non digérés.
Selon cette étude, cette technologie permet de dépasser les limites des anciennes méthodes. Là où les questionnaires dépendaient de la mémoire faillible des patients, cet outil offre une mise en situation inédite, il a ainsi permis un suivi moyen de plus de 11 heures par jour sur une semaine entière.
Flatulences : un nombre bien supérieur aux estimations
Les résultats obtenus grâce à ce capteur ont surpris les chercheurs. Sur les 19 participants suivis, la fréquence médiane des pets s'est établie à 32 fois par jour. Avec une variabilité importante entre les les participants les plus et les moins touchés par les flatulences : “nous avons observé une variation de 14 fois du nombre d'épisodes de flatulences quotidiens entre les participants aux deux extrêmes (4 contre 59 épisodes par jour), avec une médiane de 32 épisodes”, détaillent les chercheurs américains. Quoi qu’il en soit, on est loin des chiffres de la littérature médicale classique, qui situaient la moyenne habituelle entre 10 et 20 flatulences quotidiennes, voire 15 selon certaines sources.
Les auteurs suggèrent que cet écart important provient d'une sous-déclaration systématique dans les travaux antérieurs. En effet, il est fréquent qu'une personne émette des gaz sans s'en apercevoir, faussant ainsi les statistiques basées uniquement sur le ressenti personnel.
Une analyse plus fine du fonctionnement du microbiote
Cette observation remet en cause l'existence d'une "norme" unique applicable à l'ensemble de la population. Pour affiner l'analyse médicale, les chercheurs ont mis au point un indice d'activité du microbiome. Celui-ci ne se contente pas de compter les événements, mais intègre leur intensité et la quantité d'hydrogène, offrant une image plus fidèle de la fermentation digestive que le simple dénombrement des flatulences. Cet indice a également permis d’observer la grande diversité des profils, entre ceux qui étaient très touchés ou très peu par les flatulences : “lorsque nous avons appliqué l'indice d'activité du microbiome, qui intègre à la fois la fréquence et l'intensité de l'expulsion d'hydrogène, ces différences sont devenues encore plus marquées, avec des indices de 256 et 5492 par jour pour les deux extrêmes, respectivement".
Nombre de flatulences par jour : que nous apprend cette étude ?
L'expérience a confirmé que la composition de nos repas dicte notre production de gaz. Après l'ingestion d'inuline (une fibre alimentaire), 94,7 % des participants ont vu leur production d'hydrogène augmenter significativement. Le suivi continu a permis de repérer un pic survenant 3 à 4 heures après le repas, correspondant précisément au temps de transit nécessaire pour que la fibre atteigne le côlon.
Il est intéressant de noter que la perception des symptômes est parfois trompeuse. Un tiers des volontaires ont rapporté des inconforts gastro-intestinaux même après avoir consommé des sucres simples rapidement absorbés, illustrant un possible effet nocebo. Enfin, sachez que tout ne vient pas des bactéries : environ un quart des gaz proviendrait simplement de l'air avalé (aérophagie). Si le dispositif se concentre sur l'hydrogène, nos flatulences contiennent aussi du dioxyde de carbone et du méthane, les composés soufrés étant les seuls responsables des mauvaises odeurs.
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Santiago Botasini, David Zhan, Norman Fischer, Charlotte T. Ravel, Ashley Tien, Maggie R. Grant, Glory Minabou Ndjite, Ty Sopko, Holly Childs, Maryann Greenfield, Christina X. Qian, Kara E. Gardiner, Nayantara M. Anders, Tasnim F. Ullah, Leah T. Redmond, Delaina A. Callaway, Eliya M. Behailu, Grace M. Sarkar, Nakati C. Sany, Margaret Slavin, Brantley Hall,
Smart underwear: A novel wearable for long-term monitoring of gut microbial gas production via flatus,
Biosensors and Bioelectronics: X, Volume 27, 2025, 100699, ISSN 2590-1370, https://doi.org/10.1016/j.biosx.2025.100699.