Regrets : sont-ils si mauvais pour le moral et la santé mentale ?

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 07/01/2026
femme regrets
Autre
“Il vaut mieux avoir des remords que des regrets” dit le dicton. Vraiment ? Ce n’est peut-être pas si évident que cela. Décryptage.

Les regrets s’invitent souvent à certains moments de la vie, notamment vers la cinquantaine, âge propice à un premier bilan. Souvent associée à un sentiment d'échec ou à des décisions impulsives, la remise en question du milieu de vie (40-55 ans) est-elle vraiment si destructrice ? Les regrets nous poursuivent-ils tout au long de notre vie ensuite ? Contrairement à l'image du tsunami psychologique, la psychologie récente révèle que le regret, bien géré, peut constituer un puissant moteur de croissance personnelle et d'action.

Transition du milieu de vie : comprendre le phénomène

L'idée populaire d'une « crise » destructrice qui frapperait inévitablement à l'approche de la cinquantaine est techniquement fausse. Les spécialistes préfèrent aujourd'hui parler de transition du milieu de vie, un processus psychologique universel et nécessaire. Cette phase, qui survient généralement entre 45 et 55 ans, marque une prise de conscience aiguë de la mortalité et du temps qui passe. Confronté au vieillissement des parents ou à l'autonomie des enfants, nous procédons assez naturellement à une réévaluation de nos accomplissements professionnels et relationnels.

Ce bilan peut devenir problématique si les émotions qu'il suscite sont refoulées. Cette étape mal accompagnée risque effectivement d'entraîner un mal-être profond ou des comportements impulsifs. Cependant, lorsque cette période est abordée avec lucidité, elle ne constitue pas une impasse, mais une étape décisive pour redéfinir son identité et ses priorités.

Pourquoi vos regrets d'inaction sont les plus douloureux ?

Le regret est une émotion humaine inévitable, arrivant en seconde position des sentiments les plus exprimés après l'amour. Pourtant, tous les regrets ne se valent pas. Les recherches, notamment celles sur l'effet Zeigarnik, démontrent que les tâches inachevées occupent davantage notre esprit que celles accomplies, elles restent en mémoire, alors qu’une fois définitivement terminées, on les oublie plus facilement. C'est pourquoi les regrets d'inaction — ce que nous n'avons pas fait, comme des études non poursuivies ou des paroles non dites — sont souvent plus douloureux et durables que les regrets d'action.

Cette distinction est cruciale pour comprendre le lien entre regret et santé mentale. Le sentiment d'avoir manqué des opportunités rejoint d'ailleurs l'un des constats majeurs observés chez les personnes en fin de vie : le regret de ne pas avoir eu le courage de vivre une vie fidèle à soi-même. Paradoxalement, cette douleur possède une fonction utile. Selon la théorie de l'aversion au regret, l'anticipation d'un futur remords motive puissamment le changement. La peur de regretter sa sédentarité dans dix ans peut, par exemple, inciter à adopter des comportements de santé positifs dès aujourd'hui.

Transformer la nostalgie en carburant pour l'avenir

Pour opérer une transition de milieu de vie constructive, il est impératif de changer son regard sur le passé. Au lieu de s'enliser dans la culpabilité, le regret doit être utilisé comme une boussole indiquant vos valeurs profondes négligées. Si vous regrettez de ne pas avoir assez voyagé, c'est que la valeur “exploration” est centrale pour vous ; il est alors temps de l'intégrer à votre quotidien actuel.

La bonne nouvelle ? Il n'est jamais trop tard pour agir. La science confirme que le cerveau conserve sa malléabilité tout au long de l'existence. Cette neuroplasticité signifie que l'apprentissage d'une langue ou l'acquisition de nouvelles compétences reste parfaitement accessible. L'expérience accumulée devient alors un atout pour des changements plus alignés.

Pour transformer le regret en action, la méthode consiste à faire preuve de compassion envers son soi passé, qui a agi avec les ressources dont il disposait, puis à passer à l'action immédiate. Carl Jung, le fondateur de la psychologie analytique, soulignait que la seconde moitié de l'existence nécessite de nouvelles lois psychiques. En adoptant cette philosophie, vous garantissez votre bien-être en seconde partie de vie, transformant les occasions manquées d'hier en projets concrets pour demain.

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