Le coronavirus peut-il tuer autant que la grippe espagnole ?

Certifié par nos experts médicaux MedisiteDe part sa propagation rapide et le nombre croissant de décès, le Coronavirus est souvent comparé à la grippe espagnole. Mais un tel fléau peut-il se reproduire ? Doit-on se préparer au pire ? La réponse du Dr Jean-Charles Gagnard, médecin infectiologue.

Considérée comme la flambée la plus dévastatrice de toute l’histoire humaine, la grippe espagnole aurait fait 20 à 50 millions de victimes dans le monde. La perspective d’une autre catastrophe de même ampleur, tel que le Coronavirus, est redoutée par bon nombre de spécialistes. Alors, faisons le point.

Grippe espagnole : entre 20 et 50 millions de décès

Sur twitter, les internautes ne cessent de comparer le coronavirus à la grippe espagnole.

“C’est inquiétant de voir que le taux de contamination de coronavirus est supérieur à celui de la grippe espagnole”, peut-on lire, ou encore “Ce virus a le même potentiel que le virus de la grippe espagnol”... Pourtant, il est un peu tôt pour comparer ces deux épidémies.

Rappelons que la grippe de 1918-1919 a tué entre 20 et 50 millions de morts, soit entre 2 et 5 % de la population mondiale, d'après le site "vie publique", appartenant au gouvernement.

Un tiers environ des êtres humains furent infectés par le virus, la mortalité variant selon les lieux et les moments de l’épidémie, atteignant plus de 20 % – une hécatombe – dans les îles Samoa occidentales.

En France, elle engendra 165 000 décès.

Au plus fort de l’épidémie, à l’automne 1918, l’encadrement médical s'avère complètement inadapté : manque de lits, de médicaments et surtout de personnel (les médecins, infirmiers et infirmières, qui comptent aussi parmi les premières victimes de la maladie, étant massivement mobilisés sur le front).

La plupart des victimes mouraient de surinfection bactérienne, qui se déclarait au bout de 4-5 jours et conduisait au décès une dizaine de jours après les premiers symptômes grippaux - à cause de l'absence, à l'époque, d'antibiotiques.

Grippe espagnole : le coronavirus peut-il faire autant de morts ?

Au cours des trois derniers siècles, une dizaine de pandémies mondiales de grippe se sont déclarées, dont trois rien qu’au XXe siècle.

La “grippe espagnole” de 1918-1919, qui en fait partie, est même devenue le scénario catastrophe préféré des experts en biosécurité.

Pourtant, d’après Santé publique France, “les virus grippaux, qu’ils soient saisonniers ou pandémiques, possèdent généralement des spécificités qui les distinguent les uns des autres”.

Des virus à l’ampleur et à la gravité variables

Il ne sert donc à rien de les confronter, tout comme il ne sert à rien de comparer la grippe espagnole au coronavirus : “c’est un non-sens. On veut toujours comparer un virus respiratoire à la grippe espagnole, qui était “le virus du siècle” et qui a tué des millions de personnes. Or, en 1914-1918, le contexte était tout autre”, s’exclame le Dr Jean-Charles Gagnard.

Tout d’abord, d’après l’expert il faut rappeler que “l’état d’après-guerre était très compliqué”. En effet, “le réseau sanitaire et de soins étaient détruits par la guerre, donc en très piteux état”.

Par ailleurs, “la médecine de 14/18 n’est pas la médecine de 2020. Il y avait beaucoup de surinfections du virus de la grippe espagnole, puisque la population était déjà fragilisée par la guerre, dans ces pays qui étaient détruits.”

Enfin, la nourriture manquait cruellement et entraînait des états de dénutrition importants chez la plupart des habitants.

Ainsi, rien ne peut être comparable selon le spécialiste : ni le virus, ni le nombre de morts, ni l’accès aux soins.

“D’ailleurs, on n’aura jamais le nombre de morts redoutés (pour le coronavirus, ndlr)”, ajoute-t-il.

Coronavirus et grippe espagnole : des victimes au profil différent

D’après l’OMS, le profil des personnes touchées par le coronavirus n’est pas le même que pour la grippe.

“Par exemple, les femmes enceintes étaient particulièrement à risque de formes graves, lors des précédentes pandémies grippales. La grippe espagnole s’est caractérisée notamment par sa sévérité importante chez les jeunes adultes”, précise l'organisme dans un article.

Or, le coronavirus semble, pour l’instant, épargner les enfants.

Rien ne prédit donc que le virus SARS-CoV agisse de la même manière que la grippe espagnole !

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