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Grippe espagnole : une pandémie virulente et mortelle

Surnommée à tort "grippe espagnole", la pandémie de la grippe de 1918 a été particulièrement virulente, contagieuse et mortelle et a causé au moins 20 millions de morts.

Surnommée la "grande tueuse", la grippe espagnole est à ce jour la deuxième pandémie après celle de l'infection par le VIH qui peut aboutir au SIDA et qui est encore responsable d’un million de morts par an.

Grippe espagnole : quelle était l'origine du virus ?

On ne connaît pas précisément le foyer de départ du virus de la grippe espagnole mais une chose est sûre : elle n’avait rien d’ibérique ! La raison de cette confusion est cependant assez simple. "Pendant la première guerre mondiale, l’Espagne n’était pas en guerre. Il s’agissait donc de la seule nation où la presse n’était pas censurée et où l’information était donnée concernant l’épidémie de grippe. D’autre part, des membres de la famille royale avaient été atteints par le virus d’où cette erreur", précise Jean-Claude Manuguerra, responsable de l’unité Environnement et risques infectieux à l’Institut Pasteur.

Le virus de 1918 est à l'origine de deux souches et de trois vagues épidémiques

  • Un premier virus grippal, dit "virus père", serait apparu en Chine dès 1916. Cette souche a été suivie avec plus d’attention qu'à partir d'avril 1918 et jusqu'à juin 1918.
  • Ce virus a ensuite muté en une souche beaucoup plus contagieuse et virulente dite "virus de la grippe espagnole" : ce virus, serait apparu aux États-Unis. Les premiers cas sont signalés en mars 1918 dans des bases militaires du Kansas, et la grippe gagne rapidement tout le continent. Cette souche s’est répandue en deux principales vagues meurtrières : l'une de la mi-septembre à décembre 1918, l'autre de février à mai 1919.

La grippe espagnole serait-elle apparue en France ?

"Il existe plusieurs hypothèses concernant son véritable foyer : la première est française. Le virus se serait formé à Etaples dans le nord de la France où se trouvaient des forces armées américaines, britanniques et françaises. Selon d’autres hypothèses, il se serait formé au Kansas aux États-Unis ou en Chine", ajoute Jean-Claude Manuguerra.

Des mouvements humains et notamment de soldats ont ensuite permis au virus de circuler et à la maladie de se répandre dans toutes les régions du globe avec de rares exceptions locales.

Carte : progression mondiale de l'épidémie de grippe espagnole de 1918, montrée par les flèches

Carte : progression mondiale de l'épidémie de grippe espagnole de 1918, montrée par les flèches© Creative Commons

Crédit : Œuvres dérivées de ce fichier : Yug Dymaxion map unfolded-no-ocean.png: see the previous image page — Dymaxion map unfolded-no-ocean.png © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

Le virus de la grippe espagnole serait né d'une souche humaine et de gènes aviaires

Selon les travaux de Michael Worobey, professeur de biologie à l'Université d'Arizona, le virus responsable de la grippe espagnole serait né de la combinaison d'une souche humaine (H1), provenant de la grippe saisonnière H1N8, en circulation entre 1900 et 1917, avec des gènes aviaires de type N1. Cette rencontre a donné naissance au virus H1N1, ancêtre de la variante qui a fait son grand retour en 2009, mais près de 10 000 fois plus virulent.

Bilan : combien de morts a fait la grippe espagnole ?

"La grippe espagnole a provoqué une fourchette de morts située entre 20 et 30 millions. La personne qui a réalisé le séquençage de la maladie évoque 50 millions de morts, dont beaucoup d’adultes jeunes. Ce virus a infecté un tiers de la population mondiale", souligne Jean-Claude Manuguerra.

La pandémie de grippe espagnole a également touché la population en France. Les statistiques officielles qui recensaient 210 900 morts ont été révisées à 408 000 morts après une récente relecture des registres d’état-civil.

Photo : militaires américains victimes de la grippe de 1918 à l'U.S. Army Camp Hospital n o 45 (Aix-les-Bains).

Photo : militaires américains victimes de la grippe de 1918 à l'U.S. Army Camp Hospital no45 (Aix-les-Bains).© Creative Commons

Les virus grippaux d'aujourd'hui descendent de la souche du virus de 1918...

La grippe dite espagnole est due au virus A(H1N1), comme le virus qui a provoqué la pandémie grippale de 2009 responsable selon l'OMS de 18 500 morts.

Selon les scientifiques, tous les virus grippaux de type A circulant aujourd'hui chez l’homme sont des descendants directs ou indirects de la souche du virus de 1918, même s’ils sont fort heureusement beaucoup moins dangereux.

La pandémie s'est répandue à travers le monde en plusieurs phases. "Un épisode de grippe saisonnière classique s’est produit en 1917-1918 puis la pandémie a commencé à la fin du printemps 1918. La première vague de l’épidémie en Europe et aux États-Unis a eu lieu pendant l’été alors que cette saison n’est pas favorable aux virus grippaux. La vague la plus forte de pandémie a ensuite eu lieu à l’automne 1918 en raison de mutations du virus qui l'ont rendu plus agressif", souligne Jean-Claude Manuguerra.

Très peu de pays dans le monde ont échappé à la pandémie. L'Australie fait partie des régions les moins affectées en raison de sa politique stricte de mise en quarantaine qui a, cependant, en partie échoué.

Illustration : photographie électronique du Virus de 1918 rétrospectivement reconstitué par génie génétique à partir d'échantillons de restes humains de 1918

Illustration : photographie électronique du Virus de 1918 rétrospectivement reconstitué par génie génétique à partir d'échantillons de restes humains de 1918© Creative Commons

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Grippe espagnole : quels étaient les symptômes ?

À l’époque le virus H1N1 était surtout dangereux pour les poumons.
"Les grippes primitives fulminantes provoquaient un envahissement des alvéoles pulmonaires par du liquide sanguin et fragilisaient beaucoup les personnes touchées. La plupart des décès étaient provoqués par des infections secondaires dues à des bactéries. Des études réalisées avec du virus reconstitué sur des animaux ont, en effet, permis de constater que le virus favorisait directement le développement de bactéries respiratoires", note Jean-Claude Manuguerra.

La proximité de la première guerre mondiale explique aussi la gravité de cette épidémie. Les privations subies par la population et les blessures des soldats de retour du front avaient diminué les défenses immunitaires des victimes de la grippe espagnole.

Pourquoi la grippe espagnole a-t-elle tué tant de personnes jeunes ?

Les victimes de la grippe saisonnière classique sont habituellement des personnes âgées ou des bébés. Dans le cas de la grippe espagnole, ce sont des adultes âgés de 20 à 40 ans qui mourraient en majorité.

"Ce phénomène ne s’est jamais reproduit et on ne sait pas exactement pour quelles raisons cette partie de la population a été plus touchée que les autres", ajoute Jean-Claude Manuguerra.

Si les jeunes adultes ont été particulièrement touchés, c'est parce que leur génération avait été immunisée contre le virus de type H3N8, mais pas contre le virus H1, ce qui explique que cette population ait été plus fragile à l'âge adulte : "la vulnérabilité inhabituelle des jeunes adultes face à ce virus s'explique par le fait que ces individus, nés entre 1880 et 1890, aurait connu la grippe H3N8 étant enfants", explique le professeur Worobey.

Quels étaient les traitements disponibles contre la grippe espagnole ?

À l’époque, les médecins ne disposaient pas d’antibiotiques et d’antiviraux et ne pouvaient donc proposer que des traitements de soutien.

A l'époque, les malades mouraient d'une surinfection bactérienne qui se déclarait 4-5 jours après l'apparition des premiers symptômes grippaux. L'absence d'antibiotiques, les conditions d'hygiène de l'époque et les grands rassemblements de la période d'après-guerre ont multiplié les risques d'épidémie de grippe et les difficultés à soigner la maladie.

"Aujourd’hui on traiterait cette maladie grâce à des antiviraux. Cependant, ces médicaments sont chers et certains pays n’ont les moyens de s’en procurer.
Au début des années 2000, la France avait, pour sa part, prévu des approvisionnements en antiviraux de manière à traiter tous les cas potentiels en cas de pandémie", explique Jean-Claude Manuguerra.

Des plans de préparation à la pandémie ont également été élaborés depuis 15 ans afin de permettre une continuité de l’activité économique en cas de survenue d’une pandémie grippale de grande ampleur.

Sources

https://www.pasteur.fr/fr/centre-medical/fiches-maladies/grippe

https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/grippe/articles/les-grippes-pandemiques

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