Médicaments anti-acides : cette erreur de durée double le risque de fracture après 50 ans
Les Français sont de gros consommateurs d’IPP. En 2018 dans un rapport sur les effets secondaires des IPP, le Dr Gille Macaigne, gastro-entérologue en région parisienne souligne qu’avec une moyenne nationale de “22 comprimés par an et par habitant, la France se situe au deuxième rang européen de la consommation d’IPP, derrière l’Espagne (29 comprimés) et devant le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne”. Il faut dire que ces médicaments ont révolutionné la prise en charge des brûlures d'estomac et des ulcères gastriques. Pourtant, leur banalisation inquiète les autorités de santé. Une utilisation prolongée sans suivi médical rigoureux expose les patients à des effets indésirables sérieux, souvent méconnus du grand public.
Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) : un mésusage massif et dangereux
Avec plus de 16 millions de Français traités en 2019, les IPP représentent l'une des classes médicamenteuses les plus consommées, touchant près d'un quart de la population. Mais toutes ces prescriptions sont-elles utiles ? Selon les données de la Haute Autorité de Santé, plus de la moitié des usages ne seraient pas justifiés médicalement. Pire, ces prises peuvent s’installer dans la durée : en 2015, près de 300 000 patients dépassaient une durée de traitement de six mois, bien loin des recommandations officielles.
Or, pour un reflux gastro-œsophagien classique, la durée initiale de traitement recommandée est de 4 semaines. La poursuite de la prise au-delà de ce délai est rarement nécessaire, en particulier chez les sujets âgés déjà polymédiqués. Une utilisation à court terme, généralement comprise entre 2 et 12 semaines pour la majorité des indications, est aujourd’hui recommandée.
Ostéoporose et fractures : un risque multiplié par la durée d'exposition
L'utilisation au long cours des IPP n'est pas anodine pour le squelette. Elle est associée à une augmentation du risque de fracture de la hanche, des vertèbres et du poignet. Une méta-analyse publiée en 2008 dans le Canadian Journal of Gastroenterology and Hepatology a mis en évidence une hausse de 31 % du risque de fracture du col fémoral et de 56 % pour les fractures vertébrales chez les utilisateurs chroniques.
Ce danger s'accroît avec le temps : le risque de fracture ostéoporotique devient significatif après une exposition d'au moins cinq ans. Après sept ans, le risque de fracture de la hanche peut être multiplié par quatre. Deux mécanismes expliquent cette fragilisation : la suppression de l'acide gastrique réduirait l'absorption du calcium, et ces molécules pourraient agir directement sur les pompes à protons des ostéoclastes, les cellules chargées de la résorption osseuse.
IPP sur le long terme : une risque accru de carence en vitamine B12
L'inhibition chronique de l'acidité gastrique perturbe aussi l'assimilation de nutriments essentiels. Une étude publiée dans le JAMA (Journal of the American Medical Association) en 2013 a montré que la prise d'IPP sur une longue période augmente le risque de carence en vitamine B12 de 83 %. Ce risque devient tangible pour une utilisation supérieure ou égale à 2 ans.
L'explication est physiologique : l'acidité de l'estomac est indispensable pour séparer la vitamine B12 des protéines alimentaires afin qu'elle soit absorbée. En neutralisant cette acidité, le médicament bloque ce processus. L'hypochlorhydrie induite peut également favoriser d'autres troubles, comme une carence en fer, une baisse du magnésium (hypomagnésémie) ou un risque accru d'infection intestinale à Clostridium difficile.
Quand et comment arrêter les IPP ?
Si les symptômes de reflux apparaissent pour la première fois après 50 ans ou si aucune amélioration n'est constatée après 4 semaines de traitement, consultez ! Consultez aussi immédiatement en cas de perte de poids inexpliquée, de difficultés à avaler ou de saignements digestifs.
Attention, même si les IPP ont des effets délétères, l'arrêt du médicament ne doit pas être brutal. Le sevrage peut provoquer un effet rebond, caractérisé par une hyperacidité transitoire qui pousse souvent le patient à reprendre le traitement. Une diminution progressive des doses, par exemple en prenant le comprimé un jour sur deux, sous surveillance médicale, est la voie à prendre. Pour les symptômes occasionnels, des alternatives comme les antacides classiques ou les antihistaminiques H2 peuvent suffire, en attendant l'arrivée de nouvelles classes thérapeutiques comme les P-CABs, de nouveaux médicaments efficaces en cas de reflux gastro-oesophagien (RGO).
Afficher les sources de cet article
- fmcgastro.org
- minerva-ebp.be
- univadis.fr
- rfcrpv.fr
- pharmactuel.com
- fmcgastro.org
- nih.gov
- 9. revmed.ch
- Lam, J. R., Schneider, J. L., Zhao, W., Corley, D. A. Proton Pump Inhibitor and Histamine 2 Receptor Antagonist Use and Vitamin B12 Deficiency. JAMA, 2013; 310(22): 2435-42. DOI: 10.1001/jama.2013.280490.