Épidémie de coronavirus : la France est-elle vraiment préparée ?

À mesure que le coronavirus se propage, l’inquiétude tend à grimper. La France est-elle en mesure de faire face à une épidémie ? Nous avons posé la question au Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société Française de Médecine d’Urgence.
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Depuis l’annonce des premiers cas, le 31 décembre 2019, le nombre de personnes contaminées au coronavirus 2019-nCoV ne cesse de croître. Le 25 janvier 2020, les trois premiers cas français ont été confirmés - tous avaient récemment voyagé en Chine, dans la ville de Wuhan. La veille, l’Inserm estimait pourtant le risque que le virus arrive sur notre territoire entre 5 et 13 %. La France est-elle prête à affronter une potentielle épidémie ?

Comment les hôpitaux français se préparent-ils à combattre la maladie ?

Pour le Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société Française de Médecine d'Urgence, que nous avons interrogée, “nous sommes très bien préparés”. L’experte souligne en effet “l’efficacité du système de santé français”, qui a pu être observé lors de précédentes épidémies, comme Ebola, SRAS ou MERS-CoV. “On a montré qu’on était en capacité de limiter la pénétration de l’épidémie sur le territoire”.

En cas de suspicion de contamination au coronavirus, les consignes sont, en effet, très claires. “Il ne faut surtout pas se rendre chez son médecin ni aux urgences, au risque de propager le virus dans la salle d’attente”, explique le Dr Ricard-Hibon. Si vous présentez des signes suspects, et que vous avez récemment été en Chine, contactez le Centre 15.

“Nous avons des médecins au téléphone H24, qui peuvent donner des conseils et repérer les cas suspects, tout en laissant les patients à domicile”, indique la présidente de la SFMU. “Le médecin va déterminer si le cas suspect se transforme en cas exclu, ce qui correspond à la majorité des appels, ou en cas possible. Auquel cas, on a identifié précocement un cas et on peut l’adresser directement au service spécialisé”.

Les appels au SAMU ont augmenté de 25 % ce week-end

“Ce week-end (du 25-26 janvier, ndlr), nous avons enregistré un pic d’activité au centre 15, avec + 25 % d’appels”, souligne l’experte. Parmi eux, des appels pertinents, “c’est-à-dire des gens qui revenaient de Chine et voulaient connaître les symptômes et savoir s’ils étaient à risque ou pas”. Mais aussi, des appels de gens inquiets, qu’il fallait rassurer. La spécialiste rappelle qu’il est “inutile d’appeler le 15 si on a croisé des personnes asiatiques dans la rue”.

Pour rappel, il est pertinent d’appeler le 15 si vous revenez de Chine, ou que vous avez eu des contacts étroits avec une personne qui revient de Chine, et que vous présentez des symptômes grippaux tels qu’une fièvre, de la toux, des frissons, des courbatures et/ou une fatigue intense. “Lorsqu’on revient de ce pays, il faut contrôler sa température, ce qui suppose d’avoir un thermomètre à la maison”.

Par ailleurs, aucun pic d’activité particulier n’a été constaté aux urgences, signe que la population respecte les consignes données par les autorités sanitaires - à savoir, ne pas aller dans les salles d’attentes, au risque de favoriser la contamination.

Coronavirus : sait-on le prendre en charge en France ?

Le Dr Ricard-Hibon nous explique que la prise en charge du coronavirus nCoV est symptomatique. “Comme pour la grippe, on n’a pas de traitement spécifique pour le coronavirus. On traite les conséquences de l’infection”.

Là encore, le médecin se montre rassurante : “c’est une épidémie qui semble beaucoup moins grave que les précédentes, comme SARS ou MERS-CoV. Elle est très contagieuse, effectivement, mais avec un taux de mortalité moins grave que celui qui était attendu”.

Actuellement, nous avons 36 centres français spécialisés, capables de prendre en charge des patients contaminés au coronavirus. “Je ne connais pas précisément le nombre de lits disponibles, mais nous avons une certaine capacité d’adaptation”, précise l’experte.

Quelles mesures sont prises dans les aéroports français ?

Samedi 25 janvier au soir, la direction générale de la santé (DGS) a annoncé la mise en place d'une "équipe médicale d'accueil" à l'aéroport de Roissy, capables de prendre en charge des personnes qui présenteraient des symptômes de l’infection.

Mais dans l’aéroport parisien, les voyageurs en provenance de Chine sont plutôt étonnés du dispositif sanitaire “léger” déployé jusqu’à présent. "On n'a pas eu de contrôle, je suis peut-être porteur du virus", ironisait dimanche un expatrié français auprès de l’AFP.

À la sortie d’un vol en provenance de Shangai, Claude Laubrieut, un père de famille accompagné de sa fille, raconte : “il y avait une dizaine de secouristes et 2-3 gendarmes. Ils nous ont donné des instructions assez sommaires. Il n’y avait pas de questionnaire, ni de contrôle de température, ils n’ont même pas demandé d’où on venait en Chine”.

“On ne peut pas mettre en quarantaine tous ceux qui ont voyagé en Chine”

Pour le Dr Ricard-Hibon, cela s’explique très simplement. “On ne peut pas mettre en quarantaine tous ceux qui ont voyagé en Chine, en particulier quand ils ne reviennent pas de la zone endémique”.

Elle souligne également que les patients contaminés dans l’Hexagone n’avaient aucun symptôme à leur arrivée sur le territoire, alors même qu’ils revenaient de Wuhan. “Si l’on avait fait le test de caméra thermique à la sortie de l’aéroport, ça n’aurait pas permis de les détecter”.

Les Français de Wuhan pourront être rapatriés cette semaine

Dimanche 26 janvier, le gouvernement s’est réuni pour discuter des mesures à adopter, après les premiers cas d’infection dans l’Hexagone. Le premier ministre Edouard Philippe a notamment décidé que les expatriés Français séjournant à Wuhan pourront, s’ils le souhaitent, être rapatriés en milieu de semaine. Elles feront alors “l’objet d’un suivi et demeureront dans un lieu d’accueil pendant 14 jours”, a précisé Agnès Buzyn.

Au micro de RTL, la ministre de la santé s’est montrée rassurante. Malgré sa forte contagiosité, le virus serait moins dangereux qu’il n’y paraît. "Plus nous découvrons de cas et plus les Chinois communiquent sur le nombre de cas, plus nous réalisons qu'en fait la mortalité est beaucoup moins importante que ce que l'on craignait en début de semaine", explique-t-elle. "Par contre la contagiosité a l'air d'augmenter".

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Source(s):

Merci au Dr Agnès Ricard-Hibon, présidente de la Société Française de Médecine d’Urgence. 

Coronavirus : Des chercheurs de l’Inserm proposent un modèle pour estimer le risque d’importation de l’épidémie en Europe, Inserm, 24 janvier 2020. 

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