Vaccin contre le coronavirus : Oxford lance le premier essai clinique de grande ampleur

Des chercheurs de l’université d’Oxford vont lancer un essai clinique sur plus de 6000 personnes, afin de tester l’efficacité et la sécurité d’un vaccin contre le coronavirus. S’il s’avère concluant, les premières doses pourraient être disponibles en septembre.
Vaccin contre le coronavirus : Oxford lance le premier essai clinique de grande ampleurIstock

Dans la course mondiale au vaccin contre le coronavirus, le laboratoire de l'Université d'Oxford a une longueur d’avance. Il vient, en effet, de commencer un test de grande échelle sur 6 000 volontaires. Si ce dernier s’avère, leur vaccin pourrait être disponible en septembre.

Covid-19 : le vaccin d’Oxford va être testé sur 6 000 volontaires

Partout dans le monde, de nombreux laboratoires planchent actuellement sur la confection d’un vaccin efficace contre le virus SARS-CoV-2, et sans danger pour l’Homme. Pour démontrer leur sécurité, ils n’ont pas d’autre choix que de conduire des tests sur des humains.

La plupart des équipes ont dû commencer par de petits essais cliniques, menés sur quelques centaines de participants. Mais les scientifiques du Jenner Institute, au sein de l’Université d’Oxford, travaillaient déjà sur le développement d’un vaccin contre une autre souche de coronavirus. Ils avaient donc déjà mené des essais similaires, montrant son innocuité.

Une mise sur le marché en septembre est envisageable

Comme ils sont partis de cette même base pour mettre au point un vaccin contre le nouveau coronavirus, ils ont pu prendre de l’avance et planifier des tests à plus grande échelle. Les chercheurs vont inoculer leur vaccin à plus de 6 000 personnes d’ici la fin du mois, dans l’espoir de montrer non seulement qu’il est sûr, mais aussi qu’il fonctionne.

S’ils obtiennent une approbation d’urgence des autorités de réglementation, et que leur essai s’avère concluant, les scientifiques d’Oxford estiment que plusieurs millions de doses de leur vaccin pourraient être disponibles d’ici septembre. Alors que la majorité des gouvernements n’espéraient pas voir arriver de vaccins sur le marché avant l’année prochaine.

“Plus d’un vaccin sera nécessaire”, selon le Dr Emini

Bien sûr, il est encore impossible de savoir quel vaccin potentiel, parmi tous ceux en cours de développement, émergera comme étant le plus efficace contre l’épidémie de Covid-19. Pour cela, il faut que les données des différents essais cliniques soient disponibles. En outre, “plus d'un vaccin serait nécessaire dans tous les cas”, indique le Dr Emilio Emini, directeur du programme de vaccination de la Fondation Bill et Melinda Gates, qui apporte un soutien financier à plusieurs études concurrentes.

“Certains peuvent fonctionner plus efficacement que d'autres dans des groupes comme les enfants ou les personnes âgées, ou à des coûts et des dosages différents. Avoir plus d'une variété de vaccins en production permettra également d'éviter les goulots d'étranglement dans la chaîne de fabrication”, ajoute le spécialiste.

L’essai clinique d’Oxford fournira des informations précieuses aux autres chercheurs

Mais en tant que premier à atteindre une échelle aussi grande, l'essai d'Oxford, même s'il échoue, fournira des leçons sur la nature du coronavirus et sur les réponses du système immunitaire. Ces dernières vont constituer des informations précieuses pour les gouvernements, les donateurs, les sociétés pharmaceutiques et d'autres scientifiques à la recherche de un vaccin.

"Cette grande étude britannique va, en fait, permettre d’en apprendre beaucoup sur d’autres travaux en cours", estime le Dr Emini. Qui seront finalement confrontés aux mêmes défis : obtenir des financements, convaincre les autorités sanitaires d’approuver les tests sur l’Homme, démontrer l’innocuité du vaccin et son efficacité à protéger les gens contre le coronavirus.

La diminution du nombre de cas : un obstacle potentiel

Toutefois, l’essai clinique du Jenner Institute pourrait se heurter à un obstacle. Le succès croissant des mesures de confinement et des gestes barrières pourrait, en effet, entraîner une diminution du nombre de cas dans le pays. Or, pour que les chercheurs puissent analyser le potentiel succès du vaccin, il doit y avoir suffisamment de cas au sein de la population.

"Nous sommes les seuls britanniques à vouloir que le nombre de nouvelles infections reste élevé pendant quelques semaines, afin que nous puissions tester notre vaccin", soulève le Pr Adrian Hill, directeur de l’institut, et l’un des cinq chercheurs impliqués dans ces travaux.

Le vaccin doit être inoculé dans un environnement où le virus circule

Bien sûr, les règles d’éthiques interdisent aux scientifiques d’infecter volontairement les participants aux essais cliniques avec une maladie grave. La seule façon de prouver qu'un vaccin fonctionne est donc de l’inoculer aux personnes susceptibles d’être naturellement contaminées par leur environnement.

Si les mesures de distanciation sociale ou d'autres facteurs continuent de ralentir le taux de nouvelles infections en Grande-Bretagne, l'essai pourrait ne pas être en mesure de montrer que le vaccin fait une différence, estime le Pr Hill. Autrement dit, les participants qui ont reçu un placebo pourraient ne pas être infectés plus fréquemment que ceux qui ont reçu le vaccin. Ce qui obligerait les scientifiques à conduire un nouvel essai ailleurs.

Un problème auquel tous les autres chercheurs qui travaillent actuellement sur un vaccin, pourraient aussi être confrontés dans leurs propres pays.

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Source(s):

In Race for a Coronavirus Vaccine, an Oxford Group Leaps Ahead, The New-York Times, 27 avril 2020.