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Un nouveau médicament, potentiellement efficace pour traiter les cas graves de Covid-19, fait parler de lui depuis quelques jours. Il s’agit de la dexamethasone, un stéroïde testé lors du vaste essai clinique britannique Recovery. Une “avancée majeure”, selon les scientifiques en charge de l’étude. Un moyen de camoufler “les manquements, les omissions et les manipulations” de l’essai, selon une tribune de France Soir.

La dexamethasone réduit d'un tiers la mortalité des patients en réanimation

Les chercheurs de la prestigieuse Oxford University ont comparé 2 104 patients contaminés au Covid-19, traités avec de la dexamethasone, et 4 321 patients ayant reçu les soins habituels, pendant 10 jours. D’après leurs observations, ce médicament de la famille des stéroïdes réduit d’un tiers la mortalité des patients en réanimation, et d’un cinquième celle des patients sous oxygène. Il n’aurait, en revanche, aucune incidence sur les malades ne souffrant pas de détresse respiratoire.

“Une mort sur huit pourrait être évitée grâce à ce traitement”

“La dexaméthasone est le premier médicament dont on observe qu'il améliore la survie en cas de Covid-19”, ont informé les responsables de l’essai Recovery dans un communiqué. Ils estiment même “qu’une mort sur huit pourrait être évitée grâce à ce traitement, chez les patients placés sous ventilation artificielle”.

“Le bénéfice en termes de survie est important chez les patients qui sont suffisamment malades pour avoir besoin d'oxygène, pour qui la dexaméthasone devrait désormais devenir le traitement de base” ajoute le Pr Peter Horby, qui a co-dirigé cette étude avec le Pr Martin Landray. “La dexaméthasone n'est pas chère, déjà commercialisée et peut être immédiatement utilisée pour sauver des vies à travers le monde”.

La dexamethasone, bientôt utilisée pour soigner les malades au Royaume-Uni

Les autorités sanitaires britanniques ont rapidement montré leur enthousiasme, à l’annonce de cette nouvelle. “C'est une avancée majeure dans la quête de nouvelles manières de traiter les malades du Covid”, s'est ainsi réjoui le Pr Stephen Powis, directeur médical du NHS, dans un autre communiqué.

De son côté, le ministre de la Santé d'outre-Manche a informé que cette molécule allait être intégrée au protocole de soin des malades actuellement hospitalisés. “Nous travaillons avec le NHS pour inclure le dexamethasone à son traitement standard contre le Covid-19 à partir de cet après-midi”, révèle-t-il dans une vidéo postée sur son compte Twitter.

Recovery : une “bonne nouvelle” pour cacher plusieurs erreurs ?

Recovery : une “bonne nouvelle” pour cacher plusieurs erreurs ?© Istock

Ce lundi 15 juin 2020, le Collectif citoyen pour France Soir a publié un article dénonçant “l’incompétence, le mensonge et la manipulation” des responsables de l’essai Recovery. Les auteurs du papier ont pointé plusieurs “aberrations” dans cette étude, comme le surdosage de l’hydroxychoroquine utilisé pour traiter les malades du Covid-19, l’écart de résultats importants avec les essais menés en France ou encore les omissions du Pr Landray quant à l’inclusion du Remdesivir à l’essai.

Plusieurs erreurs sont reprochées à l’essai Recovery

Plus précisément, les auteurs expliquent que l’essai britannique a montré un taux de létalité des patients hospitalisés de 23 % pour le groupe placebo et de 25 % pour le groupe hydroxychloroquine. Mais rien n’indique si le traitement a permis à certains patients d’éviter de mourir ou si, à l’inverse, il a causé la mort de plusieurs d’entre eux.

En outre, la dose d'hydroxychloroquine administrée aux patients est largement remise en cause. Celle-ci serait, en effet, bien trop élevée : 2400 mg au premier jour et 800 mg/jour ensuite. Interrogé par France Soir, le Pr Landray a affirmé qu’il s’agissait du même dosage que celui utilisé pour traiter la dysenterie amibienne. Or, cette pathologie n’est pas traitée par de l’hydroxychloroquine, mais par de l’hydroxyquinoline.

De son côté, le protocole de Recovery indique que le dosage employé lors de l’essai est basé sur la concentration plasmique pour soigner la malaria. Or, une fois encore, ce n’est pas l’hydroxychloroquine qui est utilisée dans le traitement de la malaria (ou très rarement), mais la chloroquine, une molécule différente.

Efficacité de la dexaméthasone : une découverte qui tombe à pic

Dans un second article, publié le 17 juin, le journal soupçonne donc la “bonne nouvelle” de l’efficacité de la dexaméthasone de n’être qu’un “leurre pour cacher les incohérences et les fautes graves” des chercheurs.

D’après les auteurs du papier, l’efficacité de ce corticostéroïde n’est en rien étonnante, contrairement à la date d’annonce de cette découverte qui, elle, interroge. En effet, le communiqué des chercheurs, daté du 16 juin, précise que les observations ont été faites le 8 juin, soit une semaine plus tôt. Alors que leurs précédentes découvertes sur l’inefficacité de l’hydroxychloroquine avaient fait l’objet d’une déclaration immédiate.

La Dexaméthasone, déjà utilisée en France pour traiter le Covid-19

France Soir précise, en outre, que la dexaméthasone est déjà utilisée pour traiter le Covid-19 à des stades avancés dans plusieurs pays, au même titre que la méthylprednisolone, un stéroïde moins puissant. “Sous assistance respiratoire, les patients ont une diminution de leurs capacités respiratoires et il n’est donc pas étonnant qu’un corticoïde fonctionne à ce niveau”, écrit le média.

Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses de l'hôpital Saint-Antoine, a d’ailleurs expliqué au micro de France Inter, ce mercredi 17 juin, que dans l’Hexagone, "on a donné très tôt les corticoïdes chez des patients qui avaient le Covid-19, parce que ça diminuait l'inflammation au niveau des poumons. On sait que c'est un traitement qui marche, on l'a utilisé à grande échelle".

Les résultats de l’essai Recovery ne sont pas encore publiés

À l’heure actuelle, il nous est difficile de savoir si la découverte de l’efficacité de la dexaméthasone pour le traitement des cas graves du Covid-19 est effectivement une avancée majeure, ou si la nouvelle a largement été mise en avant pour cacher plusieurs erreurs.

En attendant d’en savoir plus, la prudence est donc de mise. Interrogé par nos confrères de L’Express, le Pr Jean-François Timsit, chef du service de réanimation et maladies infectieuses de l'hôpital Bichat (Paris), estime de son côté que l’annonce des chercheurs est “enthousiasmante”, mais qu’il faut néanmoins “attendre la publication de résultats solides avant de se précipiter”.

Qu’est-ce que la dexaméthasone ?

Qu’est-ce que la dexaméthasone ?© Istock

La dexaméthasone est un médicament de la famille des stéroïdes, utilisé pour ses effets anti-inflammatoires et anti-allergiques. Composée d’hormones chimiques, elle empêche les globules blancs de s’attaquer aux tissus sains, et réduit donc l’inflammation.

À forte dose, ce traitement diminue la réponse immunitaire des patients. Il pourrait donc calmer les fameux “orages de cytokines”, une réaction excessive du système immunitaire à l’origine des complications du Covid-19.

Dexaméthasone : indications et contre-indications

Peu coûteuse, la dexaméthasone est disponible à grande échelle, et peut être délivrée par voie orale, par voie topique, par injection intraveineuse ou intramusculaire et en inhalation. Cette molécule est, en revanche, soumise à prescription médicale.

Ce médicament est indiqué dans la prise en charge de nombreuses maladies, comme la BPCO, l’asthme, la fibrose pulmonaire, certains cancers, la fièvre typhoïde, les hépatites, la maladie de Crohn, l'œdème de Quincke, le lupus érythémateux, la polyarthrite rhumatoïde, la sclérose en plaques ou encore l’urticaire.

En France, cette molécule rentre dans la composition de nombreux médicaments (Dectancyl®, Auricularum®, Chibro Cadron®, Cyloxadex®, Framyxone®…). Ils sont néanmoins contre-indiqués en cas de mycose ou d’infection non-contrôlée, de maladie virale en évolution, de psychose ou maladie mentale non-contrôlée, de vaccination récente, d’allergie à un des composés ou de troubles de la coagulation.

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Sources

Recovery, la bonne nouvelle est un leurre pour cacher les incohérences et les fautes graves, France Soir, 17 juin 2020. 

CovidPapers, Recovery : Incompétence, Mensonge, Manipulation et gros dollars, France Soir, 15 juin 2020. 

Coronavirus : la dexaméthasone, un puissant stéroïde, pourrait sauver les cas les plus graves, Futura Santé avec AFP, 17 juin 2020. 

Déxaméthasone contre le Covid-19 : "Attention à l'emballement médiatique et politique", L'Express, 18 juin 2020.

mots-clés : Anti-inflammatoire
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