Chloroquine, Hydroxychloroquine et Coronavirus (Covid-19) : tout savoir

La chloroquine est un médicament présent sur le marché français depuis la fin des années 40, connu pour son rôle dans la prévention du paludisme et le traitement des maladies auto-immunes comme le lupus. Des chercheurs s'intéressent désormais à cette molécule pour lutter contre le nouveau coronavirus et soigner le COVID-19. Récemment, des études ont aussi mis en évidence ses potentiels dangers et l'OMS a décidé de suspendre ses essais cliniques. Le gouvernement a également tranché : le médicament ne peut plus être administré en France contre le Covid-19. Explications.
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Définition : qu’est-ce que la chloroquine ?

La chloroquine est un médicament antipaludéen de la famille des 4-aminoquinoléines. Cette molécule est un dérivé de la quinine, extraite de l’écorce de l’arbre sud-américain Chinchona officinalis. Ses vertus médicinales avaient été révélées aux colons européens par les indigènes du Pérou au XVIIe siècle. 

Le traitement est arrivé sur le marché français en 1949 sous l'appellation Nivaquine®. Il est également commercialisé sous le nom de Savarine® quand il est associé avec du Proguanil chlorhydrate.

Ce médicament est prescrit dans le traitement et la prévention du paludisme (malaria), ainsi qu’aux patients atteints d’une polyarthrite rhumatoïde ou encore de maladies auto-immunes comme le lupus. Il peut aussi soulager les personnes souffrant de lucite : une forme sévère d’allergie au soleil.



Chloroquine : tout ce qu’il faut savoir sur ce médicament antipaludique


Chloroquine : tout ce qu’il faut savoir sur ce médicament antipaludique
La chloroquine, médicament antipaludique utilisé depuis des décennies, connaît un regain d’intérêt. Et pour cause, l’un de ses dérivés, l’hydroxychloroquine, semble efficace contre le...


Image : formule de la structure de la chloroquine

Image : formule de la structure de la chloroquine© Istock

Quelle différence avec l’hydroxychloroquine?

La molécule hydroxychloroquine (HCQ) est un dérivé de la chloroquine. En France, le médicament est commercialisé sous forme de sulfate d'hydroxychloroquine sous la marque Plaquenil®.

Il n’est pas utilisé pour soigner le paludisme, mais certaines maladies auto-immunes telles que le lupus érythémateux ou la polyarthrite rhumatoïde. Il peut aussi être prescrit en prévention de l’allergie solaire. Moins toxique que la chloroquine, les médecins préfèrent ce traitement à la Nivaquine® lors de la prise en charge de ces pathologies.

Hydroxychloroquine : formule squelettique HCQ et structure moléculaire

Hydroxychloroquine : formule squelettique HCQ et structure moléculaire© Istock

Quelle est la posologie de l’hydroxychloroquine et la chloroquine ?

Aussi bien la chloroquine que l’hydroxychloroquine sont des médicaments dit "à marge thérapeutique étroite". C’est-à-dire que la dose minimale efficace (dose thérapeutique) est très proche de la dose toxique pour le patient. Il est donc très important de respecter la prescription donnée par le médecin et de bannir l'automédication, afin d'éviter les effets indésirables graves.

Nivaquine 

Traitement préventif du paludisme 

La prise du comprimé de Nivaquine doit débuter le jour du départ vers un pays touché par le paludisme, se poursuivre pendant le séjour puis encore 4 semaines après le retour. Il est conseillé de prendre le médicament à heure fixe, de préférence à la fin d’un repas, afin d’éviter les maux d’estomac qu’il peut provoquer.

Selon le Vidal de la santé, la posologie à respecter est la suivante :

  • Adulte : 1 comprimé par jour.
  • Enfant de 1 à 15 ans : 1,7 mg par kg et par jour, soit 1 à 4 cuillères-mesure par jour, à prendre en 1 seule fois (après un repas).
  • Enfant de moins de 10 kg : 1 cuillère-mesure tous les 2 jours (après un repas).

L’Institut Pasteur précise que “les médicaments anti-paludiques ne garantissent pas une protection absolue contre l’infection et il est aussi important de se protéger des piqûres de moustiques (moustiquaires, produits anti-moustiques)” ; et ajoute : “le traitement préventif doit être prescrit par un médecin.

Il tient compte des zones visitées (risque, existence ou non de résistance), de la durée du voyage et aussi de la personne : l’âge, les antécédents pathologiques, une intolérance aux antipaludiques, une possible interaction médicamenteuse, une grossesse”.

Traitement curatif du paludisme 

Le traitement doit être suivi de 3 à 5 jours, selon les consignes du médecin. 

Par voie orale, chez l'adulte de plus de 60 kg :

  • 1er jour : 6 comprimés en une prise, puis 3 comprimés 6 heures plus tard ;
  • 2e et 3e jours : 3 comprimés par jour, en une prise à heure fixe.

Chez l'enfant, la dose est calculée précisément par le médecin, en fonction du poids du petit.

Les autres maladies

Pour prévenir la lucite, il est recommandé de prendre 2 à 3 comprimés par jour en fonction de son âge et de son poids. Le traitement doit débuter 7 jours avant l'exposition au soleil et continuer pendant 15 jours.

Pour la polyarthrite rhumatoïde, il est généralement prescrit 2 ou 3 comprimés par jour lors d’une attaque, puis 1 ou 2 comprimés par jour en traitement de fond. Pour le traitement du lupus érythémateux, la dose initiale est de 1 ou 2 comprimés par jour. Cette posologie varie en fonction de l'évolution des lésions.

Plaquenil 

Le Plaquenil se prend également par voie orale. C’est un comprimé qui contient 200 mg de sulfate d’hydroxychloroquine. Il est réservé aux adultes et aux enfants à partir de 6 ans. Comme pour la Nivaquine, la prescription est individuelle et dépend de la maladie du patient et de son âge.

À titre informatif, les médecins préconisent généralement 2 à 3 comprimés par jour en traitement d’attaque contre la polyarthrite rhumatoïde chez l’adulte, puis 1 à 2 comprimés par jour en traitement d’entretien.

Pour les lucites, sa posologie est le plus souvent de 2 ou 3 comprimés par jour pendant 3 semaines, en commençant le traitement 7 jours avant l'exposition.

Quels sont les risques et les effets indésirables de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine ?

  • La chloroquine peut provoquer des troubles digestifs comme des douleurs, des nausées, des vomissements et des diarrhées. Il est possible de les atténuer en prenant le médicament lors des repas. 
  • Certaines personnes ont une réaction allergique au traitement : démangeaisons, éruption de boutons... 
  • Ces médicaments peuvent être toxiques pour la rétine. La vue des patients peut être affectée : vision floue, photosensibilité, modifications de la cornée, atteinte de la macula. Dans de rares cas, les malades développent des rétinopathies, si la chloroquine s’accumule dans la rétine. 
  • Parmi les autres complications, on peut citer des convulsions, des céphalées, des étourdissements ainsi que des hépatites graves.
  • Les patients peuvent aussi développer des troubles psychiatriques : insomnies, dépression, agitation, anxiété, agressivité, troubles du sommeil, confusion, hallucination.
  • Pour certains, des troubles métaboliques  peuvent apparaître, comme l'hypoglycémie sévère : diminution du taux de glucose dans le sang.
  • Dans certains cas, le traitement affecte le rythme du coeur et provoque des insuffisances cardiaques, une arythmie ou encore des cardiomyopathies (maladies touchant le muscle cardiaque). Il est donc important de vérifier l’état de santé de son cœur avant de prendre le médicament, en passant des examens comme un électrocardiogramme (ECG).

Le danger de l'automédication

Il est vital d’éviter l’automédication et de respecter les prescriptions, car ces médicaments sont toxiques. Un surdosage peut-être mortel. En cas d’overdose, il faut appeler rapidement un centre antipoison.

Nivaquine®, Plaquenil®… quelles sont leurs contre-indications ?

Les interactions avec les autres traitements

La chloroquine interagit avec beaucoup d'autres médicaments comme les traitements gastro-intestinaux. L’absorption digestive de la chloroquine est diminuée. Il faut aussi éviter de la prendre avec la ciclosporine (risque d’augmentation des concentrations sanguines de la ciclosporine).

Il est contre-indiqué de l’associer avec du citalopram (Seropram et génériques) ou escitalopram (Seroplex et génériques), de la dompéridone (Motilium et génériques), l'hydroxyzine (Atarax et génériques) ou la pipéraquine (Eurartesim). Il est aussi déconseillé avec les médicaments anti-arythmiques de classe IA et III, les antidépresseurs tricycliques, les antipsychotiques et certains anti-infectieux (macrolides, fluoroquinolones).

Par ailleurs, ce médicament ne doit pas être donné aux patients souffrant d’une allergie au blé ou d’une maladie cœliaque, car le comprimé contient de l'amidon de blé.

Femmes enceintes, allaitantes ou les enfants : quelles précautions prendre ?

Si les enfants peuvent prendre de la nivaquine ou du plaquenil en adaptant la posologie à leur poids, les deux médicaments sont contre-indiqués pour les femmes allaitantes et enceintes.

Les molécules, qui sont capables de passer la barrière placentaire, peuvent provoquer des avortements spontanés ou des malformations oculaires au bébé.

Par ailleurs, elles sont présentes dans le lait maternel et le sperme pendant plusieurs mois après le traitement. Il est ainsi conseillé aux personnes en âge de procréer d’utiliser une contraception pendant la prise de ces médicaments et jusqu’à 8 mois après la fin du traitement. Compte tenu du risque d’effets indésirables pour le bébé, il faut stopper l’allaitement si vous prenez de la chloroquine.

Quelles sont les précautions d’usage avec la chloroquine ?

En cas de dose oubliée 

Contre le paludisme, la prise régulière d’un traitement préventif est importante. Si vous manquez une dose, prenez-la dès que vous vous en souvenez. Si l'heure de la prochaine prise est proche, sautez la dose oubliée et avalez la suivante à l'heure habituelle. Ne doublez pas la quantité pour rattraper votre retard. C’est dangereux.

Conservation

Il faut garder la chloroquine à température ambiante, à l'abri de la lumière et de l'humidité. Il est déconseillé de la stocker dans la salle de bain. De plus, il faut garder le médicament hors de portée des enfants et des animaux domestiques.

Quelles sont les études menées pour tester l’efficacité de la chloroquine contre le Covid-19 ? 

Face à l’épidémie du nouveau coronavirus, de nombreux chercheurs voient dans la chloroquine comme une arme contre le COVID-19.

Études de l'IHU Méditerranée Infection menées par le Pr Raoult à Marseille

Cette piste de recherche est défendue en France par le Pr. Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection (IHU) et ex-membre du conseil scientifique Covid-19 auprès du gouvernement.

Le spécialiste a, pour la première fois, défendu l’utilisation de ce traitement contre l’épidémie dans une vidéo publiée sur le compte YouTube de son établissement le 25 février 2020.

Après avoir mené de premiers travaux sur 26 patients, le professeur Didier Raoult, a assuré avoir obtenu des retours "spectaculaires" : seulement 25 % des participants seraient encore porteurs du virus après six jours de traitement contre 90 % chez ceux ne recevant pas le traitement. La charge virale à J + 6 serait encore plus basse chez les malades traités en plus par un antibiotique, l’azithromycine.

Cette étude très médiatisée a reçu de nombreuses critiques, notamment en raison du faible nombre de patients observés, l’absence d’études cliniques plus poussées sur l’efficacité de ces médicaments ou leurs effets indésirables aux doses préconisées.

L’expert a publié le 28 mars 2020 les résultats d’une nouvelle recherche menée sur 80 malades du COVID-19 ayant reçu une combinaison d'hydroxychloroquine et d’azithromycine. 78 d’entre eux ont vu leur état de santé s’améliorer et ont pu quitter les soins intensifs au bout de cinq jours. En revanche, un patient de 86 ans, est mort et un autre âgé de 74 ans, était toujours dans un état très grave au terme de la recherche.

Toutefois, il est difficile de former une conclusion, car il n’y a pas de groupe de contrôle pour comparer les résultats dans cette expérience.

L’essai clinique Discovery

Un essai clinique européen baptisé Discovery a été lancé pour évaluer quatre traitements expérimentaux contre le COVID-19. Coordonné par l’Inserm dans le cadre du consortium Reacting, il inclut 3 200 patients atteints de la forme sévère de la maladie dont 800 patients français.

"Cinq hôpitaux français participeront au départ (Paris – hôpital Bichat-AP-HP, Lille, Nantes, Strasbourg, Lyon) puis nous ouvrirons d’autres centres pour arriver au moins à une vingtaine d’établissements participants. Notre stratégie d’ouverture de centre suivra la réalité épidémiologique de l’épidémie avec une priorisation à l’ouverture de l’essai dans des hôpitaux sous forte pression", explique Florence Ader infectiologue dans le service des maladies infectieuses et tropicales à l’hôpital de la Croix-Rousse au CHU de Lyon et chercheuse au Centre international de recherche en infectiologie CIRI, qui pilote le projet.

Elle ajoute : "Cet essai est conçu de façon pragmatique et adaptative. Il a pour but d’analyser l’efficacité et la tolérance des options thérapeutiques pour les patients dans un temps limité. C’est une démarche de recherche résolument proactive contre la maladie".

Les 4 traitements testés sont :

  • l’hydroxychloroquine ;
  • le remdesivir : un médicament utilisé dans le traitement contre Ebola ;
  • le Lopinavir/Ritonavir : il s’agit d’un générique de Kaletra, un traitement anti-VIH ;
  • une combinaison lopinavir/ritonavir et interféron : l’interféron est une protéine dans le traitement de maladies virales comme les hépatites, mais également la sclérose en plaque et certains cancers.

Tests effectués sur la chloroquine en Chine

Les scientifiques chinois ont été les premiers à s'orienter vers la piste de la chloroquine. Une première étude, réalisée in vitro, a mis en évidence une possible efficacité de la chloroquine contre le coronavirus, le 5 février dernier.

Quelques semaines plus tard, des chercheurs de l’université de Qingdao et de l’hôpital de Qingdao assuraient dans un article publié le 19 février 2020 dans la revue BioScience Trends que le phosphate de chloroquine "a montré une efficacité apparente et une innocuité acceptable dans le traitement de la pneumonie associée à la Covid-19, dans le cadre d’essais cliniques multicentriques menés en Chine".

Pour parvenir à cette conclusion, les auteurs ont analysé des études in vitro, ainsi que les dossiers de plus de 100 patients atteints de la COVID-19 de 10 hôpitaux à Wuhan, Jingzhou, Guangzhou, Pékin, Shanghai, Chongqing et Ningbo. "Les résultats de plus de 100 patients ont démontré que le phosphate de chloroquine est supérieure aux autres traitements pour inhiber l'exacerbation de la pneumonie", le tout "sans effets indésirables graves".

Une autre étude a été menée sur 62 sujets COVID+ atteints d’une forme modérée, hospitalisés dans un service classique et présentée fin mars. La moitié d’entre eux étaient soignés avec une dose quotidienne de 400mg d'hydroxychloroquine. Ces derniers ont vu leurs symptômes (toux/fièvre) diminuer en deux jours contre trois pour le groupe contrôle. De plus, l’état des poumons des personnes traitées avec l’hydroxychloroquine s’est amélioré dans 81 % des cas.

Les chercheurs rapportent que l’état de santé de quatre malades du groupe de contrôle s’est détérioré pendant l’étude. Au terme de ses travaux, l’équipe a conclu que la molécule a un effet modeste sur le plan de la récupération. En revanche, elle permet d’éviter que la maladie prenne une forme grave.

Si les résultats semblent prometteurs, il faut les prendre avec précaution, car l’article n’a pas été relu et validé par des pairs.

L’Europe et la Chine ne sont pas les seuls à réaliser des recherches sur la chloroquine. Des études sont également menées en Iran, en Corée du Sud ou en Arabie Saoudite.

Étude chinoise de l'hôpital Tongji de Wuhan

Plus récemment, trois médecins de l'hôpital Tongji de Wuhan (Chine), ont étudié 568 patients atteints d’une forme sévère de Covid-19, afin de déterminer si l'hydroxychloroquine pouvait diminuer leur risque de décès. Leurs résultats ont été prébubliés sur medRxiv le 1er mai. 

Les médecins ont observé une baisse significative de la mortalité chez les malades traités à l'hydroxychloroquine. En effet, ces derniers ont enregistré un taux de mortalité de 18,8 %, contre 45,8 % dans le groupe n’ayant reçu que le traitement de base (antiviraux et antibiotiques).

Le niveau de cytokine inflammatoire IL-6 a également diminué chez les malades traités avec cette molécule, passant de 22,2 pg / mL au début du traitement, à 5,2 (3,0-23,4) pg / ml (p <0,05). Dans l’autre groupe, ce taux est resté inchangé.

Les auteurs de l'étude ont donc conclu que "le traitement par l'hydroxychloroquine est significativement associé à une diminution de la mortalité chez les patients gravement malades atteints de Covid-19". Ils recommandent sa prescription pour ces malades, "afin de sauver des vies".



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L’hydroxychloroquine et la chloroquine : est-ce vraiment un traitement efficace contre le Covid-19 ?

Si certains travaux ont montré des résultats encourageants, ils portaient sur des petits échantillons de patients ou ne suivaient pas les protocoles scientifiques standards. Face aux polémiques et querelles scientifiques, le gouvernement attend les premiers résultats de l’étude Discovery pour déterminer ses recommandations. Ils devraient être communiqués d'ici fin avril.



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Une étude française alerte sur les dangers de l'hydroxychloroquine

Si les résultats de l’étude européenne Discovery n'ont pas encore été communiqués, une étude française semble mettre à mal le traitement plébiscité par le professeur Raoult. 

Trente médecins de 4 hôpitaux de la région parisienne ont suivi 181 malades du COVID-19. Ils précisent dans leurs travaux, présentés sur le site dédié à la prépublication d’articles scientifiques Medrxig.org, “8 4 ont reçu de l'hydroxychloroquine dans les quarante-huit heures suivant leur admission à l'hôpital (groupe HCQ) tandis que les 97 autres (groupe non-HCQ) n'en ont pas pris”.

20,2% des patients ayant pris le traitement scruté par le monde entier ont dû être admis en soins intensifs ou sont décédés dans les 7 jours. Parmi les malades n’ayant pas reçu ce médicament, le taux est de 22,1%. 

L'hydroxychloroquine apparaît légèrement plus efficace que l’autre traitement. Toutefois, les scientifiques pointent du doigt les effets secondaires observés. Les patients ayant reçu ce traitement, ont été plus nombreux à présenter des signes de détresse respiratoire aiguë dans les sept jours après la prise du médicament (27.4% contre 24.1%). De plus, 8 d’entre eux ont dû stopper le traitement à cause de f ortes variations sur leurs électrocardiogrammes.

Les chercheurs français reconnaissent que “les résultats doivent être interprétés avec précaution”. Néanmoins, ils estiment que le produit mis en avant par le professeur Didier Raoult n’a pas provoqué de “baisse significative” des taux de décès et d'admissions en soins intensifs et a peu d’effets sur les individus atteints de détresse respiratoire.

“Ces résultats sont d'une importance majeure et n'encouragent pas l'utilisation de l'hydroxychloroquine chez les patients atteints d'une pneumonie due au Sars-Cov-2”, concluent-ils.

Effet indésirable de la chloroquine : des études stoppées au Brésil et en Suède

L’étude française n’est pas la première à signaler les effets inquiétants des traitements à base de chloroquine sur les malades du COVID-19. Des travaux ont été stoppés au Brésil et en Suède.

Une étude, menée à Manaus, comptait porter sur 440 patients atteints du COVID-19 pour tester deux doses de chloroquine. Après avoir traité 81 personnes, les chercheurs ont relevé qu’un quart des malades qui devaient prendre 600 milligrammes deux fois par jour pendant 10 jours, avaient développé des problèmes de rythme cardiaque. De plus, après avoir enregistré 11 décès dans le groupe recevant les plus fortes doses en moins de 6 jours, l’équipe brésilienne a préféré stopper ses travaux. 

Plusieurs hôpitaux suédois se sont aussi alarmés face aux effets secondaires de la chloroquine sur les malades et ont décidé de ne plus l’utiliser. Un établissement de la région de Västra Götaland rapporte que des patients ont souffert de crampes, une perte de la vision périphérique ou des maux de tête.

Le docteur Magnus Gisslen de l’hôpital universitaire de Sahlgrenska où le traitement a aussi été stoppé précise "Nous ne pouvons pas exclure les effets secondaires graves, en particulier du cœur, et il s'agit d'un traitement lourd. En outre, nous n'avons aucune preuve solide que la chloroquine a un effet sur le Covid-19".

Hydroxychloroquine contre le Covid-19 : une étude américaine soulève ses dangers

Une étude américaine menée sur des anciens combattants infectés par le Covid-19 a révélé que la chloroquine n’améliorait pas leur état de santé. Pire encore, elle était associée à un risque accru de décès. Celle-ci n'a pas encore fait l'objet d'une relecture par des pairs, mais elle a été soutenue par les National Institutes of Health et l’Université de Virginie. 

Les chercheurs, de l'University of South Carolina et de l'University of Virginia School of Medicine, ont analysé les données de 368 patients dans des hôpitaux vétérans. Ils ont constaté que 28 % de ceux traités avec de l’hydroxychloroquine sont décédés, contre seulement 11 % de morts chez les patients n'ayant pas pris ce médicament. Chez les malades ayant pris une association d'hydroxychloroquine et de l'antibiotique azithromycine, 22 % ont perdu la vie. 

"Dans cette étude, nous n’avons trouvé aucune preuve que l’utilisation de l’hydroxychloroquine, avec ou sans azithromycine, réduisait le risque de mise sous respiration artificielle chez les patients hospitalisés", écrivent les auteurs. 

"Plus précisément, l’utilisation d’hydroxychloroquine avec ou sans co-administration d’azithromycine n’a réduit ni la mortalité ni le besoin de ventilation mécanique chez les patients hospitalisés. Au contraire, l’utilisation d’hydroxychloroquine seule était associée à un risque accru de mortalité par rapport aux soins standards". 

Les scientifiques recommandent donc aux soignants de faire preuve de prudence avant d'utiliser ce traitement, et rappelle la nécessité d'attendre les résultats des essais cliniques. 

Leurs résultats présentent toutefois quelques limites. D'une part, la majorité des patients traités avec de l'hydroxychloroquine présentaient des comorbidités, et notamment des maladies cardiovasculaires - or ce médicament est connu pour son risque de complications cardiaques. Les sujets de l'étude n'étaient que des hommes, âgés en moyenne de 65 ans, et principalement d'origine afro-américaine. Les conclusions sont donc difficilement transposables à toute la population.

Des recherches complémentaires sont encore nécessaires pour évaluer les risques et bénéfices potentiels de l'hydroxychloroquine, dans le traitement du Covid-19. 

Hydroxychloroquine : l'OMS suspend ses essais cliniques

Lundi 25 mai 2020, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé sa décision de suspendre temporairement les essais cliniques avec l'hydroxychloroquine, baptisés "Solidarités", qu'elle menait dans plusieurs dizaines de pays avec ses partenaires. 

Cette décision fait suite à la parution d'une étude dans The Lancet, concluant à l'inefficacité, voire à la nocivité, de l'emploi de la chloroquine et de ses dérivés dans le traitement du Covid-19. 

La chloroquine augmenterait le risque d'arythmie et de décès 

Les chercheurs ont analysé les données de 96 000 malades du Covid-19, admis dans 671 hôpitaux entre décembre 2019 et avril 2020. Près de 15 000 d'entre eux ont été traités avec de la chloroquine seule ou associée à un antibiotique, ou avec de l'hydroxychloroquine seule ou associée à un antibiotique. Les 81 000 patients restant, qui n'ont pas reçu ces médicaments constituent le groupe témoin.

Résultat : ni la chloroquine, ni son dérivé ne semblent efficaces pour combattre le virus SARS-CoV-2. Pire encore, elles pourraient augmenter le risque d'arythmie cardiaque et de décès

L'OMS a donc décidé de suspendre ses essais par mesure de précaution, le temps que les données recueillies soient examinées, a annoncé Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l'OMS, au cours d'une conférence de presse virtuelle.

L’hydroxychloroquine n’est plus autorisée en France contre le Covid-19

Depuis fin mars, l'hydroxychloroquine, fervement défendu par le Pr Raoult et commercialisé sous le nom de Plaquénil en France, pouvait être prescrit à titre dérogatoire à l'hôpital et uniquement pour les patients gravement atteints, sur décision collégiale des médecins.

Or, ce mercredi, le gouvernement a abrogé les dispositions dérogatoires autorisant la prescription de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19 à l'hôpital en France.

Cette décision fait suite à l'avis défavorable du Haut conseil de la santé publique, selon un décret au Journal officiel.

En effet, ce mardi, le HCSP avait recommandé de "ne pas utiliser l'hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19" hors essais cliniques, que ce soit seule ou associée à un antibiotique.

Hier également, l'Agence du médicament (ANSM) avait lancé la procédure de suspension "par précaution" des essais cliniques évaluant l'hydroxychloroquine chez les patients atteints de Covid-19. Tout comme l'OMS, qui a décidé aussi de suspendre temporairement ses essais, baptisés "Solidarités". 

Une décision qui n'a pas plu à tout le monde, notamment au Pr Raoult, qui a déclaré sur LCI ce mardi 26 mai que (l'avis du Haut conseil de la santé publique, ndlr) “est une opinion comme une autre, je m’en fiche un peu”.

Il a également affirmé que l’OMS dit "des bêtises" notamment en ce qui concerne l’inefficacité de la chloroquine.

Quels types de patients Covid-19 peuvent-ils être soignés par l’hydroxychloroquine ?

Actuellement, seules les personnes hospitalisées ou faisant partie d’un essai clinique peuvent suivre des traitements à base de chloroquine.

L’ANSM précise "en aucun cas ces médicaments ne doivent être utilisés ni en automédication, ni sur prescription d'un médecin de ville, ni en auto-prescription d'un médecin pour lui-même, pour le traitement du COVID-19". L’agence en charge d’évaluer les risques sanitaires, indique avoir été averti "d'utilisation de hydroxychloroquine, seule ou en association, en ville. Nous alertons les professionnels de santé et les patients sur les risques connus liés à l'utilisation de ces médicaments, dont le risque cardiaque, qui, sans suivi médical approprié, peuvent conduire à une hospitalisation".

Où en est la production de chloroquine ?

La force demande de l’hydroxychloroquine, entraînée par l'épidémie de COVID-19, fait craindre une pénurie aux personnes dont les pathologies nécessitent un traitement au plaquenil quotidien. Il n’en est rien actuellement en France. “Les entreprises surveillent en permanence leurs filières d’approvisionnement et se mobilisent sur l’identification des risques et les mesures à mettre en œuvre pour sécuriser l’approvisionnement du marché”, explique le LEEM, association professionnelle des entreprises du médicament.

Les laboratoires (Sanofi, Mylan, Novartis, Teva, Bayer…) ont assuré avoir augmenté leur production de médicament.

L’achat et la prescription de chloroquine aux patients Covid-19 sont-ils autorisés par le gouvernement ?

En France, la chloroquine et ses dérivés sont uniquement disponibles en pharmacie sur prescription médicale. Par ailleurs, le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé le 26 mars 2020 que "l'hydroxychloroquine et l'association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d'un médecin aux patients atteints par le Covid-19". Les soins doivent avoir lieu "dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile".

Cette mesure suit l'avis du Haut conseil de la santé publique (HSCP) rendu le 24 mars 2020.

Quel est le prix de la chloroquine ? 

  • Le Nivaquine 100 mg - 2 plaquettes de 10 comprimés - est vendu 3,16 euros et remboursé à 65%.
  • Le Plaquenil 200 mg - 30 comprimés est vendu 5,19 euros et remboursé à 65%.