Compléments alimentaires : gare au risque de surdosage !

Ils vous promettent une meilleure immunité, moins de stress ou encore des capacités cérébrales décuplées. Pourtant, l’efficacité des compléments alimentaires n’est pas avérée. Pire encore, ils peuvent présenter des risques pour votre santé… qui ne sont pas toujours mentionnés sur l’emballage.

Avec 150 millions de boîtes vendues l’année dernière, les Français sont les plus gros consommateurs de compléments alimentaires d’Europe. Disponibles en vente libre à la pharmacie, ou même en grande surface, ils ont une image de produits “naturels”, par opposition aux médicaments jugés trop chimiques.

Pourtant, ces suppléments sont loin d’être anodins. S’il ne s’agit pas de médicaments, leurs molécules ne sont pas exemptes d’effets indésirables. Le risque de surdosage existe aussi, pouvant entraîner de graves conséquences sur la santé.

120 compléments alimentaires passés au crible par des experts

Dans son dernier hors-série, en kiosques le 10 octobre 2019, le magazine 60 millions de consommateurs passe au crible 120 compléments alimentaires, sous le contrôle de professionnels de santé. Interactions, additifs, effets secondaires… Les dangers de ces petites pilules sont mises en lumière, de même que les bonnes pratiques pour pouvoir en consommer en toute sécurité.

Parmi les risques mentionnés par l’association de consommateurs, celui du surdosage interpelle. Certains compléments alimentaires présentent, en eux-mêmes, un dosage exagéré, au regard des recommandations journalières. Ce serait particulièrement le cas pour les cocktails de vitamines. D’autres ont un étiquetage trop lacunaire, notamment en ce qui concerne le nombre de gélules à ne pas dépasser au quotidien.

L’excès de vitamines peut être aussi néfaste que les carences

À l’occasion d’une conférence de presse, Christelle Pangrazzi, rédactrice en chef adjointe de 60 millions de consommateurs, rappelle que “si le manque de vitamines est problématique, l’excès peut aussi être néfaste”. Or, dans certains produits examinés par les spécialistes, “on retrouve des dosages de 300 % de vitamine C, de 150 % de vitamine A, 150 % de vitamine E, 200 % de vitamine B6...”

Les risques encourus varient selon les vitamines. Un excès de vitamine C, par exemple, peut être néfaste pour les reins, ou des diarrhées et des maux de ventre. Des excès de vitamines B6 et B12 peuvent également poser problème, à long terme, en créant des neuropathies. Quant à l’excès de bêta-carotène, il augmente le risque de cancer du poumon chez les fumeurs.

“Prendre des vitamines en excès n’est pas anodin”, rappelle la spécialiste. En outre, “on prend souvent ces compléments pour retrouver de la vitalité. Mais le corps doit dépenser de l'énergie pour éliminer toutes ces vitamines superflues, ce qui peut avoir l’effet inverse”.

Des substances parfois controversées… et tout un tas d’additifs !

La composition des compléments alimentaires pose aussi problème. De nombreux produits, notamment contre le rhume, contiennent des huiles essentielles. Or, celles-ci peuvent être source d’allergie, sensibiliser des sujets sains, et certaines sont soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens (lavande, tea-tree). Les produits de la ruche, qui ne sont pas toujours mentionnés, peuvent également causer des réactions allergiques.

Quant aux micro-algues, comme la spiruline, ils peuvent contenir des métaux lourds (comme l’arsenic) en fonction de leur origine… Alors même qu’on les prend pour se détoxifier. “Nous demandons à ce que l’origine des substances soit désormais notifiées sur l’étiquetage”, précise C. Pangrazzi.

Jusqu’à dix additifs dans une même gélule...

“Une autre substance qui peut poser problème, c’est - entre autres - la mélatonine”, indique la journaliste. “Dans les produits que nous avons étudiés, on la retrouve à des dosages de 1,90 ou 1,95 mg”. Il faut savoir qu’à partir de 2 mg, celle-ci est considérée comme un médicament, et peut présenter des effets indésirables comme des maux de tête, des troubles du sommeil… alors même qu’elle ne servirait à rien chez les personnes en bonne santé.

Par ailleurs, les compléments alimentaires sont souvent bourrés d’additifs. “Jusqu’à dix dans une même gélule”, précise C. Pangrazzi. Et certains d’entre eux sont nocifs, comme le dioxyde de titane, qui peut favoriser l’auto-immunité, et qui est soupçonné d’être pro-inflammatoire et cancérogène. Celui-ci sera interdit dès janvier 2020. Le colorant rouge allura, lui, favorise l’hyperactivité chez les enfants.

Compléments alimentaires : attention aux interactions avec vos traitements

Les substances contenues dans les compléments alimentaires peuvent aussi entrer en interaction avec d’autres molécules. “Par exemple, la levure de riz rouge ne doit jamais être associée à des médicaments anti-cholestérol parce qu’elle peut entraîner une toxicité dans les muscles”, met en garde C. Pangrazzi.

Parmi les autres substances cités à titre d’illustration, le millepertuis - préconisé contre les états dépressifs - pourrait inhiber l’efficacité du traitement contre le VIH et de certaines pilules contraceptives ; tandis que le ginkgo biloba, vendu pour booster les capacités cérébrales, pourrait annuler les effets des traitements anticoagulants. L’extrait de pépins de pamplemousse inhibe, quant à lui, certains traitements contre le cancer et le VIH.

L’étiquetage des compléments alimentaires mentionne rarement toutes ces informations

Problème : le dosage, les allergènes ou encore les interactions possibles des molécules ne sont pas toujours mentionnées sur l’emballage des compléments alimentaires. À l’heure actuelle, la réglementation n’oblige pas les fabricants à fournir une notice avec ces produits. C’est pourquoi 60 millions de consommateurs demande une révision et un durcissement de cette réglementation.

Pour rappel, les compléments sont soumis à l’ensemble des dispositions générales du droit alimentaire, et ne dépendent absolument pas de l’agence nationale du médicament. Quant aux bénéfices ventés par les industriels, la plupart d’entre eux ne sont pas prouvés scientifiquement, les études sur le sujet étant peu nombreuses. “L’effet placebo existe néanmoins pour ces produits, on l’estime entre 10 et 30 %”, précise C. Pangrazzi.

Les spécialistes interrogés par le magazine rappellent l’importance de demander conseil à son médecin ou à son pharmacien avant d’acheter - et surtout de consommer - un complément alimentaire.

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Source(s): Compléments alimentaires, 60 millions de consommateurs - Hors-série santé, novembre-décembre 2019.