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"Depuis la fin des années 1990, un nombre accru de nanomatériaux sont intégrés, du fait de leurs propriétés spécifiques, dans la composition de produits de la vie courante et notamment de produits alimentaires", communique l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) pas plus tard qu’hier.

Ce qu’il faut comprendre sur les nanomatériaux, c’est qu’il s’agit de particules ultra-fines, dont au moins une dimension est comprise entre 1 et 100 nanomètres. Elles peuvent être introduites dans les aliments par les industriels et fabricants en tant qu’additif, pour améliorer l’aspect et l’appétence du produit (en modifiant la structure, la couleur, la texture). Les nanoparticules peuvent aussi constituer des ingrédients à vocations nutritives (exemple du carbonate de calcium utilisé dans les laits infantiles pour atteindre une teneur suffisante en calcium). Enfin, les nanoparticules peuvent aussi être utilisées pour améliorer la sécurité du conditionnement en tant qu’anti-microbien par exemple.

"Au regard des préoccupations que leur utilisation suscite, l’Anses a été saisie par la Direction générale de l’alimentation, la Direction générale de la santé, la Direction générale du travail, la Direction générale de la prévention des risques et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes", explique l’Anses. À l’heure actuelle, les dangers liés à la présence des nanomatériaux dans les aliments restent encore flous. L’objectif de l’Anses est donc de mieux évaluer les risques sanitaires qu’ils comportent.

Nanoparticules : 37 substances décelées dans pas moins de 900 aliments

"À partir de données publiées dans la littérature scientifique, l’Agence a référencé 37 substances, utilisées en tant qu’additifs ou ingrédients alimentaires et pour lesquelles elle considère que la présence de nanoparticules est avérée", soutient l’Anses. Parmi ces 37 substances, on recense :

  • le carbonate de calcium,
  • le dioxyde de titane,
  • des oxydes et hydroxydes de fer,
  • le silicate de calcium,
  • les phosphates tricalciques,
  • les silices amorphes synthétiques,
  • des composés organiques et composites
  • et 30 substances dont la présence est seulement suspectée : l’aluminium, l’argent, l’or, le phosphate de magnésium, le citrate d'ammonium ferrique, les sels de sodium, de potassium et de calcium d’acides gras, etc.).

Aujourd’hui, près de 900 produits alimentaires seraient concernés. Ils intègrent "au moins un additif ou un ingrédient répondant à la classification ‘substances pour lesquelles la présence de nanomatériaux manufacturés est avérée’" ajoute l’Anses.

Si aujourd’hui, les réels risques sont encore mal connus, l’Anses a pu établir un état des lieux de l’utilisation des nanomatériaux dans l’alimentation, mais souhaite évaluer leurs dangers sanitaires.

"Compte tenu des incertitudes sur les risques qui représentent les nanomatériaux dans l’alimentation", l’Anses incite "à limiter l’exposition des consommateurs en évitant les usages superflus de nanomatériaux dans l’alimentation et en favorisant les produits sûrs, dépourvus de nanomatériaux, et équivalents en termes de fonction et d’efficacité" concluent les experts.

Nanoparticules : quels sont les 900 aliments concernés ?

Nanoparticules : quels sont les 900 aliments concernés ?© Istock

Depuis une trentaine d’années, l’industrie, et notamment l’agroalimentaire, a énormément eu recours aux nanomatériaux manufacturés. "L’Anses porte une attention particulière au sujet et a publié, depuis 2006, plusieurs expertises sur les nanomatériaux", explique l’Agence. Dans cette lignée, l’Agence propose aujourd’hui un état des lieux de la présence de nanomatériaux manufacturés dans l’alimentation.

Nanoparticules : les industriels sont obligés d’être transparents en France

En France, la déclaration des substances à l'état nanoparticulaire est obligatoire depuis 2013 via le registre R-Nano géré par l’Anses. En clair, les fabricants sont obligés de dévoiler l’existence des nanomatériaux dans leurs recettes.

Les fabricants, importateurs et distributeurs de plus de 100 grammes de substances à l'état nanoparticulaire par an doivent faire état de l’identité des substances, des quantités manipulées ainsi que des usages prévus.

"Malgré ces obligations, l’identification et la traçabilité des nanomatériaux dans le domaine de l’alimentation s’avèrent encore aujourd’hui limitées. Elles constituent pourtant une étape indispensable à l’évaluation des risques sanitaires", ajoute l’Anses.

Céréales du petit déjeuner, viennoiseries et desserts surgelés…

Dans l’Hexagone, ces mystérieuses nanoparticules ne concernent pas moins de 900 produits alimentaires courants.

"Les sous-secteurs alimentaires les plus concernés sont le lait infantile (25,6%), les confiseries (15,6%), les céréales du petit déjeuner (14,8%), les barres céréalières (12,9%), les viennoiseries et desserts surgelés (10,9%)". L’Anses souligne que ce recensement a été effectué avant la suspension en France du E171 (dioxyde de titane).

Présent dans de nombreux produits alimentaires, le dioxyde de titane (que l'on retrouve sur les étiquettes sous le nom de code E171 ou TiO2), est un additif suspecté d’être cancérogène. Après avoir hésité, le gouvernement a annoncé en 2019 l'interdiction de ce colorant à partir de janvier 2020 dans les denrées alimentaires.

Dioxyde de titane : quels dangers ?

Dioxyde de titane : quels dangers ?© Istock

Le dioxyde de titane est un minéral composé d'oxygène et de titane. Après son traitement, il se présente sous forme de poudre blanche contenant des particules de tailles diverses, dont des nanoparticules 10.000 fois plus petit qu'un cheveu.

Il est utilisé dans les colorants blancs ou pour faire briller les couleurs et est présent dans de nombreux produits de la vie courante : alimentation, peintures, produits d'hygiène et de cosmétique, médicaments...

Dioxyde de titane : mise en évidence de lésions précancéreuses sur le côlon

En janvier 2017, une étude de l'INRA a mis en évidence des atteintes au système immunitaire intestinal et le développement de lésions précancéreuses dans le côlon, chez des rats exposés par voie orale à des nanoparticules de dioxyde de titane pendant 3 mois", expliquait un communiqué de l'association Agir pour l’Environnement. Si les scientifiques précisent cependant que ces résultats n'ont pour l'instant pas pu être confirmés chez l'Homme, d'autres travaux semblent indiquer que la substance présente bel et bien des risques pour notre foie et notre microbiote intestinal notamment.

Sources

Nanomatériaux dans l’alimentation : les recommandations de l’Anses pour améliorer leur identification et mieux évaluer les risques sanitaires pour les consommateurs, 9 juin 2020, Anses

mots-clés : Cancer
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