Julie, brûlée à 40 % à 16 ans, témoigne

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 08/01/2026
Julie, brûlée à 40 %
Autre
Crédit photo : Flavian Couvreur
TÉMOIGNAGE. Après un accident en 2013, Julie, alors âgée de 16 ans, est brûlée à 40 % sur l'ensemble de son corps. Son costume de carnaval s’est entièrement embrasé sur elle. Dans un message fort, elle revient sur son histoire et ce que vivent les jeunes brûlés en Suisse. Rencontre. 

Elle n'oubliera jamais cette date. Le 12 février 2013, la vie de Julie Bourges, une adolescente de 16 ans, bascule à tout jamais. Son costume de mouton, réalisé pour le carnaval de son lycée avec des morceaux de tissus et du scotch double face, s’embrase entièrement à cause de la cendre d’une cigarette. “Entre le moment où je vois ma jambe brûler et le moment où l’intégralité de mon costume prend feu, il se passe trois secondes tout au plus, tout va extrêmement vite”, se souvient-elle.

Un événement qui n’est pas sans rappeler le drame qui s’est joué en Suisse la semaine dernière. Dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier dernier, le terrible incendie du bar Le Constellation a coûté la vie à 40 personnes, dont une moitié encore mineures. 116 victimes sont à ce jour hospitalisées, elles vont devoir faire face à un très long chemin de reconstruction, le même que Julie a emprunté il y a quelques années. 

Ce drame résonne terriblement en moi, parce qu’il s’est déroulé comme pour moi lors d’un moment festif et joyeux et qu’ils sont pour la majorité d’entre eux très jeunes, comme je l’étais. Mais surtout, je sais ce qu’ils vont devoir endurer maintenant.” D’autant que rappelle la jeune femme, ces victimes en Suisse ont pour la plupart perdu des amis, un deuil qui s’ajoute aux autres souffrances. 

 

“Je suis entièrement bandée, sous trachéotomie, ma peau tire de partout, les douleurs sont présentes malgré les antidouleurs, c’est très très dur à ce moment-là"

 

Brûlée sur 40 % de son corps, Julie bascule dans un cauchemar qui va se poursuivre de longs mois et dont elle ne prend pas conscience sur le moment : “J’étais consciente, je pouvais marcher et parler, la douleur s’estompait (signe que la brûlure atteint les couches les plus profondes de la peau, NDLR), je me suis dit que ce n’était pas si grave et j'étais focalisée sur ma volonté de rester en vie”. Autour d’elle pourtant, c’est l'affolement. Elle est très vite endormie par les pompiers, qui lui injectent un produit “Stop feu” pour protéger ses organes. 

 

Un réveil douloureux après trois mois de coma

A son réveil, après trois mois de coma, Julie a l'impression d’avoir dormi quelques heures et qu’elle va pouvoir reprendre sa vie là où elle s’était arrêtée. Cette impression ne durera qu'une fraction de seconde : “Je suis entièrement bandée, sous trachéotomie, ma peau tire de partout, les douleurs sont présentes malgré les antidouleurs, c’est très très dur à ce moment-là.” 

D’autant que les soins pour les grands brûlés sont très lourds, les greffes (réalisées à partir de peau saine pendant la période de coma) demandent une surveillance accrue, la douleur est difficile à soulager, les cicatrices (des brûlures et des greffes) sont visibles et invisibles car les organes et les articulations peuvent être touchées. “Pour les jeunes de Crans-Montana, c’est encore plus compliqué car, contrairement à moi qui étais dehors au moment de l’accident, ils ont forcément inhalé beaucoup de fumée et de toxiques venant de la combustion des matériaux du bar, ils ont aussi certainement des brûlures au niveau des voies respiratoires, des poumons” s’émeut-elle. 

 

Brûlures : cinq mois d’hôpital et une vie à réécrire

A sa sortie de l’hôpital, cinq mois après l’accident, Julie doit faire face à une nouvelle existence. “A l’hôpital on est un peu comme dans un cocon, et très entouré” par les familles et les soignants, dehors, il faut se confronter à la réalité. Et c’est difficile. En plus de la longue rééducation physique, il faut aussi trouver le courage de se reconstruire mentalement, car “il n’y a pas de retour en arrière possible”. Julie décide de retourner très vite au lycée, retrouver “un peu de ma vie d’avant, de mon adolescence. C’était aussi une manière de fuir la réalité, mais cela m’a beaucoup aidée” même si certains regards lui rappellent souvent  - ce qui est vrai encore aujourd'hui - sa différence. “Les grands brûlés manquent de visibilité en France, regrette-t-elle. Ils camouflent leurs blessures, se cachent. En Australie par exemple, une présentatrice télé est une grande brûlée, ça aide.” 

 

Crans-Montana : “un gros travail psychologique attend les victimes et leurs familles”

Aujourd’hui 13 ans après l’accident, ma vie est différente, c’est sûr, mais elle n’est pas moins belle ! Mon accident ne m'a pas empêché de trouver l’amour car je vais bientôt me marier, ni de travailler et encore moins de porter mon combat et de militer pour une meilleure visibilité des grands brûlés” martèle Julie qui veut “apporter un peu de lumière” à celles et ceux qui souffrent en ce moment. 

Elle va d’ailleurs organiser un gala le 12 février prochain, date anniversaire de son accident, et reverser une partie de l’argent récolté aux victimes de Crans-Montana. “Cette reconstruction, c’est mon histoire, chacun doit écrire la sienne”, conclut-elle, “mais je ne peux que conseiller aux familles et aux victimes de ce terrible incendie de se rapprocher des associations et de ne pas rester seuls, un gros travail psychologique les attend car c’est trop difficile d’accepter l’inacceptable

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Interview de Julie Bourges. 

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