Incendie en Suisse : que signifient vraiment les pourcentages évoqués pour les victimes brûlées ?
La nuit du Nouvel An a tourné au drame à Crans-Montana. Un incendie s’est déclaré dans un bar très fréquenté, alors que de nombreuses personnes étaient réunies pour célébrer le passage à la nouvelle année. Très vite, les flammes se sont propagées, provoquant un mouvement de panique et faisant de nombreuses victimes.
Depuis, les informations se succèdent. Et avec elles, des termes médicaux souvent difficiles à comprendre pour le grand public. Dans les communiqués officiels comme dans les médias, il est question de victimes « brûlées à 20 % », « à 30 % », parfois davantage.
Mais que recouvrent réellement ces chiffres ? À quoi correspondent-ils exactement ? Et pourquoi sont-ils si importants pour les médecins ?
Ce que l’on sait du drame survenu en Suisse
Selon les premiers éléments communiqués par les autorités, l’incendie s’est déclaré en pleine nuit, alors que l’établissement accueillait un grand nombre de clients. La configuration des lieux et la rapidité de propagation du feu ont compliqué l’évacuation.
De nombreuses personnes ont été blessées, certaines très gravement. Face à l’ampleur de la situation, plusieurs victimes ont dû être transférées vers des hôpitaux spécialisés, en Suisse mais aussi dans les pays voisins.
Ce type d’événement collectif rappelle l’importance des unités spécialisées pour grands brûlés, dont les capacités peuvent rapidement être mises sous tension lorsque plusieurs patients graves doivent être pris en charge simultanément.
« Brûlé à 20 % » : une notion souvent mal comprise
Lorsqu’un médecin indique qu’une personne est brûlée à 20 % ou à 30 %, il ne s’agit ni d’un ressenti subjectif ni d’une évaluation de la douleur.
Ce pourcentage correspond à la surface de peau atteinte par les brûlures, rapportée à l’ensemble du corps.
Autrement dit, on mesure quelle proportion du corps a été brûlée, et non l’intensité de la douleur ressentie. Une information essentielle, car la peau joue un rôle vital : elle protège l’organisme, régule la température corporelle et limite les pertes d’eau.
Comment les médecins estiment-ils la surface brûlée ?
Pour évaluer rapidement la gravité d’une brûlure, les équipes médicales s’appuient sur des repères simples et standardisés. Chez l’adulte, la méthode la plus connue est celle de la règle des 9.
Chaque grande zone du corps correspond à un pourcentage approximatif :
la tête représente environ 9 %,
un bras, 9 %,
une jambe, 18 %,
le torse, 18 %,
le dos, 18 %.
Cette estimation permet d’agir vite, notamment dans les premières heures, souvent déterminantes pour la suite de la prise en charge. Chez l’enfant, les proportions diffèrent et les médecins utilisent des grilles adaptées à l’âge.
Pourquoi les seuils de 10 %, 20 % ou 30 % sont déterminants
Tous les pourcentages de brûlures n’ont pas les mêmes conséquences.
Autour de 10 %
Chez l’adulte, une brûlure touchant environ 10 % de la surface corporelle est déjà prise très au sérieux. Selon la profondeur et la zone concernée, une hospitalisation peut être nécessaire afin de prévenir les infections et de surveiller l’évolution.
Autour de 20 %
À ce stade, on parle de brûlure grave. Le corps commence à perdre une part importante de sa barrière protectrice, exposant à plusieurs risques : déshydratation rapide, déséquilibres physiologiques et infections. Une prise en charge spécialisée devient souvent indispensable.
À partir de 30 %
On entre dans le cadre des brûlures très graves, avec un risque vital réel. Les patients sont généralement hospitalisés en soins intensifs ou dans des unités dédiées aux grands brûlés. Les soins sont lourds, continus et nécessitent une surveillance permanente.
Quand le pourcentage ne suffit pas à évaluer la gravité
Un chiffre, à lui seul, ne raconte pas toute l’histoire.
Certaines brûlures, même limitées en surface, peuvent être particulièrement sérieuses si elles touchent des zones sensibles comme :
le visage,
les mains,
les voies respiratoires,
ou certaines régions fragiles du corps.
La profondeur de la brûlure est également déterminante. Une brûlure profonde détruit plusieurs couches de la peau, laissant l’organisme plus vulnérable aux infections et aux complications générales.
Pourquoi les brûlures ont des effets sur tout le corps
Lorsqu’une surface importante de peau est détruite, les conséquences dépassent largement la zone brûlée. L’organisme peut réagir de manière globale, avec :
une perte massive de liquides,
une réponse inflammatoire importante,
des troubles respiratoires, notamment en cas d’inhalation de fumées toxiques,
un risque infectieux majeur.
C’est pour cette raison que les premières heures de prise en charge sont cruciales.
Après l’urgence, un long chemin de soins
Pour les victimes les plus gravement touchées, la sortie de la phase aiguë n’est que le début d’un parcours souvent long. Greffes de peau, soins des cicatrices, rééducation fonctionnelle, accompagnement psychologique… la reconstruction peut s’étendre sur des mois, voire des années.
Dans le contexte du drame survenu en Suisse, les pourcentages de brûlures évoqués dans les médias sont des repères médicaux essentiels. Ils permettent d’évaluer la gravité des blessures et d’adapter la prise en charge.
Mais derrière ces chiffres, il y a surtout des patients, des parcours de soins complexes et des familles en attente de nouvelles.
Mais lors d’un incendie, les flammes ne racontent pas toujours toute l’histoire. La fumée peut aussi devenir un danger majeur.