Septicémie (infection dans le sang ou sepsis) : définition, symptômes, traitements

La septicémie, ou bactériémie associée à un sepsis, est une infection qui s’est généralisée dans tout le corps en passant par le sang. Les symptômes de la septicémie ne sont pas toujours visibles lorsqu’elle débute, mais peuvent rapidement devenir foudroyants. Alors comment détecter la septicémie ? Peut-on en guérir ? Retrouvez toutes les réponses et la définition de la septicémie.

Définition

Qu’est-ce qu’une septicémie (ou sepsis) ?

Une septicémie est une infection généralisée, provoquée par une bactérie et engendrant une réponse inflammatoire grave. Aujourd’hui, le mot septicémie n’est presque plus utilisé chez les médecins : on préfère le terme « bactériémie (présence de bactéries dans le sang) associée à un sepsis (réponse inflammatoire de l’organisme dans le cadre d’une infection) ». « La septicémie ou sepsis est provoqué par une infection banale dans un foyer initial (une partie du corps comme le poumon ou le rein), qui va se propager, via le système sanguin, dans tout le corps », explique Guillaume Beraud, infectiologue au CHU de Poitiers. « Cela peut être provoqué par une mauvaise prise en charge de l’infection initiale ou un déficit immunitaire, qui fait que les défenses immunitaires n’arrivent plus à contenir l’infection dans le seul organe touché ». Tout l’enjeu dans la septicémie est de bien faire la distinction entre les symptômes engendrés par la bactérie et ceux qui sont dus à la réaction immunitaire : « Une grande partie des problèmes causés par le sepsis est en réalité due à la réponse excessive de l’organisme face à l’infection, qui peuvent laisser des séquelles », ajoute le docteur.

Septicémie : quelle gravité ?

La septicémie est une infection grave, à prendre en charge très rapidement, comme l’explique l’infectiologue : « Quand l’infection dans le sang est très importante, elle peut évoluer en un choc septique : il s’agit d’une défaillance de l’organisme. Il n’arrive plus à répondre, les organes ne fonctionnent plus correctement jusqu’à s’arrêter ». Le choc septique peut causer la mort, c’est pourquoi le sepsis constitue une urgence médicale.

Les chiffres

On estime le nombre de décès dans le monde causés par la septicémie à 6 millions, sur 30 millions de cas déclarés. Dans les pays industrialisés, on estime qu’il y a 95 cas de sepsis chez les moins de 65 ans pour 100 000 habitants, et 1220 chez les plus de 65 ans, selon l’institut Pasteur. Cette infection du sang tue environ 350 000 nouveau-nés par an dans le monde.

Symptômes

Comment détecter une septicémie ? Il faut savoir que la plupart des symptômes de la septicémie sont causés par le syndrome de réponse de l’organisme et non par l’infection en elle-même. En effet, le système immunitaire surréagit à l’infection qu’il n’arrive pas à contenir, causant des symptômes de plus en plus importants. Il existe différents stades lors d’une septicémie. Le sepsis évoluant insidieusement, les premiers signes ne sont pas forcément visibles :

  • Une fièvre élevée, ou au contraire une violente chute de température dans certains cas (en fonction du germe responsable).
  • Une accélération du pouls, voire de la respiration.
  • Une fatigue peut être parfois ressentie.
  • Dans certains cas, on peut avoir des frissons, et plus rarement des douleurs ou vomissements.
  • Dans le sang, on peut voir une augmentation des globules blancs (les défenses immunitaires).

Symptômes des septicémies plus graves

Dans les cas les plus graves, c’est-à-dire quand l’infection a dépassé le système immunitaire et est en train de coloniser tout le corps, d’autres symptômes vont apparaître, et engendrer un choc septique :

  • En premier lieu, le cœur a des difficultés à pomper le sang. Cela provoque une chute de la tension.
  • La chute de la tension engendre une diminution de l’état de conscience, puisque le cerveau est alors mal oxygéné : le patient devient comateux, et a le réflexe de respirer très vite.
  • À cause du manque d’oxygène, la peau devient froide et de tonalité bleutée, surtout aux extrémités.
  • Enfin, le système circulatoire n’arrivant pas à maintenir une tension suffisante, les organes ne sont plus suffisamment alimentés en oxygène. Cela va causer des défaillances majeures, d’abord dans les reins, puis petit à petit dans tous les autres organes. C’est le choc septique.
  • En cas de choc septique, le patient ne peut plus se déplacer et n’a plus vraiment d’état de conscience. Quand on arrive à cette étape, cela ne suffit plus de traiter uniquement la bactériémie : « L’organisme est entré en guerre totale contre l’infection, et cela est compliqué à arrêter », précise en effet le docteur.

Fièvre après une infection, faut-il s'inquiéter d'une septicémie ?

Les conseils du docteur Guillaume Beraud, infectiologue au CHU de Poitiers :

"La septicémie constitue une urgence médicale : encore aujourd’hui, 15% des patients environ meurent d’une bactériémie associée à un sepsis. C’est pourquoi, au moindre doute face à une personne présentant ces signes (fièvre, chute de tension, accélération du pouls, frissons, perte progressive de conscience voire douleur), surtout après une infection, il est préférable de se rendre sans attendre aux urgences. Plus le sepsis est pris en charge tôt, meilleures sont les chances de guérison sans séquelles."

Causes

La septicémie débute toujours par une infection banale localisée à un endroit du corps, qui se diffuse ensuite dans le reste du corps. Cela peut débuter par :

  • Une infection des gencives, de la peau (plaies infectées) ou encore un abcès.
  • Plus rarement, une infection pulmonaire, une infection urinaire, une infection digestive (péritonite par exemple), une infection ostéo-articulaire, une endocardite (infection d’une valve cardiaque)…
  • Dans des cas particuliers, l’infection peut débuter lors d’une intervention chirurgicale lourde. On parle alors d’une infection nosocomiale.
  • Dans des cas beaucoup plus rares, des infections fongiques (causées par des champignons) ou certains virus (SARS, influenza H1N1, fièvres hémorragiques) peuvent être à l’origine d’une réponse immunitaire très semblable à la septicémie.
  • La septicémie débute lorsque les défenses immunitaires n’arrivent plus à contenir l’infection dans le seul organe touché à l’origine. En temps normal, celle-ci reste localisée et elle finit par être éliminée. Mais en cas de mauvaise prise en charge, d’une intervention trop lente ou encore chez une personne immunodéprimée, le corps ne va pas pouvoir éliminer la bactérie et l’infection va se diffuser dans tout l’organisme. La bactérie va passer dans le sang, puis coloniser les reins, le cœur, le cerveau…

Facteurs de risques

Le type de bactéries

Certaines bactéries sont plus enclines à engendrer une septicémie. Il s’agit par exemple du staphylocoque doré. Le docteur Beraud rappelle qu’on a tous cette bactérie sur nous sans que cela pose de problème, mais elle devient dangereuse quand elle entre dans le corps (via une plaie ou par les narines par exemple) et engendre une infection : celle-ci peut rapidement se généraliser si elle est mal prise en charge, et causer une septicémie foudroyante.

Photo : staphylocoque doré au microscope

Photo : staphylocoque doré au microscope© Creative Commons

Crédit : Y Tambe — Y Tambe © CC - Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

Le délai de prise en charge

Le délai avant de débuter le traitement contre l’infection simple peut également être un facteur de risque. « Si on laisse l’infection évoluer trop longtemps avant de bénéficier d’un traitement antibiotique, elle peut, dans certains cas, empirer et aller coloniser d’autres organes », explique l’infectiologue. Par exemple, pour une infection urinaire, très fréquente chez les femmes, si la prise en charge est mauvaise ou tarde, la bactérie va remonter par les voies urinaires jusqu’au rein, et causer alors une infection rénale (pyélonéphrite) très douloureuse. Sans prise en charge rapide, l’infection va continuer à se propager, elle peut alors se généraliser et causer une septicémie.

Personnes à risque

Certaines personnes sont particulièrement exposées :

  • Les personnes au système immunitaire faible, comme les personnes âgées, les femmes venant d’accoucher ou les nouveau-nés.
  • Les patients touchés par des maladies diminuant l’immunité comme le diabète, la cirrhose, certains cancers ou encore le SIDA
  • Les personnes prenant des médicaments causant une immunodépression (comme la chimiothérapie ou les corticoïdes).

Chez toutes ces personnes, les défenses immunitaires sont en effet plus faibles, ce qui fait que l’organisme aura plus de difficultés à maintenir une infection dans le seul organe touché ou à la supprimer.

Durée

La durée de la septicémie dépend de l’origine de l’infection initiale. Dans la majorité des cas, la septicémie se guérit relativement vite, en une ou deux semaines : « C’est le cas lors des infections initiales qui se contrôlent rapidement, comme les infections urinaires », explique le docteur Guillaume Beraud. « Mais si celle-ci se situe dans un endroit où les antibiotiques ont du mal à pénétrer, cela peut prendre plusieurs semaines. Lors d’une infection du cœur ou de la moelle osseuse, la guérison peut prendre quatre à six semaines, voire plus ».

Contagion

La septicémie en soi n'est pas contagieuse, mais la bactérie qui est à l'origine de l'infection initiale peut parfois l'être. C’est pourquoi les hôpitaux ont des règles s’hygiène très strictes, pour que les patients ne contaminent pas les autres.

Qui, quand consulter ?

La septicémie est un cas d’urgence médicale. En cas de suspicion de bactériémie associée à un sepsis, il faut donc se rendre rapidement à l’hôpital. La prise en charge se fera dans la plupart des cas en soins intensifs, mais si l’infection a évolué en choc septique, ce sera en réanimation.

Complications 

La première complication de la septicémie est le choc septique. Les méningocoques ou les staphylocoques peuvent être par exemple responsables de cette complication. « L’organisme est submergé par l’infection et il surréagit sans dicernement », décrit l’infectiologue. « Il est en train de se détruire lui-même en tentant par tous les moyens d’enrayer l’infection », ajoute-t-il. L’organisme finit par ne plus arriver à répondre : la tension chute, tous les organes s’arrêtent de fonctionner les uns après les autres, la prise en charge se fait alors en réanimation. « Il y a des traitements très spécifiques pour aider l’organisme à se remettre, précise le docteur. Dans les cas les plus complexes, on peut utiliser des machines qui vont temporairement remplacer les organes : par exemple le patient est placé sous respirateur mécanique qui va effectuer le travail des poumons, si les reins ne fonctionnent plus il va être dialysé, etc. » C’est le travail du réanimateur de mettre en place ces machines le temps que la réponse de l’organisme diminue. Mais cela peut être une véritable épreuve : « Certaines personnes, comme les sujets âgés, peuvent ne pas arriver à surmonter cela. Chez les gens fragiles, les machines ne font pas tout ».

Examens et analyses

Il y a différents examens à pratiquer en fonction de l’origine de l’infection. Par exemple, si le foyer initial est une infection pulmonaire, le médecin va effectuer une radio pulmonaire. Ensuite, lors d’un examen sanguin, on pourra observer un nombre très important de globules blancs et la présence de bactéries. Pour identifier la ou les bactéries responsables, les médecins vont faire une hémoculture, c’est-à-dire une mise en culture d’un petit volume de sang afin de « faire pousser » les bactéries. En plus d’identifier la bactérie, cela pourra permettre de tester l’efficacité de divers antibiotiques. L’hémoculture devrait être faite avant toute prise intempestive d’antibiotiques, car ils pourraient fausser les résultats.

Traitements

Traitement de l’infection

Le traitement de la septicémie se fait en deux phases : en premier lieu, pour enrayer l’infection en elle-même, on utilise des antibiotiques adaptés à la bactérie qui a causé le sepsis. Les hémocultures vont ainsi permettre d’identifier le bon antibiotique.

Traitement de la réponse immunitaire

« La seconde étape du traitement consiste à contenir l’inflammation excessive de l’organisme, car elle est aussi dangereuse voire plus que l’infection en elle-même », rappelle le docteur. Cette étape consiste à lutter contre le dysfonctionnement des organes. Les médecins vont ainsi essayer de remonter la tension, par exemple en hydratant le patient par perfusion : augmenter le volume de liquide dans la circulation sanguine augmentera en effet la tension artérielle.

Septicémie : quel pronostic vital ?

Aujourd’hui, on estime que 15% à 20% environ des patients touchés par la septicémie en meurent. Cela est souvent dû au fait que l’infection généralisée est détectée trop tard, et que les défaillances d’organes liées à la réponse à l’infection sont trop avancées. C’est pourquoi un rapport a été remis au Ministère des Solidarités et de la Santé en 2017 avec de nouvelles recommandations sur la prise en charge de la septicémie pour diminuer la mortalité du sepsis.

Prévention

On ne peut malheureusement pas anticiper ou éviter une septicémie : parfois, le corps répond mal à une infection. Les seuls gestes qui peuvent limiter les risques sont de bien désinfecter les plaies, ne surtout pas hésiter à se rendre chez le médecin en cas de suspicion d’une infection, et ne pas attendre pour prendre ses traitements.

Sites d’informations et associations

Le manuel MSD grand public 

Source(s):

https://www.msdmanuals.com/fr/professional/r%C3%A9animation/sepsis-et-choc-septique/sepsis-et-choc-septique

http://apps.who.int/gb/ebwha/pdf_files/EB140/B140_12-fr.pdf

https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/meningite-aigue/symptomes-diagnostic-evolution

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