Une nouveau streptocoque provoque une recrudescence de scarlatine

Des chercheurs ont identifié une nouvelle souche de streptocoque qui libère neuf fois plus de toxines, associée à une recrudescence de scarlatine et d’infections invasives graves.

Le nombre d’infections à streptocoques est à la hausse en Angleterre et au Pays de Galles. Et des chercheurs qui étudient la scarlatine viennent de faire une découverte qui pourrait bien expliquer cette augmentation. Ces derniers ont identifié une nouvelle souche de bactérie à l’origine de la maladie.

Entre 2014 et 2016, le Royaume-Uni a subi une recrudescence de scarlatine

En 2014, l’Angleterre a connu la recrudescence de scarlatine la plus importante depuis les années 1960, avec 15 000 cas enregistrés. Dans les années qui ont suivi, le nombre de patients a continué de croître, pour atteindre 19 000 cas en 2016. Cette maladie est causée par des toxines, libérées par la bactérie Streptococcus pyogenes - ou “Strep A”. Les cas d’infections invasives dues à cette même bactérie ont également augmenté en 2016, par rapport aux cinq années précédentes.

La scarlatine affecte principalement les jeunes enfants, et se caractérise par une forte fièvre, des maux de gorge et une éruption cutanée rosée à rouge, qui donne à la peau l’apparence de papier de verre. Elle connaît généralement un pic entre mars et mai, et on la traite via l’administration d’antibiotiques.

Une nouvelle souche de streptocoques est en cause

D’après cette nouvelle étude, publiée dans The Lancet Infectious Diseases Journal, les chercheurs ont établi un lien entre l’incidence accrue de scarlatine et celle d’infections invasives plus graves, telles que les infections sanguines. En effet, la nouvelle souche de Streptococcus pyogenes qu’ils ont mise en évidence produirait une plus grande quantité de toxines.

“Étant donné que cette souche a une capacité apparemment accrue de provoquer tous les types d’infection à Strep A, il est important de surveiller la bactérie ici, et dans le monde entier”, estime le Dr Nicola Lynskey, co-auteur de l’étude et chercheur à l’Imperial College London.

Cette nouvelle souche libère neuf fois plus de toxines

Les chercheurs ont tenté d’identifier les souches de streptocoques à l’origine d’infections à Londres et dans tout le pays, en essayant de savoir quel type de gène emm était présent. En 2014, la première vague de scarlatine était liées aux souches emm3 et emm4. Mais passé le printemps 2015, ce sont les souches emm1 qui sont devenues dominantes, détectées dans 33 % des cas - contre seulement 5 % deux ans auparavant.

Les souches de type emm1 prévalaient aussi dans les infections invasives, puisqu’elles représentaient 42 % des cas au printemps 2016, contre 31 % l’année précédente. Les scientifiques ont découvert que la majorité des gènes emm1 apparus après 2015 était un clone de la souche de base. Il présentait 27 mutations uniques, et produisait neuf fois plus d’exotoxine pyrogène streptococcique A (SpeA).

Cette souche spécifique, que les chercheurs ont nommé M1UK, représentait 84 % de tous les génomes emm1 analysés en Angleterre et au Pays de Galle en 2016. “La nouvelle souche, plus toxigène, que nous avons identifiée est devenue la cause dominante d’infections plus graves au Strep A”, indique le Dr Elita Jauneikaite, co-autrice de l’étude.

Cette bactérie peut-elle s’adapter à d’autres pays ?

Les auteurs de l’étude pensent que la récente hausse de l’activité de la bactérie Streptococcus pyogenes, qui a coïncidé avec la recrudescence de la scarlatine, aurait pu fournir les conditions nécessaires à son adaptation génétique et à sa propagation dans le pays.

Pour savoir si elle pouvait se propager par-delà les frontières, ils ont comparé les souches M1UK à 2 800 génomes emm1 du monde entier. Résultat : elles se sont révélées uniques et bien distinctes. Néanmoins, quelques souches isolées de M1UK ont été mises en évidence aux États-Unis et au Danemark par les chercheurs.

Une surveillance étendue est vivement recommandée

Ces derniers ignorent encore si la nouvelle souche pourra s’adapter à l’environnement d’autres pays. Ils encouragent cependant une surveillance plus étendue, dans la mesure où la toxine SpeA a été impliquée dans la réémergence mondiale d’infections invasives graves dans les années 1980.

“Le clone bactérien que nous avons découvert semble pour l’instant limité au Royaume-Uni, mais le fait que nous en ayons identifié deux exemples ailleurs suggère qu’il pourrait se propager à l’échelle internationale, et pourrait même être déjà présent dans d’autres pays”, souligne le Pr. Shiranee Sriskandan, auteur principal de l’étude.

“Dans le passé, certaines lignées sont apparues puis ont rapidement disparu. Seules des recherches ultérieures sur les souches récentes nous fourniront davantage d’informations, conclut l’expert.

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