Dentifrice : faut-il (désormais) le prendre sans fluor ?

Publié par Sandrine Coucke-Haddad
le 21/01/2026
dentifrice au fluor
Autre
Le fluor est-il nocif ? Face aux craintes de surdosage et de toxicité, les formules naturelles gagnent du terrain. Entre la réalité scientifique du fluor et les risques avérés de certains additifs, décryptage d'une routine hygiène en pleine mutation.

La composition de nos tubes de dentifrice suscite une méfiance croissante, plusieurs composants étant sujets à caution. Mais qu’en est-il du fluor, faut-il le bannir ? Depuis quelques années, certaines voix, notamment sur les réseaux sociaux, s’élèvent pour épingler le fluor.

Le fluor présente-t-il un risque sanitaire ?

Pourtant, le consensus scientifique est solide : le fluor constitue l'agent le plus performant pour reminéraliser l'émail et stopper la prolifération bactérienne. L'Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire (UFSBD) maintient que son utilisation quotidienne est la mesure la plus efficace pour prévenir les caries.

D’où vient alors cette toxicité souvent évoquée ? Le risque principal demeure la fluorose dentaire, caractérisée par des taches sur l'émail, qui survient quasi exclusivement chez le jeune enfant en cas d'ingestion massive et répétée. Chez l'adulte, l’avis des dentistes sur le dentifrice sans fluor est souvent unanime : ce genre de dentifrice ne doit pas être utilisé de façon exclusive et sur le long terme, car cela vous expose à une recrudescence des caries. La clé réside dans la justesse de la dose plutôt que dans l'éviction totale, si vous voulez expressément limiter le fluor. 

A titre d'exemple, précise le Dr Christophe Lequart, chirurgien-dentiste et Porte-parole de l’UFSBD : “Le seuil critique du fluor pour un enfant de 15 kilos équivaut à 0,75 g de dentifrice par jour soit environ 1/6 de tube par semaine, chaque semaine pendant plusieurs mois/années ! Avaler un tube entier une seule fois ne provoque pas de fluorose, mais peut causer des troubles digestifs.” 

Triclosan et SLS : les vrais perturbateurs

Si le fluor est souvent injustement attaqué, d'autres substances méritent une vigilance accrue. C'est le cas du triclosan. Ce biocide organochloré, utilisé pour ses vertus antibactériennes, est aujourd'hui sur la sellette. Des études épidémiologiques de l'Inserm suggèrent que l'exposition à cette substance durant la grossesse pourrait modifier l'expression des gènes du placenta, un article paru en janvier 2024 dans le magazine éponyme de l’institut de recherche détaille les enjeux de ces découvertes. 

De plus, la présence de triclosan dans le dentifrice présente un danger de perturbation endocrinienne, notamment au niveau thyroïdien, en plus de favoriser la résistance aux antibiotiques. Fait marquant : on a détecté ce composé dans 75 % des échantillons d'urine aux États-Unis au début des années 2000.

Le confort buccal est aussi mis à l'épreuve par les agents moussants. Le Sodium Lauryl Sulfate (SLS), tensioactif puissant, décape parfois trop agressivement les muqueuses. Pour les personnes sujettes aux irritations, le lien entre sodium lauryl sulfate et aphtes récurrents est avéré, ce qui justifie le passage à des formules plus douces.

Enfin, le dioxyde de titane (TiO2), additif blanchissant classé « cancérogène possible » par l'IARC en cas d'inhalation, n'apporte aucun bénéfice thérapeutique et peut être évité par principe de précaution.

Se brosser les dents 2 à 3 fois par jour : le rempart essentiel contre les bactéries qui provoquent les caries

Pour lutter contre les caries, le choix du dentifrice compte, mais il ne faut pas négliger d’autres points essentiels concernant le brossage. Première règle, il doit être - au minimum - biquotidien et être soigneusement effectué : brossez-vous les dents pendant deux minutes en n’oubliant aucune zone de la bouche (les dents du fond sont souvent plus difficiles à atteindre). La brosse à dent doit être renouvelée tous les trois mois, c’est essentiel pour ne pas se réinfecter en cas de caries (car les caries, sachez-le peuvent se transmettre !), ou plus régulièrement si besoin. "Les virus et les bactéries se logent dans les poils de la brosse à dents et y restent même après un rinçage minutieux”, nous avait ainsi expliqué le Dr Christophe Lequart, chirurgien-dentiste et porte-parole grand public de l'Union Française de la Santé bucco-dentaire, dans un article sur le déchaussement dentaire.

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