Hausse colossale du prix de certains médicaments : "La dépense moyenne par habitant passe de 437 à 604 euros entre 2016 et 2024"
La facture globale de l'Assurance maladie s'alourdit. Portée par une population vieillissante et l'arrivée de traitements de pointe, la dépense totale atteint aujourd'hui des sommets inédits selon le dernier rapport de la Drees (Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques) publié ce mercredi 1er juillet 2026. Ce qui interroge sur la capacité de notre système de santé à absorber le coût continu de ces nouvelles molécules thérapeutiques.
Dépenses de santé : un bond inédit depuis dix ans
Entre 2016 et 2024, les dépenses brutes de médicaments remboursables sont passées de 29 à 41,1 milliards d'euros, indique une étude de la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques. Ce chiffre marque une rupture nette avec la décennie précédente, caractérisée par une forte maîtrise budgétaire liée à l'essor des médicaments génériques. La dépense moyenne brute par habitant grimpe ainsi de 437 euros en 2016 à 604 euros en 2024. Toutefois, la réalité financière est légèrement différente sur le terrain. Une fois les remises des laboratoires déduites, la hausse nette reste mieux contenue et passe de 418 à 471 euros par citoyen.
Cancer et immunité : le poids des thérapies innovantes
Les médicaments antinéoplasiques et immunomodulateurs représentent à eux seuls 10,2 milliards d'euros de dépenses nettes. Leur part dans la facture globale est passée de 24 % à 34 % en huit ans. L'exemple du pembrolizumab, commercialisé sous le nom de Keytruda®, illustre parfaitement ce phénomène. Totalement absent du marché en 2016, ce traitement de pointe a généré 1,9 milliard d'euros de dépenses à l'hôpital en 2024. Conséquence directe de ces innovations, la prise en charge moyenne nette pour un patient soigné pour un cancer a explosé de près de 40 % en quatre ans pour atteindre 3 188 euros en 2023. En comparaison, le paracétamol reste massivement prescrit en volume mais coûte moins de cinq euros la boîte.
Les dépenses annuelles moyennes progressent de manière significative pour les patients diabétiques et atteints de maladies cardiovasculaires.
Vieillissement et maladies chroniques, de lourds facteurs de hausse
L'évolution démographique française explique 38 % de l'augmentation des dépenses nettes. L'allongement de l'espérance de vie s'accompagne d'une hausse structurelle des pathologies chroniques. Les dépenses annuelles moyennes progressent de manière significative pour les patients diabétiques, atteignant 1 399 euros, ou pour les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires, avec 1 462 euros. Par ailleurs, les traitements initiés à l'hôpital mais délivrés ensuite en ville constituent le principal moteur de l'augmentation en pharmacie d'officine, pesant pour 6,7 milliards d'euros supplémentaires en valeur brute.
Comment les remises limitent-elles l'explosion des coûts ?
Face à ces montants vertigineux, l'Assurance maladie négocie âprement avec l'industrie pharmaceutique. Les remises reversées par les laboratoires ont bondi de 1,2 milliard d'euros en 2016 à 9 milliards en 2024. Ce système financier, souvent confidentiel, permet aux industriels de conserver des prix d'affichage élevés pour le marché international tout en limitant la charge réelle pour le système français. Sur les seules innovations hospitalières de la liste en sus, ces mécanismes ont restreint la hausse nette à 1,8 milliard d'euros, malgré un bond brut initial de 4,6 milliards. La pérennité de ce modèle reste toutefois une préoccupation majeure, le taux global de prise en charge atteignant désormais 88 % et pesant directement sur le déficit public.
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Rapport de la Drees publié le 1er juillet 2026