Cancer : une étude montre comment améliorer notablement les taux de guérison simplement en changeant le timing des traitements
Les suites d’un cancer sont fortement marquées par le risque de récidive. Une nouvelle approche mise au point par des chercheurs anglais, français et américains, publiée dans la revue Genetics ce mois de février 2026, remet en cause le calendrier traditionnel des thérapies, qui consiste à surveiller et à proposer un nouveau traitement en cas de nouvelle évolution de la maladie. En appliquant des modèles mathématiques à la biologie, des chercheurs proposent de "frapper" la maladie au moment où elle semble invisible pour empêcher les cellules résistantes de prendre le dessus. Cette méthode pourrait bien redéfinir la prise en charge oncologique dans les années à venir.
Récidive : pourquoi les traitements actuels ne les empêchent pas ?
Les récidives sont le principal obstacle à la guérison, on ne vous apprend rien. Même si une tumeur diminue sous l'effet d'un premier médicament, elle réapparaît souvent car certaines cellules ont acquis des mutations résistantes, expliquent les chercheurs. Or les protocoles actuels attendent généralement que la maladie progresse à nouveau pour changer de molécule.
A ce stade, il est souvent trop tard. Les cellules ont eu le temps de muter pour résister également à la seconde option thérapeutique. Comme l'explique Le Dr Robert Noble, maître de conférences au département de mathématiques de l'université City St George's de Londres et l’un des principaux auteurs de cette étude : “Ces rechutes sont dues à un petit nombre de cellules cancéreuses ayant acquis des mutations qui les rendent résistantes au traitement”. Attendre la recrudescence des symptômes revient donc à laisser une longueur d'avance à la maladie selon ces travaux.
Frapper quand la tumeur est au plus bas : ce nouveau modèle augmente les chances de guérison
La solution proposée repose sur la thérapie par "multiples frappes". Le concept est simple mais novateur : il faut changer de traitement pendant que la tumeur répond encore au premier, et non après son échec. Le moment optimal pour cette bascule est le "nadir", c'est-à-dire l'instant où la tumeur atteint sa taille minimale, souvent lorsqu'elle est cliniquement indétectable.
Cette stratégie s'inspire directement de la gestion de la résistance aux antibiotiques. Les modèles prévoient que cette approche est généralement supérieure au traitement standard, en particulier pour les petites tumeurs. En anticipant l'évolution des cellules malignes, on les prive de l'opportunité de s'adapter.
Pour valider cette théorie, l'équipe de recherche a utilisé des simulations et des analyses mathématiques complexes. Ces outils ont permis de définir une fenêtre de tir précise. L'étude souligne qu'il est préférable d'attendre légèrement plus longtemps plutôt que de frapper trop tôt, à condition de ne surtout pas laisser la tumeur redevenir détectable.
Pour les tumeurs plus volumineuses, l'alternance entre trois médicaments ou plus pourrait s'avérer nécessaire pour obtenir une élimination complète. Cette méthode est déjà en phase pratique : trois essais cliniques testent actuellement cette stratégie pour les sarcomes (cancers des tissus mous), le cancer de la prostate et le cancer du sein.
Un nouvel espoir face aux chiffres des récidives ?
L'urgence d'optimiser les traitements est réelle. Selon l'Institut National du Cancer (INCa), 433 136 nouveaux cas ont été diagnostiqués en France en 2023. La question de la rechute reste centrale : l'Institut Curie indique qu'environ 15 à 20 % des cancers du sein récidivent dans les dix ans suivant le premier diagnostic.
Le risque de voir apparaître des métastases ou une récidive locale atteint souvent un pic environ deux ans après la fin des soins initiaux. Face à ce défi, la Fondation ARC affiche un objectif clair : porter le taux de guérison de 60 % aujourd'hui à 75 % d'ici 2035, notamment grâce aux progrès sur la gestion précoce des récidives.
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