Cancer colorectal : découverte d'un virus caché qui double le risque de tumeur
On sait aujourd'hui que le microbiote joue un rôle déterminant sur notre santé en général et notre santé intestinale en particulier. Cela concerne aussi le cancer colorectal qui touche un peu moins de 50 000 personnes et entraine chaque année près de 17 000 décès en France, alors même que les chances de guérison sont élevées (9 sur 10) quand il est dépisté suffisamment tôt. La bonne nouvelle ? Cette découverte pourrait bientôt améliorer dépistage et traitement.
Si la recherche autour du microbiote se concentre souvent sur les bactéries, elle a longtemps négligé les virus qui les parasitent, le « virome ». Une découverte mise en lumière par des chercheurs danois et publiée dans la revue scientifique Communication Medicine en février 2026 met en lumière une interaction biologique invisible à l'œil nu, mais déterminante, qui pourrait bouleverser notre compréhension de l'apparition des tumeurs digestives.
Mars bleu 2026 : une découverte essentielle pour mieux dépister le cancer colorectal
Des chercheurs ont identifié un bactériophage - un virus qui infecte exclusivement les bactéries - jusqu'alors inconnu, dissimulé à l'intérieur de Bacteroides fragilis. Cette bactérie est très commune dans notre flore intestinale et généralement sans danger quand nous sommes en bonne santé. C'est ici que réside tout le paradoxe soulevé par les scientifiques : la dangerosité de cette bactérie ne serait pas intrinsèque, mais dépendrait de la présence ou non de ce virus spécifique. Pour parvenir à cette conclusion, cette étude d'envergure a analysé 877 échantillons de selles provenant de cohortes en Europe, aux États-Unis et en Asie, confirmant la présence globale de ce duo pathogène.
Une bonne bactérie qui se retourne contre l'intestin ?
Le mécanisme mis à jour s'apparente à un scénario de « poupées russes » infectieuses. Le virus s'intègre dans le génome de la bactérie sous forme de prophage et modifie son comportement. Selon les résultats publiés, cette intrusion virale stimule la production d'une toxine puissante, la BFT (Bacteroides fragilis toxin). Cette substance agit comme une arme chimique : elle rompt les jonctions cellulaires (la E-cadhérine) qui assurent l'étanchéité de la barrière intestinale.
Cette brèche déclenche une réaction en chaîne. La voie de l'interleukine-17 (IL-17) est activée, créant un environnement inflammatoire chronique propice au développement tumoral. Plus inquiétant encore, ce processus cause des dommages directs sur l'ADN des cellules du côlon, favorisant l'apparition de mutations précancéreuses.
Un risque doublé confirmé par les statistiques
L'analyse des données cliniques étudiées par cette étude arrive à la conclusion que les patients souffrant d'un cancer colorectal ont une probabilité beaucoup plus élevée d'héberger ce bactériophage spécifique, avec un risque multiplié par deux. La “signature virale” est significativement plus fréquente dans leurs selles que chez les personnes en bonne santé.
Par ailleurs, l'étude établit un lien temporel troublant : des infections graves du sang (septicémies) à B. fragilis précèdent souvent le diagnostic d'un cancer colorectal dans les semaines ou mois suivants. Ce signal d'alerte, identifié par les chercheurs, souligne l'agressivité de la bactérie lorsqu'elle est sous l'emprise du virus.
Une découverte qui pourrait bientôt révolutionner le dépistage et la prévention
Cette découverte ouvre la voie à des méthodes de diagnostic non invasives. Le séquençage du microbiote pourrait permettre de repérer l'ADN de ce virus dans les selles bien avant l'apparition des premiers symptômes. L'objectif est d'identifier les patients à haut risque pour les surveiller étroitement, avant même la formation de polypes adénomateux. “Si ces résultats sont confirmés, ils pourraient permettre un dépistage plus précoce du cancer colorectal et ouvrir la voie à de nouvelles approches thérapeutiques et préventives”, confirment les chercheurs danois.
Sur le plan thérapeutique, les perspectives sont en effet tout aussi prometteuses. Des travaux cités dans Cell Host & Microbe suggèrent l'utilisation de la « phagothérapie » pour cibler et détruire uniquement les souches bactériennes infectées. Éliminer ce réservoir pathogène pourrait également restaurer la sensibilité des tumeurs aux traitements classiques comme la chimiothérapie.
Afficher les sources de cet article
- Damgaard F, Jespersen MG, Møller JK, Coia JE, Dessau RB, Sydenham TV, Strube ML, Møller-Jensen J, Justesen US. Distinct prophage infections in colorectal cancer-associated Bacteroides fragilis. Commun Med (Lond). 2026 Feb 7. doi: 10.1038/s43856-026-01403-1. Epub ahead of print. PMID: 41654659.
- discovermagazine.com
- labmedica.com
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- mediquality.net
- researchgate.net
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