Faut-il, comme Kate Middleton, réduire l’alcool après un cancer ?
Lors d'une visite officielle chez un brasseur de bière à Londres le 12 mars dernier, la princesse de Galles a surpris tout le monde en déclinant poliment bières et cidres proposés au profit d’un verre sans alcool. “Depuis mon diagnostic, je n'ai pas bu beaucoup d'alcool. C'est quelque chose dont je dois être beaucoup plus consciente maintenant” a lancé Kate, qui a expliqué avoir opté pour un arrêt quasi total de l'alcool depuis son traitement en 2024 afin d'être "beaucoup plus attentive" à son métabolisme. La Princesse rappelle ainsi y a toujours un avant et un après le cancer.
La période qui suit les traitements contre un cancer est souvent délicate, entre le désir de laisser le cancer derrière soi mais aussi la réalité d’une vie profondément changée. Sur le plan physique, si la fin des protocoles lourds donne l'illusion d'une guérison totale, le corps reste en convalescence et particulièrement vulnérable aux toxines environnementales. Boire un verre entre amis peut sembler anodin, mais cette habitude surtout lorsqu’elle se répète, peut perturber profondément le processus biologique de rétablissement cellulaire. C’est pourquoi, à l’instar de Kate Middleton, alléger considérablement, voire supprimer, sa consommation d’alcool après un cancer est une option à envisager sérieusement.
Pourquoi l’alcool n’est pas conseillé en rémission ?
Lors de sa dégradation par l'organisme, l'alcool se transforme en acétaldéhyde, un véritable poison cellulaire. Selon les données publiées dans The Lancet Oncology, cette substance endommage directement l'ADN et bloque les mécanismes naturels de réparation des mutations. De plus, l'éthanol provoque une augmentation des hormones stéroïdiennes. Les œstrogènes grimpent en flèche, ce qui constitue un facteur de risque majeur pour les cancers hormono-dépendants comme le cancer du sein. Enfin, cette consommation installe un stress oxydatif et une inflammation chronique, favorisant l'angiogenèse, c'est-à-dire la création de nouveaux vaisseaux sanguins capables de nourrir une éventuelle nouvelle tumeur.
Après une chimiothérapie, vos défenses naturelles sont considérablement affaiblies. L'introduction d'éthanol dans le corps compromet la capacité du système immunitaire à repérer et à détruire les cellules anormales restantes. Parallèlement, le foie, organe central qui a métabolisé les lourds traitements médicamenteux, subit une nouvelle surcharge toxique. Cette situation augmente le risque d'hépatotoxicité sévère. Il faut également noter que l'alcool détruit l'équilibre du microbiote intestinal, une flore essentielle pour garantir l'efficacité des immunothérapies et maintenir une barrière défensive solide. L'association de l'alcool avec le tabac multiplie d'ailleurs vertigineusement les risques de développer un second cancer.
Alcool après un cancer : que disent les experts ?
On peut dire qu’il y a consensus ! Une étude menée par le CHU de Bordeaux, le Centre de toxicomanie et de santé mentale de l’Université de Toronto (Canada) et l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) montre en 2024 une réduction globale de 40 % du risque de cancers en cas d’arrêt de la consommation. Plus spécifiquement après un premier cancer, une étude présentée au San Antonio Breast Cancer Symposium (SABCS) en 2009, établit qu’une consommation de trois à quatre boissons alcoolisées par semaine est associée à une augmentation de 30 % du risque de récidive après cancer du sein.
De son côté, l’American Society of Clinical Oncology préconise une abstinence totale en période de rémission en particulier pour les cancers du sein, du foie, de l'œsophage et colorectal, pour lesquels la moindre dose quotidienne augmente statistiquement la probabilité d'une rechute. Si la diminution ou l’arrêt de l'alcool est difficile, les équipes soignantes disposent d’outils pour aider, un accompagnement au sevrage peut aussi être proposé.