Cancer colorectal précoce : le microbiote intestinal en cause ?Istock
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Une tendance inquiétante. Jusqu’à récemment, on croyait que le cancer colorectal (ou cancer de l’intestin) touchait exclusivement les personnes âgées de plus de 55 ans. Les données scientifiques actuelles concernant l’incidence de la maladie rebattent les cartes, donnant à voir une augmentation des cas chez les jeunes adultes. Si le risque de contracter la maladie s’élève avec l’âge et touche majoritairement les plus de 50 ans, les statistiques montrent que ce cancer qui affecte le côlon (gros intestin) ou le rectum n’est plus l’apanage des seniors.

Cancer colorectal : première cause de décès par cancer chez les jeunes adultes

Et la prévalence de la maladie progresse rapidement chez les plus jeunes : aujourd’hui 1 nouveau cas diagnostiqué sur 9 concerne un adulte âgé de 20 à 39 ans, selon une nouvelle étude parue dans le British Journal of Cancer. Plus préoccupant encore, les taux chez les jeunes adultes âgés de 20 à 39 ans ont plus que doublé entre 2001 et 2021. Un constat qui fait du cancer colorectal la cause la plus fréquente de décès par cancer dans ce groupe d'âge.

Comment expliquer le phénomène ? L’étiologie du cancer de l’intestin précoce intéresse de près la communauté scientifique. Des chercheurs ont donné des premières clés de compréhension en mars 2023, dans la revue Science. Sans pouvoir discerner avec certitude des causes précises, ceux-ci pointaient du doigt une série de facteurs au rang desquels la génétique, l’environnement du patient, les carences dans le dépistage ou encore les erreurs de diagnostic.

Cancer colorectal : la piste génétique écartée

Une nouvelle étude apporte une nouvelle piste sérieuse à explorer dans l’augmentation de la prévalence du cancer colorectal précoce. Ces travaux parus le 10 janvier 2024 dans British Journal of Cancer balayent l’hypothèse génétique. "Le délai dans lequel le cancer colorectal à début précoce augmente suggère qu'il n'est pas lié à des causes héréditaires, qui prendraient des générations à apparaître", objecte dans un communiqué le professeur associé Daniel Buchanan, directeur du laboratoire d'oncogénomique colorectale au Centre de recherche sur le cancer de l'université de Melbourne (Australie).

Un déséquilibre du microbiote intestinal à risque de cancer colorectal

Cette nouvelle étude australienne suggère que le vrai coupable du cancer colorectal précoce pourrait se cacher dans les intestins. Et plus précisément, découler des perturbations subies par le microbiote intestinal. "L'une des causes potentielles de cette augmentation de l'incidence est liée aux modifications de notre microbiome intestinal, avance encore Daniel Buchanan. Au cours des dernières décennies, notre alimentation, notre mode de vie et les facteurs environnementaux ont changé, ce qui peut modifie le type de bactéries ainsi que l'équilibre entre les bonnes et les mauvaises bactéries qui vivent naturellement dans notre intestin".

Cette assertion rejoint les conclusions de plusieurs travaux scientifiques tendant à prouver qu’un déséquilibre du microbiote intestinal, un état désigné par le terme de dysbiose, favoriserait la survenue d’un cancer colorectal.

Une analyse bactérienne réalisée dans les tumeurs

Pour ces nouveaux travaux, l’équipe de chercheurs australiens s’est penchée sur le rôle potentiel jouées par certaines bactéries du microbiome (ensemble des communautés de micro-organismes, bactéries, virus et champignons qui peuplent notre système digestif) dans le développement du cancer colorectal.

Trois types de bactéries présents dans l’intestin ont été étudiées, chacune produisant une toxine différente susceptible d’endommager l’ADN et de causer une inflammation dans le côlon. "Alors que la plupart des études ont analysé des échantillons de selles, nous voulions voir si les bactéries étaient présentes sur le lieu du crime, dans la tumeur elle-même", explique Daniel Buchanan.

Les analyses ont révélé la présence d'au moins une des trois bactéries dans 6 à 10 % des cas de cancer colorectal examinés.

L’influence d’une toxine bactérienne intestinale

Une souche a particulièrement retenu l’attention des chercheurs car elle tendait à être plus présente chez les patients diagnostiqués pour un cancer colorectal précoce. La bactérie en question était une souche d’Escherichia coli. Celle-ci a entraîné des lésions à l'ADN dans la tumeur en produisant une toxine appelée colibactine.

La mise au jour de ce biomarqueur non génétique comme cause du cancer colorectal pourrait ouvrir la voie à des thérapies de lutte antimicrobienne contre ce cancer.

En attendant, le chercheur rappelle l’importance de sensibiliser les jeunes adultes aux symptômes évocateurs du cancer colorectal, tels qu’une perte de poids rapide, un intestin irritable, des diarrhées et du sang dans les selles. Une stratégie d’information clé pour faciliter le dépistage précoce de la maladie, et améliorer les chances de guérison. "Si le cancer de l'intestin est si mortel chez les jeunes, c'est en partie parce qu'ils ont tendance à être diagnostiqués à un stade plus avancé", déplore le chercheur.

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