Moins bon odorat : un signal d'alerte neurologique ?
Il est normal de perdre un peu d’odorat lors d’un rhume mais une baisse olfactive qui s'installe durablement exige une attention médicale particulière. En effet, on sait aujourd'hui que l'incapacité à percevoir correctement certaines odeurs familières constitue un avertissement précoce du système nerveux.
Virus ou atteinte neurologique : deux modes d'apparition bien distincts
Lors d’une infection virale aiguë, comme la grippe ou la Covid-19, la perte d’odorat, médicalement appelée anosmie, survient de manière brutale. Cette privation sensorielle s'installe souvent en quelques heures et s'accompagne fréquemment d'une altération totale du goût. À l'inverse, les pathologies neurodégénératives provoquent une hyposmie, c'est-à-dire une baisse partielle des capacités olfactives. Cette érosion lente s’installe sur plusieurs années et passe souvent inaperçue pour le patient. Un indice physique permet d'orienter le diagnostic : une perte d'odorat d'origine neurologique se manifeste avec un nez complètement dégagé, tandis qu'une infection virale classique s'associe généralement à une obstruction nasale inflammatoire, autrement dit un nez bouché.
Le nez, un véritable système d'alarme pour notre cerveau
Le système olfactif est intimement lié à la structure de notre encéphale. Selon une vaste revue scientifique publiée en janvier 2025 dans Frontiers in Neuroscience, les régions cérébrales qui traitent les odeurs, notamment le bulbe olfactif, sont les toutes premières cibles de l’accumulation des protéines toxiques responsables des démences. Dans le cas de la maladie de Parkinson, ce déclin olfactif constitue un symptôme précurseur indiscutable : 90 % à 95 % des patients parkinsoniens en souffrent. Cette perte sensorielle précède même l'apparition des tremblements et de la rigidité musculaire de 4 à 10 ans. Concernant la maladie d'Alzheimer, la difficulté à identifier des effluves du quotidien se révèle être un marqueur prédictif parfois plus précis que les examens cognitifs standards pour anticiper le déclin.
Après l'âge de 50 ans, une perte d’odorat accroît le risque de présenter des troubles cognitifs à plus long terme.
Perte d’odorat : quels sont les critères d'alerte nécessitant une consultation ?
Le facteur temporel représente un indicateur d'évaluation majeur. Conformément aux rapports de la Haute Autorité de Santé (HAS), si l'odorat ne revient pas dans les deux à trois mois suivant un épisode infectieux, consultez immédiatement un spécialiste pour rechercher une atteinte plus profonde. Le signal d'alarme le plus probant ne réside pas seulement dans l'intensité de la perte, mais surtout dans la confusion des senteurs. Ne plus savoir reconnaître l'arôme du café ou confondre la fragrance du chocolat avec celle de la vanille souligne une véritable altération de l'analyse cérébrale. Enfin, une étude parue dans la revue Neurology en juin 2025 montre qu'une anosmie persistante après l'âge de 50 ans accroît le risque de présenter des troubles cognitifs à plus long terme.
Baisse de l'odorat : quelles sont les actions recommandées ?
Si un déficit est identifié, l'entraînement olfactif peut être une voie pour reconditionner un bouclier neuronal efficace. Respirer deux fois par jour des huiles essentielles de rose, de citron, d'eucalyptus et de clou de girofle notamment stimule puissamment la neuroplasticité cérébrale. Dans tous les cas, avant d'envisager la piste d'une maladie neurodégénérative, une consultation chez un spécialiste oto-rhino-laryngologiste (ORL) demeure impérative pour écarter des affections curables, telles qu'une polypose nasale inflammatoire ou les conséquences métaboliques d'un diabète sévère.
Afficher les sources de cet article
- hug.ch
- u-paris.fr
- esneuxmedical.be
- chu-lyon.fr
- univadis.fr
- has-sante.fr
- De Cleene N, Schwarzová K, Labrecque S, Cerejo C, Djamshidian A, Seppi K and Heim B (2025) Olfactory dysfunction as potential biomarker in neurodegenerative diseases: a narrative review. Front. Neurosci. 18:1505029. doi: 10.3389/fnins.2024.1505029
- Shrestha S, Zhu X, Griswold ME, Palta P, Sullivan KJ, Chen H, Schneider ALC, Moghekar A, Grove ML, Thyagarajan B, Pike JR, Gottesman RF, Windham BG, Mosley TH Jr, Deal JA, Kamath V. Olfaction and Plasma Biomarkers of Alzheimer Disease and Neurodegeneration in the Atherosclerosis Risk in Communities Study. Neurology. 2025 Jun 10;104(11):e213706. doi: 10.1212/WNL.0000000000213706. Epub 2025 May 15. PMID: 40373252; PMCID: PMC12083871.