Maladies neurodégénératives précoces (Charcot, démence fronto-temporale, Alzheimer) : comment les repérer et les différencier ?

Publié par S. Coucke-Haddad
le 12/06/2026
maladies neurodégénératives
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Alzheimer, Charcot, démence fronto-temporale : on parle de plus en plus de ces maladies neurodégénératives et il n’est pas toujours aisé de les différencier. Quels sont le signes spécifiques de chacune ? On fait le point.
 

Démence fronto-temporale (DFT), maladie de Charcot (sclérose latérale amyotrophique ou SLA) ou Alzheimer… ces maladies neurodégénératives ne frappent pas uniquement les personnes âgées et les inconnus. De Pierre Deny à Bruce Willis, en passant par Arnaud Toupense ou Eric Danes, les stars, encore jeunes, ne sont pas épargnées. Lorsqu'elles surviennent avant 65 ans, ces pathologies bouleversent des patients en pleine vie active, souvent au sommet de leur carrière et sont plus difficiles à déceler.

Mémoire, attitude au quotidien, difficultés à parler ou à se mouvoir, ces maladies peuvent partager certains symptômes précoces ou au contraire se différencier sur d’autres signes. Sans chercher à poser un diagnostic, seul le médecin le peut, repérer et bien distinguer ces signes précoces peut être utile, justement pour demander un bilan plus approfondi. Sachant que l'âge d'apparition constitue évidemment un premier indicateur capital pour ces formes précoces qui touchent généralement des adultes actifs, situés entre 40 et 65 ans.

Comportement ou mémoire : quelles différences entre Alzheimer et la DFT ?

Les troubles de la mémoire alertent généralement rapidement. Pourtant ils sont loin d’être un symptômes majeur pour toutes les maladies neurodégénératives. Parmi les premiers signaux d'alerte de la démence fronto-temporale (DFT), cette terrible maladie qui touche Bruce Willis, on ne trouve pas spécifiquement la mémoire mais plutôt la perte du filtre social. Selon l'Institut du Cerveau, la disparition brutale de l'empathie, une désinhibition marquée par des commentaires inappropriés en public et des changements (parfois discrets) de personnalité signent l'atteinte de la zone frontale. La mémoire épisodique reste généralement intacte au départ de la DFT, alors qu'elle s'effondre d'emblée dans la maladie d'Alzheimer.

Un autre trait assez spécifique à la démence fronto-temporale est la conduite alimentaire (ou addictive). “Les patients peuvent présenter des gestes répétitifs, avoir des idées fixes, ou développer des comportements compulsifs, précise encore l’Institut du cerveau. Des modifications du comportement alimentaire comme une gloutonnerie, une boulimie, une précipitation sur la nourriture sont également fréquentes.”

La maladie de Charcot : une atteinte musculaire avant les signes neurologiques

La sclérose latérale amyotrophique (SLA) classique se différencie nettement de la maladie d’Alzheimer ou de la DFT par la préservation cognitive : la conscience et les facultés intellectuelles restent intactes dans sa phase initiale. Les premiers signes sont physiques. La forme spinale de la maladie se manifeste souvent par l'apparition d'une "main de singe", caractérisée par une atrophie très visible des muscles situés entre le pouce et l'index.

Les médecins observent aussi fréquemment un "pied tombant" responsable de trébuchements inexpliqués à la marche. L'incapacité soudaine à réaliser des gestes quotidiens simples, comme tourner une clé dans la serrure ou boutonner une chemise, sont de véritables signes d’alerte. Selon l'Inserm, ces déficits moteurs s'accompagnent de fasciculations. Ces petits tressautements musculaires involontaires visibles sous la peau, associés à des crampes douloureuses persistantes, témoignent de la destruction progressive des motoneurones.

Le langage, un signal d'alerte commun mais trompeur

Les troubles de la parole égarent très souvent les familles en début de maladie. L'aphasie, popularisée par la médiatisation du cas de l'acteur Bruce Willis, prend différentes formes selon l'origine du mal. Dans l'aphasie progressive primaire liée à la DFT, le patient perd lentement le sens même des mots. À l'inverse, la forme bulbaire de la maladie de Charcot attaque directement la mécanique vocale, rendant la voix fortement nasonnée avec une fatigue à l'élocution.

L'appauvrissement du vocabulaire caractérise fortement la variante sémantique de la démence fronto-temporale. Il faut apprendre à distinguer un proche qui "butte" physiquement sur les sons à cause d'une faiblesse musculaire, d'une personne qui utilise sans cesse des mots "valises" pour masquer l'oubli du terme exact, un signe très évocateur d'un Alzheimer ou d'une démence frontale débutante.

L'ombre génétique : quand SLA et DFT se rejoignent

Ces pathologies partagent parfois des racines génétiques communes insoupçonnées. Le gène C9orf72 abrite une mutation spécifique responsable de près de 30 % des formes familiales de DFT et de 40 % des formes familiales de SLA, explique une étude de référence publiée dans les Archives Italiennes de Biologie. Cette proximité génétique étroite explique la co-occurrence étonnante des symptômes cliniques. Environ 10 à 15 % des patients atteints initialement de la maladie de Charcot développent au fil des mois des troubles du comportement ou des altérations sévères du langage. Face à cette complexité, seul un bilan neuropsychologique complet et l’utilisation ciblée d'évaluations spécifiques, comme le test des faux pas, permet de mesurer finement la cognition sociale et de poser un diagnostic fidèle.

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