Fièvre et courbatures : ce n’est pas forcément un virus hivernal, ce peut être une hépatite !
L'apparition d'une hépatite virale aiguë est souvent insidieuse, d’autant qu’on pense rarement à ce type d’infection quand les virus hivernaux circulent. Comme pour Laure Manaudou, touchée récemment, la maladie ne débute pas immédiatement par un jaunissement de la peau. La phase initiale, dite prodromique, s'apparente à s'y méprendre à un épisode viral classique, ce qui rend le diagnostic difficile pour les hépatites A et E. Le malade ressent généralement une fièvre modérée, des nausées, une perte d'appétit marquée et des douleurs articulaires. Cependant, l'intensité de l'épuisement constitue un indice qui peut mettre la puce à l'oreille : l'infection associe souvent une fatigue persistante, une douleur musculaire et une atteinte du foie qui ne s'améliorent pas après quelques jours de repos.
Cette fatigue extrême, ou asthénie, peut perdurer jusqu'à six mois dans 15 % des cas d'hépatite A. L'ictère, ou jaunisse, survient plus tardivement et de manière inconstante. Il est d'ailleurs particulièrement rare chez les jeunes enfants, ce qui complique encore le repérage de la maladie. Aux signes énumérés plus haut, on peut ajouter une sensation de chaleur ou une fièvre nocturne , bien que les symptômes restent souvent peu spécifiques au début.
Comment attrape-t-on une hépatite ?
La distinction entre les virus A et E repose essentiellement sur leur mode de transmission. L'hépatite A se transmet principalement par une contamination par des matières fécales, souvent lors de voyages dans des zones où l'hygiène et l'accès à l'eau potable sont précaires. Le virus est extrêmement contagieux : une personne infectée peut transmettre la maladie jusqu'à deux semaines avant l'apparition des premiers symptômes.
L'hépatite E, quant à elle, peut aussi être liée à la contamination de l’eau dans les pays en voie de développement mais peut aussi s’attraper sur notre territoire de façon plus inattendue : “Dans les pays industrialisés, les cas documentés rapportent une transmission associée à l’ingestion de produits contaminés issus d’un animal porteur du virus”, s’inquiète l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) qui précise que cette maladie - l’hépatite E - fait l’objet d’une surveillance par le Centre national de référence (CNR) des virus des hépatites à transmission entériques”.
En effet, depuis 2022, “environ 3 000 cas symptomatiques” ont été répertoriés en France, un chiffre bien en deçà du nombre exact de malades puisque dans 70 % des cas, la maladie est asymptomatique, on est donc porteur sans le savoir. L’hépatite E est d’ailleurs aujourd'hui la première cause d'hépatite virale aiguë en France, avec plus de 95 % des cas contractés localement. La consommation de foie de porc peu cuit, de saucisses de foie crues (figatellu, une spécialité corse) ou de viande de sanglier mal cuite représente le principal vecteur de contamination.
L'importance vitale du contexte pour le traitement
Face à une hépatite qui présentent des symptômes grippaux persistants, le médecin ne peut poser un diagnostic sans un interrogatoire précis et un bilan sanguin incluant le dosage des transaminases et des sérologies spécifiques. C'est pourquoi, i est impératif de signaler tout voyage récent ou toute consommation alimentaire à risque. Bien que l'infection guérisse spontanément dans la majorité des cas, la vigilance est de mise.
Car les complications, bien que rares, peuvent être dramatiques. L'hépatite fulminante, une défaillance massive et brutale du foie, nécessite une transplantation en urgence et menace particulièrement les personnes âgées ou souffrant déjà d'une maladie hépatique. Pour l'hépatite E, les femmes enceintes au troisième trimestre et les patients immunodéprimés sont particulièrement vulnérables, ces derniers risquant une évolution vers une forme chronique et la cirrhose.