Crans-Montana : quelle est cette bactérie qui menace les victimes encore hospitalisées, sans doute à l’origine du décès d’Alexis, 18 ans ?
C’est par la voix de la procureure générale du canton suisse du Valais, Béatrice Pilloud, que l’on apprenait dimanche le décès, la veille, d’un jeune grièvement brûlé lors de l’incendie du bar “Le Constellation” qui avait ravagé l’établissement dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier dernier, faisant 116 blessés et 40 morts. Le jeune garçon, prénommé Alexis et âgé de 18 ans, habitait une petite commune située à une centaine de kilomètres de la station de Crans-Montana où s’est joué le drame. Il aurait possiblement succombé, c'est une des pistes encore en cours d’investigation, à une infection nosocomiale contractée à l’hôpital de Zurich où il était hospitalisé depuis la nuit de l’accident. Alexis est la 41ème victime décédée à la suite de cet effroyable incendie, son village, déjà endeuillé - deux autres jeunes de la commune présents dans le bar sont morts, un troisième est toujours hospitalisé d’après les informations relayées par Le Figaro - avait organisé une marche blanche samedi, sans savoir que son nom s’ajouterait à celui de ses camarades.
Grands brûlés : pourquoi le risque d’infection nosocomiale est grand ?
Les infections nosocomiales sont redoutées par les services hospitaliers. Certaines bactéries, multirésistantes, sont réfractaires aux antibiotiques les plus forts dont nous disposons actuellement, et peuvent tuer des patients fragilisés en entraînant une défaillance d’un ou de plusieurs organes. Un risque qui pèse lourd dans les services de soins intensifs notamment, où sont encore hospitalisés certains blessés.
Interrogé par le média suisse SRF (Schweizer Radio und Fernsehen), le docteur Ueli Möhrlen, directeur du service de chirurgie de l'hôpital pour enfant de Zurich explique : “Les germes résistants constituent un problème constant dans les unités de soins intensifs. Plus le séjour d'un patient en soins intensifs est long, compte tenu de ses plaies importantes et des nombreux dispositifs médicaux (cathéters, tubes, etc.) qu'il comporte, plus le risque de développement de germes résistants est élevé.Tout est mis en œuvre pour prévenir les infections chez les patients. Mais c'est un problème qu'il est impossible de maîtriser totalement. Le temps joue contre nous.” Et les grands brûlés sont particulièrement à risque.
Pourquoi ? Car la barrière cutanée est détruite. Or, la peau est la première défense de l'organisme contre les microbes. Sans ce bouclier, les organismes multirésistants pénètrent aisément les tissus. Le risque de colonisation grimpe proportionnellement au pourcentage de surface corporelle brûlée. Une fois installé, le germe peut provoquer des pneumonies, des infections urinaires sévères, voire des septicémies.
Acinetobacter baumannii : cette bactérie qui aurait tué Alexis, 18 ans
L'établissement a confirmé la présence d'Acinetobacter baumannii chez au moins quatre des victimes admises, c'est une redoutable bactérie. Ce micro-organisme est défini comme un pathogène opportuniste responsable d'infections nosocomiales. Il sévit principalement dans les unités de soins intensifs où les patients sont les plus vulnérables. Sa dangerosité réside dans sa capacité d'adaptation et son endurance remarquable : il survit plusieurs jours sur des surfaces inertes sèches. La transmission s'opère alors par contact direct ou via les mains du personnel soignant, malgré les protocoles de désinfection stricts.
A cela s’ajoute une menace supplémentaire qui vient de sa multirésistance. Ce germe est souvent classé MDR (Multi-Drug Resistant), ce qui signifie qu'il résiste à au moins un antibiotique dans trois classes médicamenteuses habituelles, notamment les carbapénèmes. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) classe d'ailleurs cette résistance comme une menace mondiale.