Quand les nouvelles technologies accélèrent la prise de décision
Depuis une quinzaine d'années, avec la démocratisation des nouvelles technologies - e-mails, réseaux sociaux, applications pour smartphones - les décisions doivent être prises de plus en plus vite.

« La société est devenue plus exigeante. L'impatience prime. Ne pas répondre dans les deux ou trois heures à un message vocal ou à un texto peut être mal vu, incompris, dans la sphère professionnelle, mais aussi, privée », souligne le Pr Gérard Ostermann, psychothérapeute, analyste, médecin interniste à Paris.

Les nombreux canaux de communication et leur caractère instantané nous invitent à répondre à un nombre croissant de demandes et de façon toujours plus rapide. Qu'importe l'âge, le sexe, le niveau d'éducation... La sursollicitation est de mise pour un grand nombre d'entre nous.

« Face à cette situation, il faut éviter deux pièges : l'impulsivité et l'évitement. Une décision prise trop rapidement, notamment lorsqu'elle est importante (achat d'un bien, acceptation d'un contrat de travail, divorce) peut avoir des répercussions très importantes sur l'être humain et son avenir. Toute une vie peut en être bouleversée. À l'inverse, certaines personnes se sentent tellement submergées par la charge de responsabilités à assumer qu'elles n'arrivent plus à prendre de décisions », note le Pr Ostermann.

Résignées, abattues, ces personnes risquent de se sentir en perte de repères, un mal-être profond. C'est là que la fatigue, voire le burn-out commencent à s'installer, notamment lorsque la personne est isolée.

Le poids de la solitude

Les responsabilités sont bien plus lourdes lorsqu'elles sont prises seules, sans l'aide du conjoint ou d'un proche. Or, en France, la solitude ne concerne pas que les personnes âgées. De fait, près d'un mariage sur deux se termine malheureusement par un divorce. Dans ce cas, les charges quotidiennes ne sont pas toujours assumées de façon équilibrée. Il n'est pas rare que l'un des conjoints assume une plus grande part des responsabilités, notamment vis-à-vis des enfants.

Éducation, choix de l'école, des études, intendance quotidienne… lorsque le poids d'une famille repose sur une personne, le risque d'épuisement s'accroît. Dans ce cas, la personne ne doit pas rester seule, elle doit s'entourer de ses proches (amis, famille) et ne pas avoir peur de se faire aider par un thérapeute (psychologues, psychiatre), dès les premiers signaux d'épuisement : irritabilité, fatigue anormale, insomnie, tristesse inhabituelle... L'objectif étant de retrouver équilibre émotionnel, joie de vivre, tonus. Mais aussi, de trouver les moyens de hiérarchiser les décisions pour éviter le burn-out, voire la dépression.

Connaître ses priorités

L'abondance d'informations, plus ou moins fiables - qui parviennent, chaque jour, à nos smartphones, ordinateurs ou tablettes - complexifie la prise de décision. « La surinformation est un élément qui risque d'induire une certaine fatigue. La moindre décision, même anodine, peut prendre une ampleur incroyable. Face à l'offre pléthorique sur Internet, même le fait de choisir un nouvel ordinateur peut devenir un véritable casse-tête ! Il faut limiter les sources d'informations (ne choisir que 2 ou 3 sites Internet comparateurs) et les personnes pouvant donner des conseils pour aider à la prise de décision.

La quête effrénée d'informations pour tous les choix de la vie (pratiques, matériels, humains...) est l'un des éléments favorisant l'épuisement », indique le Dr Ostermann. Il faut également connaître ses priorités : est-ce la famille, le travail, les amis ? Certaines décisions peuvent attendre. D'autres - celles qui nous tiennent le plus à cœur ou qui sont indispensables (celles qui concernent la santé, par exemple) – doivent être traitées avec clairvoyance.

Apprendre à lâcher prise

Lâcher prise, ce n’est pas se montrer indifférent, mais simplement admettre que l’on ne peut agir à la place de quelqu’un d’autre. Quelques techniques simples aident à réduire la fatigue décisionnelle. « Il faut d'abord limiter les choix à prendre et les actions à entreprendre : tout n'est pas indispensable. Par ailleurs, le fait de mettre sur papier la liste des choses à faire (la fameuse « to do list ») et établir un rétroplanning aident à décharger l'esprit des responsabilités à venir », assure le Dr Ostermann.

D'autres techniques sont également intéressantes pour apprendre à mieux vivre le moment présent, lâcher prise (méditation de pleine conscience, yoga...) et éviter d'anticiper, avec anxiété, les responsabilités à venir. Quelques conseils de bons sens sont également nécessaires pour aborder les charges de la vie quotidienne de la façon la plus sereine possible. Une bonne hygiène de vie est recommandée lorsque l'on a beaucoup de décisions à prendre : activité physique régulière, coucher à horaires réguliers, alimentation équilibrée.

« Il faut également bien se connaître : certaines personnes arrivent plus facilement à prendre les décisions le matin. D'autres, sont plutôt du soir. Face aux responsabilités, il faudrait à la fois tenir bon et lâcher prise. Cela ne signifie pas qu'il faut se résigner. Mais accepter que l'on n'est pas toujours capable de prendre les bonnes décisions. Parfois, le simple fait d'accepter notre incompétence dans un domaine donné, nous permet de trouver les ressources inconscientes pour dénouer la situation », conclut le Pr Ostermann.

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