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Depuis l’apparition du SARS CoV 2, l’hypothèse d’une transmission par le sang est rejetée. De nouveaux travaux d’une équipe de biologistes chinois, menés par les Dr Le Chang et Lei Zhao et publiés dans la revue Emerging Infectious Diseases, questionnent les experts : des traces ADN du nouveau Coronavirus ont été découverts dans des échantillons du don du sang.

Des tests réalisés sur les dons collectés par la banque du sang de Wuhan

Les chercheurs ont entrepris en janvier dernier d’analyser plusieurs dons du sang recueillis par la banque du sang de Wuhan pour y détecter la présence du matériel génétique (ARN) du coronavirus SARS-CoV-2, c’est-à-dire le génome du virus.

Après avoir analysé 2430 dons, ils ont identifié le premier donneur positif. Il s’agissait d’un homme de 53 ans asymptomatique ayant fourni fin janvier deux unités de plaquettes sanguines. En revanche, ces précédents dons, réalisés en décembre, ne présentaient aucune trace du génome du coronavirus.

De nouveaux résultats positifs ont été obtenus après l’analyse de 4995 échantillons sanguins reçus entre le 21 décembre 2019 et le 22 janvier 2020. Les scientifiques ont pu alors identifié qu’un autre donneur positif au SARS CoV 2. Ils se sont alors penchés sur les échantillons plasmatiques de cet homme de 37 ans. Une nouvelle fois, les tests étaient positifs au coronavirus.

Pour les auteurs, cela indique que "l’ARN viral est relativement stable dans le plasma". Les tests de détection de l’ARN du virus ont permis de trouver deux autres donneurs positifs.

Toutes les personnes ayant donné leur sang en janvier et février dans la province chinois ont été contactées. 33 ont indiqué avoir eu de la fièvre après leur visite à la banque du sang de Wuhan. Par précaution, l’ensemble de leurs échantillons ont été détruits.

Les échantillons des 4 donneurs asymptomatiques analysés

Si l’ARN viral du nouveau coronavirus a été détecté dans les dons des 4 personnes positives au SARS CoV 2 et asymptomatiques, leurs échantillons de sang ne présentaient pas d’anticorps spécifiques du coronavirus (IgM et IgG). Cela indique que l’infection était récente.

Les auteurs précisent qu’ils ne savent pas pour le moment si la présence du génome du virus dans le sang est dangereuse.

Pascal Morel, Directeur médical de l’EFS, confirme "La présence d’un ARN viral dans le sang n’indique pas forcément la présence de virus viable, cela peut aussi être le résultat du travail du système immunitaire qui a détruit le coronavirus. C’est dans ce cas-là inoffensif". Il ajoute “Retrouver des génomes de virus dans le sang n’est pas étonnant en soi. Si on cherchait tous les ARN viraux présents dans nos sangs, on tomberait à la renverse. Le système immunitaire tue des virus tous les jours”.

Une étude sérieuse, mais de nouvelles recherche nécessaire

Une étude sérieuse, mais de nouvelles recherche nécessaire© Istock

Pascal Morel salue le travail réalisé "c’est une équipe connue ayant une très bonne réputation, tout comme la revue qui a publié leur article. Nous n’avons pas de doute sur les résultats".

Toutefois, cette étude n’apporte pas la preuve d’une transmission transfusionnelle. "Pour savoir si la présence du génome du coronavirus dans le sang correspond à la présence du virus viable, il faut réaliser des cultures avec l’ARN trouvé dans les échantillons. Nous leur avons écrit pour savoir s'ils avaient des informations à communiquer à ce sujet", précise le Directeur médical de l’EFS.

L’expert se veut rassurant "Même s’il s’agissait d’un virus, il doit trouver sa cible pour infecter la personne. Dans le cas du SARS CoV 2, il s’agit des voies respiratoires. S’il est dans le sang, le virus est loin de sa cible". Par ailleurs, il remarque "Des milliers de malades ont été transfusés depuis le début de l’épidémie notamment des patients hospitalisés atteints d’hémopathies ou des hémophiles. Si une transmission par voie sanguine était possible, des cas de COVID-19 parmi ces patients placés à l’isolement à l'hôpital auraient été attirés l'attention".

Si la transmission transfusionnelle semble peu probable, l'établissement Français du Sang se veut prudent. L’expert confie "Au vu des résultats présentés, le papier ne change pas notre perception du risque de transmission, toutefois il nous alerte et nous resterons vigilants. Nous avons contacté le centre national de référence des virus émergents en transfusion et l’Institut national de transfusion sanguine pour discuter de cette étude".

Don du sang : les précautions prises face au coronavirus

Don du sang : les précautions prises face au coronavirus© Istock

L'Établissement Français du Sang a également pris des mesures pendant l’épidémie du COVID-19. Les personnes présentant des symptômes de la maladie ne sont pas autorisées à donner leur sang. "Une ligne a également été mise en place pour que les donneurs présentant des signes du COVID après leur don, nous préviennent. Nous avons eu 300 remontés d'information", précise Pascal Morel.

Il est aussi demandé aux donneurs de privilégier les rendez-vous en collecte et respecter les règles de distanciation sociale et les gestes barrières lors de leur venue.

Au début du confinement, une chute des dons avait été observée. Une communication a rapidement été mise en place pour informer les Français sur la possibilité de se déplacer pour donner son sang. Le message de solidarité a été entendu. "Les gens sont revenus aux collectes. Nos stocks sont bons. Mais il faut prendre en considération que nous avons une baisse d’activité de 20%. Il faut rester mobilisé", rappelle Pascal Morel.

Sources

Merci à Pascal Morel, Directeur médical de l'EFS

Severe Acute Respiratory Syndrome Coronavirus 2 RNA Detected in Blood Donations, Emerging Infectious Diseases, 3 avril 2020

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